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« Ils effacent ma vérité » : détruire les récits des pensionnats pour Autochtones divise

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D'ici 2027, près de 38 000 dossiers de témoignages recueillis dans le cadre des indemnisations pour les pensionnats pour Autochtones seront détruits, conformément à un arrêt de la Cour suprême du Canada. Si plusieurs réclament la préservation de ces preuves historiques face au négationnisme, d’autres survivants exigent plutôt leur élimination pour préserver leur intimité et ne pas rouvrir leurs traumatismes.

Avertissement : Cet article contient des détails relatifs aux sévices subis dans les pensionnats pour Autochtones.

Pour Geraldine Shingoose, témoigner des violences subies au pensionnat pour Autochtones de Muskowekwan, en Saskatchewan, a été une épreuve d’une telle violence qu’elle a subi une crise cardiaque pendant son audition.

L’aînée avait attendu des décennies avant de livrer son calvaire dans le cadre du Processus d'évaluation indépendant (PEI), mis en place en vertu de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens.

Je n'en avais jamais parlé auparavant. Et lorsque je l'ai fait, cela a été extrêmement difficile pour moi. Cela a eu des répercussions physiques sur moi, raconte-t-elle.

Mme Shingoose se remémore les contre-interrogatoires menés par les arbitres du processus : Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis effondrée.

Apprendre que son témoignage allait être détruit a ravivé la blessure.

Je me disais : c’est mon histoire. C'était comme s’ils effaçaient ma vérité. [...] C’est presque comme si cela allait redevenir un secret.

Geraldine Shingoose est une aînée qui a fréquenté le pensionnat pour Autochtones de Muskowekwan, en Saskatchewan, de 1962 à 1971.

Geraldine Shingoose a fréquenté le pensionnat pour Autochtones de Muskowekwan, en Saskatchewan, de 1962 à 1971. Elle fait partie des moins de 100 survivants des pensionnats à avoir récupéré leur dossier du PEI auprès du Centre national pour la vérité et la réconciliation.

Photo : Radio-Canada / Camilla Faragalli

En 2017, la Cour suprême du Canada a tranché : l'ensemble des quelque 38 000 dossiers d'indemnisation du PEI, incluant récits d'agressions physiques et sexuelles, expertises médicales et transcriptions intégrales, sera détruit en 2027, à moins que les survivants n'en fassent expressément la demande pour les verser aux archives du Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR).

Pour le plus haut tribunal du pays, l'engagement de confidentialité initial doit primer. Comme le souligne le jugement unanime : La destruction des dossiers que certains demandeurs auraient préféré conserver constitue une injustice moindre que la divulgation des dossiers dont la plupart s’attendaient à ce qu’ils ne soient jamais partagés.

Le pensionnat pour Autochtones de la Première Nation de Muskowekwan, en Saskatchewan, en 2021.

Le pensionnat pour Autochtones de la Première Nation de Muskowekwan, en Saskatchewan, en 2021.

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

La promesse solennelle du secret

Cette décision reflète les craintes légitimes de nombreux survivants pour qui la divulgation de détails aussi intimes perpétuerait les souffrances. Dans un affidavit déposé en 2014, l’ancien chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine, exigeait formellement la destruction de son propre dossier.

C’est parce que je considère que mon histoire relève du domaine privé, écrivait M. Fontaine. Pour lui, la transmission de ces récits aux générations futures ne ferait que prolonger l'héritage de dysfonctionnements et de traumatismes engendré par les pensionnats.

Le premier arbitre en chef du PEI, Daniel Ish, rappelle que la confidentialité absolue avait été promise dès le départ. Selon lui, y déroger constituerait un grave abus de confiance.

Arbitre ayant présidé plus de 500 audiences, Kathleen Keating abonde dans le même sens : C’était une promesse solennelle faite à chacune de ces personnes.

Phil Fontaine regarde la caméra, assis dans un fauteuil.

L'ancien chef national de l'Assemblée des Premières Nations Phil Fontaine a réclamé la destruction de son dossier d'indemnisation pour préserver sa vie privée. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Combattre le négationnisme par les archives

Pourtant, à l'approche de la date butoir, moins d’une centaine de personnes sur 38 000 ont fait la démarche de réclamer et de sauvegarder leur dossier, selon un porte-parole du Centre national pour la vérité et la réconciliation.

Ce chiffre alarme la journaliste crie Connie Walker, responsable de l’Indian Residential School Records Project, à l'Université métropolitaine de Toronto.

Selon elle, la grande majorité des aînés ignorent encore aujourd'hui que leurs témoignages vont disparaître ou qu'ils possèdent le droit d'en préserver une copie.

Je pense que cela soulève de sérieuses questions. Une vaste campagne d'information devait pourtant être déployée , déplore Mme Walker.

Cette dernière s'inquiète du manque d'accès aux preuves directes face aux discours révisionnistes : La meilleure façon de contrer le négationnisme demeure la vérité, par l'entremise des archives et des témoignages des survivants.

Une femme sourit devant la caméra.

La journaliste crie, Connie Walker, qui dirige un projet d'archives sur les pensionnats pour Autochtones à l'Université métropolitaine de Toronto, craint que la destruction des témoignages ne prive les futures générations d'outils pour contrer le négationnisme.

Photo : Gracieuseté de Connie Walker

Pour Geraldine Shingoose, qui a pu sauver son propre document, la tragédie est aussi celle des survivants disparus avant le jugement de 2017 : Eux n'ont pas eu le choix.

En vertu des règles actuelles, ni les enfants ni les proches des défunts ne sont autorisés à réclamer les dossiers pour empêcher leur destruction.

Avec les informations de l'émission Blue Sky de CBC et de Camilla Faragalli

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