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Il y a 40 ans, le pari réussi du quai qui a sauvé Sept-Îles

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Lorsque le premier ministre du Canada Brian Mulroney a coupé le ruban du nouveau quai en eau profonde de Pointe-Noire, en 1986, peu de gens mesuraient la portée de cette initiative audacieuse. Baptisée le « quai La Relance », l’infrastructure était un projet à haut risque qui allait pourtant assurer la prospérité industrielle et sociale de Sept-Îles pour des décennies à venir.

Au début des années 80, la Côte-Nord est frappée de plein fouet par une crise économique majeure, provoquée par l’effondrement du marché mondial du fer.

Avec la fermeture définitive de la mine de Schefferville en 1982, la fermeture de la ville de Gagnon, la perte de centaines d'emplois chez IOC et un exode marqué des travailleurs, la communauté locale avait un besoin vital de diversifier son économie.

Aperçu à vol d'oiseau des installations du secteur de Pointe-Noire et des travaux d'aménagement portuaire au bord du golfe du Saint-Laurent.

Survol du secteur industriel de Pointe-Noire. C'est sur ce vaste terrain côtier que la collectivité a concrétisé sa vision de diversification économique au milieu des années 1980. (Photo d'archives)

Photo : gracieuseté Port de Sept-Îles

C'est dans ce climat d'urgence que réémerge une idée couchée sur papier quelques années plus tôt. Engagé en 1979 comme ingénieur pour ce qui allait devenir le port de Sept-Îles, le futur maire Ghislain Lévesque avait une mission précise. En collaboration avec Ports Canada et des firmes de consultants, il devait concevoir le plan directeur de développement du secteur de Pointe-Noire.

Pour mes collègues à Ottawa, on voyait le développement du port de Sept-Îles et du secteur de Pointe-Noire comme une merveille et un plan d’avenir pour le Canada, se remémore Ghislain Lévesque.

L’œuf avant la poule

Or, les porteurs du projet se heurtaient à un défi de taille : comment obtenir le financement nécessaire pour une nouvelle installation portuaire d’envergure sans entreprise pour l’utiliser?

On disait à ce moment-là : "c'est la poule avant l'œuf ou l’œuf avant la poule", se souvient Ghislain Lévesque. Le fédéral nous demandait de démontrer l’intérêt des entreprises avant de construire un quai. Nous, on leur a plutôt demandé de nous construire un quai pour avoir les outils nécessaires afin de développer le secteur portuaire!

Des travailleurs sur un chantier enneigé.

« On a mis tous les efforts », se remémore Ghislain Lévesque. Une détermination partagée par les ouvriers alors à l'œuvre sur le chantier. (Photo d'archives)

Photo : gracieuseté Port de Sept-Îles

Pour convaincre le gouvernement fédéral de financer le projet, l’ingénieur et son équipe ont construit un argumentaire solide, affirmant que le quai existant Monseigneur-Blanche était désuet et devait être démoli à court terme. Des années plus tard, celui-ci a finalement été conservé.

De plus, l’équipe locale a fait miroiter d’importants projets qui ne pourraient voir le jour sans un tel quai en eau profonde, comme des aciéries, des projets de développement minier nordiques et, surtout, des alumineries.

On ne voulait plus être sous l’emprise unique du minerai de fer. On devait trouver une alternative, et cette alternative, c’était l’aluminerie.

L’Alouette se pose

Ottawa finit par flancher et injecte 36 millions de dollars dans l'aventure. Complété par Québec et d'autres partenaires pour atteindre un budget total de 56 millions, ce montant permet à Ports Canada de lancer le chantier. Une route de 8 km est aménagée parallèlement à une conduite d'eau et les plans pour la construction du nouveau quai se dessinent.

Deux hommes applaudissent un autre homme qui porte une pelle dans ses mains.

Jacques Auger (gauche), PDG de Ports Canada, et André Maltais (centre), député fédéral de la circonscription de Manicouagan, lors de la première pelletée de terre du chantier du quai La Relance. (photo d'archives)

Photo : gracieuseté Port de Sept-Îles

Le 21 août 1986, Brian Mulroney arrive à Pointe-Noire avec une délégation de médias pour inaugurer le nouveau quai, une installation de 260 m de long. La communauté baptise cette infrastructure pleine de promesses le quai La Relance, porté par l'espoir d'un renouveau économique.

Trois ans plus tard, l'État québécois et un consortium international du secteur de l'aluminium annoncent un investissement majeur de 1,3 milliard de dollars pour construire une usine de première fusion dans le secteur.

Photographie d'archive d'un chantier de construction portuaire en bordure d'eau. Sur la gauche, un camion-benne est stationné sur une rive recouverte de pierres concassées. Des tiges de métal verticales sortent de l'eau le long de la berge.

Le chantier du quai La Relance et, plus tard, celui d'Aluminerie Alouette ont créé des centaines d'emplois, ouvrant une autre économie que celle du fer. (Photo d'archives)

Photo : gracieuseté Port de Sept-Îles

En présence du premier ministre du Québec, Robert Bourassa, le consortium nommé Aluminerie Alouette lance officiellement le chantier de ses installations le 1er septembre 1989. Le complexe industriel produira sa toute première tonne d'aluminium en 1992.

Un moteur pour la région

Ce quai-là a été déterminant dans la décision, à l’époque, des premiers actionnaires, relate le président et chef de la direction actuel d’Aluminerie Alouette, Claude Gosselin. La proximité au réseau énergétique et un quai en eau profonde ouvert 12 mois par année, c’était deux critères extrêmement importants. Le quai [de La Relance] a été l’un des piliers qui ont permis l’arrivée d’Alouette ici.

Aluminerie Alouette a été un joueur majeur dans l’économie de Sept-Îles et de la Côte-Nord, relate pour sa part Joël Chouinard, le président-directeur général par intérim du Port de Sept-Îles. Sans eux, évidemment, on n’aurait pas connu le même boom économique des années 90 et 2000, alors qu’on en avait grandement besoin.

Brian Mulroney entouré par des journalistes, micros en main.

Brian Mulroney (à droite) à Pointe-Noire lors du vingtième anniversaire du quai La Relance, en 2006. Ghislain Lévesque (en bas à gauche), alors maire de Sept-Îles, assiste à l'événement. (Photo d'archives)

Photo : gracieuseté Port de Sept-Îles

Aujourd'hui, avec plus de quatre décennies de recul, Ghislain Lévesque demeure convaincu que les leaders de l’époque avaient vu juste.

Les gens de chez nous ont eu la vision pour défendre leur point de vue auprès du fédéral pour dire que le port de Sept-Îles était un incontournable pour le développement du Canada. Les années ont suivi et ont démontré que ça s’avérait exact.

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