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« Ce n'est pas facile de vendre une maison, mais curieusement, nous sommes heureuses, est-ce que je me trompe, mes sœurs? ». En cœur et avec une puissance qui fait oublier qu'une seule des religieuses à moins de 80 ans, l'assistance a répondu un « non » bien senti à l'appel de leur responsable régionale, Sœur Micheline Cormier, lors de la conférence de presse mardi.
Établies dans ce couvent situé en retrait du boulevard Saint-Germain depuis le début des années 70, les Filles de Jésus ont cédé leur maison à un prix d'ami. Le groupe Altera en est l'heureux propriétaire depuis le début du mois. Il s'agit d'une entreprise familiale qui œuvre depuis trois générations à offrir des soins pour les personnes en « ressources intermédiaires » dans la région de Rimouski.
Peu enclines à parler de considérations temporelles, les religieuses ont fait vœu de silence à propos du montant de la transaction. Une recherche au registre foncier nous a toutefois permis de confirmer que le couvent, évalué à 5,2 millions de dollars, a été vendu pour 1 million de dollars.

Il subsiste 27 Filles de Jésus à Rimouski. Une seule a moins de 80 ans.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Mais il ne faut pas croire que les Sœurs ne sont pas bienheureuses de cet arrangement. L'allocution bien sentie de Sœur Micheline en témoigne. Cette vente est plus qu'un contrat administratif, c'est l'assurance que le lieu puisse poursuivre notre mission, en lien avec les besoins du milieu.
L'assurance aussi de pouvoir demeurer chez soi. Car si leur place semble assurée au ciel, d'ici là, elles pourront demeurer au couvent.
Je vis ça avec beaucoup d'émotion, mais beaucoup de remerciements, parce que la mission continue dans notre maison.
Une cohabitation avec les plus vulnérables
Cette acquisition ne signifie pas pour autant que de nouvelles places de ressources intermédiaires seront offertes. La liste d'attente est longue et les annonces de places financées se font au compte-goutte.
Le groupe Altera, qui gère déjà cinq autres établissements à Rimouski et Sainte-Luce, va plutôt fermer sa résidence de la rue Tanguay et transférer la vingtaine de bénéficiaires au couvent des Filles de Jésus.

Julien Roy est propriétaire du Groupe Altéra avec son cousin Jean-Christophe Dubé, ainsi que Carolanne Fournier.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Ce déménagement, prévu pour janvier, devrait se faire en douceur, croit le copropriétaire de l'entreprise, Julien Roy.
Les sœurs ont tellement eu un bel impact dans la communauté, je pense que, dans l'esprit des personnes âgées, ça a été vraiment vu de manière positive.
Pour les sœurs, cette cohabitation avec des personnes âgées aux prises avec des problèmes de santé semble toute naturelle.
Se disant touchée par l'état du système de santé au Québec, Sœur Micheline a souligné avec émotions que la communauté est heureuse d'accueillir des gens qui deviendront nos frères et nos sœurs en situation de vulnérabilité.
Des descendantes d'immigrantes
L'annonce de la transaction a été l'occasion pour Sœur Ursule, l'historienne maison de la communauté, de rappeler la riche histoire des Filles de Jésus.

Soeur Ursule Beaulieu, Fille de Jésus.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Cette congrégation chassée de France au début du 20e siècle a atterri en Alberta, dans les Maritimes et à Notre-Dame-du-Lac avant d'essaimer un peu partout au pays et même au Montana.
On est des descendantes d'immigrantes, rappelle, souriante, Sœur Ursule.
Les religieuses se propageront dans l'ensemble du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie pour prendre soin des malades, en particulier des personnes handicapées et des vieillards.
Quand on est arrivés ici, on a vu des gens pauvres, mais riches de cœur.

Cette carte montre les endroits où les Filles de Jésus se sont établies dans l'Est-du-Québec.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Mais elles iront bien plus loin que Gaspé ou New Carlisle. Moi, j'ai fait cinq ans au Cameroun, cinq ans en Haïti, j'ai fait ça égal égal, souligne fièrement Sœur Ursule.
J'irai plus en Haïti maintenant par exemple, là c'est trop dangereux, mais j'ai vécu du beau temps en Haïti, des gens sympathiques, des gens accueillants. On vivait comme ici, dans la proximité avec les gens.
Dans les années cinquante, les Filles de Jésus se voient confier la responsabilités des personnes âgées de la région de Rimouski. Après le feu de 1950, il y avait un besoin important de logements pour eux, rappelle la sœur-historienne.

Le centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de Rimouski
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
C'est ainsi qu'elles construisent ce qui deviendra des années plus tard le CHSLD de Rimouski, bâtiment qu'elles quitteront au début des années 70 pour habiter celui qui vient d'être vendu.


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