Le premier trait de génie venait du logo. Une marque, une promesse, un balisage éclaboussant dans les présentoirs tournants des gares, une déclaration de guerre au bon goût et aux mœurs policées. En avril 1985, les éditions Fleuve Noir, pilier de la littérature populaire depuis les années 1950, jouaient leur coup le plus spectaculaire en lançant la collection Gore. Chaque mois, deux romans de 150 pages dégoulinant d’horreurs en tous genres – et, il faut le dire, de sexualité pas toujours très subtile.
Alors que le cinéma, surtout anglo-saxon, avait basculé dans les ténèbres et l’effroi au moins dès le chef-d’œuvre de Tobe HooperMassacre à la tronçonneuse en 1974, l’édition contre-attaquait sur ce terrain, se donnant pour mission d’injecter ce qu’il faut d’adrénaline à ses amateurs. Il en a résulté «une expérience éditoriale unique en son genre», note David Didelot, auteur d’une somme consacrée à la collection.


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