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”Il savonne la planche à Boris Dilliès…” : coulisses d’un combat des chefs au MR bruxellois

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La nature a horreur du vide. En politique plus qu'ailleurs.

Depuis que David Leisterh, vainqueur des élections régionales, s'est replié sur sa commune de Watermael-Boitsfort, aucun leader incontesté n'a véritablement repris le flambeau. Résultat : une bataille à fleurets mouchetés s'est engagée pour le leadership de la première force politique de la capitale, opposant notamment le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin — proche du nouveau président de la fédération David Weytsman — au ministre-président bruxellois, Boris Dilliès. Si la tension reste feutrée en surface, elle transpire en coulisses.

Dernier épisode en date : l'inauguration du rond-point Schuman, annulée en dernière minute ce jeudi par Beliris. Officiellement reportée pour un conflit d'agenda, la cérémonie embarrassait plusieurs invités face aux surcoûts et à l'abandon de l'auvent central au profit d'une "mer de béton". Mais en coulisses, l'épisode prend une tournure politique : "Le cabinet Quintin savait pertinemment que Boris Dilliès n'était pas disponible mais a maintenu la date", glisse un insider libéral, y voyant une volonté d'empiéter sur le pré carré du ministre-président. Une manœuvre fermement démentie chez Bernard Quintin, où l'on rappelle que Beliris gérait seule le calendrier.

Le clash des 100 millions

Le dossier Beliris concentre le gros des tensions. La répartition d'une enveloppe de 100 millions d'euros a fait des étincelles entre les cabinets Quintin et Dilliès. Selon nos confrères de La DH, une réunion a viré au clash il y a un mois, poussant le conseiller Beliris du ministre Bernard Quintin à quitter précipitamment la réunion Teams.

Le cabinet Dilliès dénonçait un "saupoudrage" et exigeait des projets structurants, tels que la rénovation des tunnels Loi et Belliard.

"Il s'agit en réalité d'une opposition d'influence entre David Weytsman et Boris Dilliès", analyse une source libérale régionale, rappelant que Bernard Quintin est un ami de vingt ans du patron du MR bruxellois.

Tenté de se présenter à la présidence du MR bruxellois, Boris Dilliès s'est heurté à de fortes réticences internes

Tensions au Parlement

Le malaise gagne désormais le groupe MR au Parlement bruxellois, où les rancœurs de la dernière élection interne n'ont jamais été enterrées. À l'époque, Boris Dilliès avait soutenu la candidature de Geoffroy Coomans de Brachène contre David Weytsman, qu'il accusait d'être "de gauche avec les gauchistes et de droite avec les droitards".

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"J'ai toujours soutenu Boris et je continuerai. Il donne énormément dans un boulot difficile, et derrière, quelqu'un lui savonne la planche..."

Aujourd'hui, Geoffroy Coomans de Brachène confirme l'existence de tensions : "J'ai toujours soutenu Boris et je continuerai. Il donne énormément dans un boulot difficile, et derrière, quelqu'un lui savonne la planche… On attendait ce poste de ministre-président depuis vingt ans, il ne faut pas gâcher cette opportunité par des divisions."

Plusieurs élus régionaux sont mécontents. Certains accusent David Weytsman de jouer sa carte personnelle, ciblant ses sorties médiatiques critiques envers la ligne régionale sur la mobilité. D'autres déplorent un manque de soutien à la ligne gouvernementale — faite de compromis obligés avec le PS et Groen — ainsi qu'une absence de recadrage des élus locaux sortant du rang. Sont notamment visées les prises de position de Marcela Gori lors des auditions sur le Foyer anderlechtois, ou le plaidoyer de l'élu berchemois Geoffrey Van Hecke pour le retour des 70 km/h dans le tunnel Annie-Cordy.

"Cela se tire parfois dans les pattes, et on ne sent pas de soutien suffisant à l'action parlementaire", regrette un député MR. "David Weytsman donne l'impression de vouloir être un ministre-président de l'ombre", glisse une autre source libérale.

"La tension est palpable"

Cette lecture est toutefois nuancée au sein même du groupe. "La tension est palpable. Il y a un axe politique un peu crispé entre Boris Dilliès et David Weytsman", confirme le député Olivier Willock (MR). "Mais ce n'est pas plus tendu chez nous qu'au PS ou chez Les Engagés. Ces tensions sont logiques dans un groupe où il faut faire en sorte que tout le monde s'y retrouve." L'élu libéral prend la défense du président de la fédération : "Je n'ai pas du tout le sentiment qu'il tire dans les pattes du groupe. David Weytsman veut prendre une forme d'existence par rapport au groupe, c'est la fonction qui le veut. Il essaye d'apporter sa touche et sa légitimité. S'il y a une faiblesse, en revanche, c'est le manque de concertation entre les élus du MR."

Dans l'entourage de David Weytsman, on rejette fermement ces procès en déloyauté, estimant qu'il revient à la cheffe de groupe de soutenir ses députés, et à Boris Dilliès de soutenir ses ministres." Quant à David Weytsman, il respecte l'équilibre. Il est loyal et s'est d'ailleurs publiquement déclaré favorable à un gouvernement Dilliès II. On gagne sur le terrain, pas en se tirant dans les pattes. David n'est pas un serpent : lorsqu'il a un problème, il est frontal, plutôt comme un gorille."

David Weytsman (MR)David Weytsman (MR) ©DR

Même son de cloche chez Bernard Quintin : si l'on admet des divergences d'opinions sur l'arbitrage Beliris, on dément catégoriquement la moindre querelle de leadership.

L'ombre de 2029

Le malaise reste pourtant bien réel. "Au-delà des questions d'ego, il y a parmi les poids lourds du MR bruxellois un côté Struggle for life en vue de la confection des listes pour 2029. Bernard Quintin n'était par exemple pas le plus destiné à la politique, mais il y a pris goût et se montre de plus en plus offensif", observe une source libérale.

La course aux places pour 2029 s'annonce en effet encombrée : David Weytsman, Boris Dilliès, Bernard Quintin, Audrey Henry, Éléonore Simonet, Valérie Glatigny, voire Hadja Lahbib, Sophie Wilmès ou Georges-Louis Bouchez lui-même. Beaucoup de gros poissons dans un étang bien étroit, où le président du MR adore de surcroît sortir des lapins blancs de son chapeau.

Pris en étau entre les tensions internes à son parti, les injonctions de son président national sur la SLRB et le bras de fer musclé qui l'oppose à Ahmed Laaouej au gouvernement, Boris Dilliès doit faire face à plusieurs fronts à la fois. Mais chez les libéraux, où personne n'accepte de jouer les seconds rôles, le principal adversaire du MR reste souvent le MR lui-même.

Voyage au Kazakhstan, guerre de com' et "chantage politique" : autopsie d'une crise bruxelloise qui s'enlise

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