Pendant des décennies, une partie des historiens a tenu Narbonne pour une ville ouverte sous le Haut-Empire, sans rempart. La pelle de l’Inrap vient de leur donner tort. Au 15 quai d’Alsace, les archéologues ont dégagé environ 30 mètres de muraille et une tour circulaire appartenant à l’enceinte de Narbo Martius, la colonie romaine fondée en 118 av. J.-C.
Une courtine, une tour, et un débat tranché au sol.
À retenir
- Une tour circulaire et 30 mètres de courtine ont été dégagés au 15 quai d’Alsace
- Le rempart date des dernières décennies du Ier siècle avant notre ère
- Le tronçon confirme que Narbonne était entourée d’une enceinte à l’époque romaine
Sommaire
Un chantier de routine, une trouvaille que personne n’attendait
L’opération démarre en août 2023, sur 3000 m², à l’emplacement d’une future résidence, en périphérie du centre historique. Il s’agit d’une fouille préventive, prescrite par le service régional de l’archéologie de la Drac Occitanie avant l’aménagement porté par le Groupe SM et Vinci Immobilier. La première tranche court de septembre à décembre 2023, puis les recherches se poursuivent jusqu’au printemps 2024, avec une seconde journée portes ouvertes le 23 mars 2024. Le public a donc pu voir le chantier de ses yeux, à quelques pas de promenades que beaucoup de Narbonnais connaissent par cœur.
L’objectif affiché était tout autre. Les équipes comptaient documenter un quartier d’entrepôts et de commerce lié au port fluvial antique, et l’Inrap reconnaît que ses archéologues n’envisageaient pas du tout la présence d’un rempart à cet endroit.
Ils en ont pourtant exhumé un tronçon de 30 mètres : la courtine, c’est-à-dire le mur d’enceinte proprement dit, et une tour. Les deux ont été largement épierrés, ce qui veut dire que leurs blocs ont été récupérés après l’abandon de l’ouvrage pour servir ailleurs. Il reste les fondations et les premières assises, assez pour lire le plan.
La tour surprend par sa construction. Elle est ronde en élévation, mais repose sur des fondations carrées, un choix que l’Inrap explique par le souci probable d’assurer une meilleure stabilité à l’édifice. Sur un sol de zone portuaire, proche de l’eau, l’hypothèse tient la route.
Une ville ouverte ? Le doute des historiens
Le raisonnement des sceptiques était simple. Aucun mur n’avait jamais été repéré, malgré des siècles de travaux et de constructions dans la ville moderne. Faute de trace, certains spécialistes en avaient conclu que Narbonne, capitale de la province de Gaule transalpine, se passait d’enceinte durant le Haut-Empire. Des travaux consacrés à la ville voisine de Nîmes écrivaient déjà que Narbonne était « probablement une ville ouverte », au vu de l’absence de toute fortification.
L’idée n’avait rien d’absurde. Les enceintes du Haut-Empire, bâties entre 27 av. J.-C. et le milieu du IIIe siècle, sont rares : on en recense une petite vingtaine en Gaule, surtout autour de colonies. Elles enferment souvent de grands périmètres, parfois au-delà de la zone bâtie, et semblent avoir eu une vocation plus symbolique que défensive. Leurs murs sont plus minces que ceux du Bas-Empire (2,20 à 3 mètres d’épaisseur) et leurs tours, généralement circulaires, s’égrènent le long du tracé.
Le tronçon narbonnais coche ces cases. L’Inrap indique que le diamètre de la tour et l’épaisseur des murs sont aux normes du Haut-Empire et se rapprochent de ceux d’Orange, de Lyon ou d’Autun.
Narbonne rejoint ainsi le club des colonies qui affichaient leur statut derrière un rempart.
Une datation encore à affiner
Sur la date de construction, l’Inrap reste prudent. La datation précise est à affiner, mais l’ouvrage aurait été édifié dans les dernières décennies du Ier siècle avant notre ère. Cela le place à l’époque d’Auguste ou juste avant, soit un à deux siècles après la fondation de la colonie.
Ce décalage compte. Il signale une cité qui a d’abord grandi, puis s’est dotée d’un monument de prestige quand elle en avait les moyens et l’envie. Autour du rempart, la fouille a aussi livré des entrepôts occupés entre le Ier siècle avant et le IVe siècle après J.-C., preuve d’un quartier de stockage resté actif pendant environ quatre siècles.
Reste à savoir quel périmètre le mur enfermait, et où passaient les portes. Un tronçon de 30 mètres fixe un point sur la carte, pas un contour. Pour le tracer en entier, il faudra que d’autres chantiers retrouvent d’autres morceaux, ce qui dépend du rythme des projets d’aménagement en ville.
Ce que cette découverte change à Narbonne
La commune sait que son sous-sol est dense. Depuis les années 1990, l’Afan puis l’Inrap y ont mené plus de 150 opérations de diagnostic et de fouille. Le 19 septembre 2025, l’institut a signé une convention de partenariat avec la ville de Narbonne, et le chantier du quai d’Alsace, qui a livré le premier tronçon du rempart Haut-Empire de Narbo Martius, y est cité parmi les exemples où l’aménagement et la connaissance du passé ont fini par s’accorder.
L’Inrap évoque aussi, dans son compte rendu, l’initiative des aménageurs pour assurer la préservation de vestiges jugés remarquables. C’est une nuance à garder en tête, car les structures découvertes en fouille préventive sont en principe vouées à disparaître une fois documentées. Pour savoir ce qui reste réellement visible, mieux vaut se renseigner auprès de la ville et de l’Inrap.
Narbonne a été la première colonie romaine de Gaule, reliée à l’Italie et à l’Espagne par la voie Domitienne dès sa fondation en 118 av. J.-C. Sa première enceinte attestée, elle, n’apparaît qu’au tournant de notre ère, et elle a été retrouvée à deux pas d’un quai que l’on longe sans y penser.
Sources : inrap.fr | my.weezevent.com


7 hour_ago
7


























.jpg)






French (CA)