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Au centre-ville de Montréal, à l’ombre de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), se cache une autre organisation internationale, qui fête cette année les 25 ans de son union avec la métropole québécoise : l’Agence mondiale antidopage (AMA).
Été 1998. L’affaire Festina fait rage. Au Tour de France, le médecin de l’équipe cycliste Festina est arrêté. Il est trouvé en possession de quantités industrielles de produits dopants. Le dopage éclabousse alors le monde du cyclisme, mais aussi le monde sportif plus généralement.
Quand ça s'est produit, il y a eu un moment où le mouvement sportif s'est dit : "Il faut qu'on se mette autour de la table, il faut qu'on ait une discussion avec les autorités publiques pour décider ce qu'on va faire." Il y a eu une réunion en 1999 à Lausanne, qui a débouché, après beaucoup de discussions, sur le concept de l'Agence mondiale antidopage, se souvient Olivier Niggli, directeur général de l’AMA depuis 2016.
Il est sorti de cette réunion un modèle unique : Un partenariat à parts égales entre gouvernement et mouvement sportif. 50-50 dans la gouvernance, 50-50 dans le financement. On doit travailler ensemble, personne ne peut le faire tout seul, explique M. Niggli.

Olivier Niggli
Photo : Radio-Canada
Avant la création de l’agence, c’était le CIO qui régissait ce qui avait trait au dopage. L’ancienne directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l’INRS, Christiane Ayotte, se souvient par exemple que certaines fédérations bannissaient des substances, tandis que d’autres les permettaient. Cette cacophonie-là n'aidait certainement pas la lutte, estime-t-elle.
Une des premières missions de l'agence, ça a été d'harmoniser les règles, indique M. Niggli, c’est-à-dire que les règles soient les mêmes pour tous les pays du globe.
D’ailleurs, le DG de l’AMA mentionne qu’un facteur clé pour réussir à imposer les règles est que le Comité international olympique a mis dans la charte olympique que ceux qui n'acceptaient pas ou qui n'appliqueraient pas ces règles-là ne pouvaient pas participer au programme olympique.
Lausanne… ou Montréal?
Une fois que la volonté d’établir une telle organisation est établie, vient l’épineuse question de l’emplacement de son bureau principal. Plusieurs villes manifestent alors leur intérêt : Stockholm, Vienne, Lausanne, qui est la ville abritant le siège social du CIO, et Montréal, se rappelle Dick Pound, le premier président de l’AMA.
Si on allait à Lausanne, je savais qu’on allait être avalé par le CIO. Il en allait de la crédibilité et de l’indépendance de l’agence que nous soyons séparés.
Il faut comprendre qu'il y avait vraiment une perception des autorités publiques que Lausanne était trop proche du mouvement sportif. On avait créé cette agence pour qu'elle soit une réponse à une situation de crise par rapport au mouvement sportif, par rapport à ce qui s'était passé. Et donc l'idée que ça reste aussi proche du mouvement sportif, ce n’était pas quelque chose qui était perçu de façon positive, abonde Olivier Niggli, présent le jour du vote décisif.
À chaque tour, la ville ayant recueilli le moins de votes était éliminée. Le tour final a vu Lausanne faire face à Montréal. La métropole nord-américaine a gagné par deux voix.
Pour arriver à ce point, une longue campagne a été nécessaire. Les intervenants sondés par Radio-Canada Sports sont tous d'accord pour dire que l’apport d’un homme au projet a été inestimable : Denis Coderre.
À l’époque, l’ancien maire de Montréal siégeait au conseil des ministres comme secrétaire d’État au sport amateur, un poste qu’il occupe de 1999 à 2002.
Il a fait une campagne à la nord-américaine. Il a fait une vraie campagne. Il est allé sur le terrain, il est allé voir les gens, il est allé leur expliquer pourquoi Montréal c'était bien, pourquoi on serait bien accueillis, pourquoi c'était, politiquement, un bon endroit, et il en a convaincu beaucoup, y compris des Européens.
Mme Ayotte reconnaît aussi que Montréal n’aurait jamais eu l’AMA sans lui. Il a gagné les votes un par un, mais il y a aussi les conditions que Montréal a offert, comme le fait que les employés internationaux ne paient pas d’impôts au Canada, d’offrir les écoles, d’offrir de l’aide pour trouver une maison.

Christiane Ayotte en 2010.
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Montréal gagne le vote le 21 août 2001, tandis que le bureau de l’AMA est ouvert en 2002.
Le bilan
Naturellement, l’AMA a beaucoup évolué au fil des années. Au départ, si on trouvait une violation du code antidopage, on ne pouvait rien y faire. On le signalait aux instances du sport dans lequel l’infraction avait été commise, et c’était eux qui décidaient, se souvient Richard Pound.
Ça a pris 10 ans avant qu’on ait un comité interne indépendant qui pouvait suggérer une pénalité appropriée. Si la fédération internationale acceptait le jugement, l’histoire était finie. Si elle refusait, nous avions le droit d’aller au Tribunal arbitral du sport. Ça a fait un grand changement, ajoute-t-il.

Dick Pound
Photo : Radio-Canada
Les scandales de dopage continuent d’éclater, même si l'AMA souffle ses 25 bougies. Il y a des personnes très intelligentes qui trichent. Nous avons des personnes très intelligentes qui tentent d’y trouver des solutions, relativise M. Pound.
Malgré toutes les défaillances qui sont celles d’une organisation gérée par des humains, ça demeure pour moi la ressource internationale dont on a vraiment besoin si on veut s’attaquer au dopage. [...] Il faut une autorité qui est reconnue par tout le monde.
Le bureau principal de l’AMA est assuré de rester à Montréal jusqu’en 2031.
Avec les informations d'Alexandre Gascon.


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