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Il reste tant de travail à faire

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Le projet d’entente dit « Aishkat » méritait mieux qu’une tombée du rideau précipitée dans le vide de juillet, au mépris de la communauté innue de Pessamit et des Québécois.

L’écrivaine et ethnologue wendat Isabelle Picard a bien résumé le nœud qui a mené l’entente énergétique négociée par le conseil de bande de Pessamit avec le gouvernement du Québec et Hydro-Québec au cul-de-sac. « On ne peut pas régler 70 ans de litiges en dix jours. » Elle a mille fois raison : c’était trop court pour se familiariser avec « une entente aux répercussions existentielles tenant sur 42 pages de jargon d’avocats », pour reprendre les mots très justes de la Pessamiushkueu, poète et artiste Natasha Kanapé Fontaine.

À plus forte raison sachant qu’il fallait aussi en profiter pour évaluer, dans le même laps de temps, la solidité d’une entente tricotée pour tenir 50 ans.

Comment se faire une tête alors que passé, présent et futur sont encore si difficiles à conjuguer après des années de confiance ébranlée ? Là où des expertises indépendantes environnementale, juridique ou économique auraient pu se révéler bénéfiques pour décortiquer l’entente — quitte à la préciser ici ou à la recadrer là pour lui donner une meilleure chance de passer des pages à la réalité —, la collectivité s’est retrouvée isolée, acculée au mur.

Dimanche, guidés par la prudence et le souvenir amer de décennies d’accrocs avec Québec et Ottawa, les Innus de Pessamit ont dit non à 63 % à l’entente Aishkat, contre l’avis de leur conseil de bande.

« Si on n’ose jamais, il n’arrive rien », s’est défendu Ian Lafrenière lundi. « La fenêtre était là, il fallait l’essayer », a expliqué le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits, qui savait pourtant que ce calendrier était casse-gueule. Il en porte aujourd’hui l’échec, avec la société d’État et le conseil de bande qui ont aussi joué leur va-tout. Convenant euphémiquement « qu’il reste du travail à faire », la première ministre Christine Fréchette a pris acte du résultat en se disant convaincue qu’il était encore « possible de conclure une entente bénéfique ».

Mais son gouvernement, tout comme le conseil de bande de Pessamit, se heurte aux impératifs d’un calendrier électoral qui ne pardonne pas. Le conseil de bande sera dissous le 15 juillet — aussi bien dire là, maintenant. Les Québécois iront aux urnes le 5 octobre. Le chantier laissé en plan ira donc vraisemblablement à une nouvelle équipe. Des gains pourraient être perdus en chemin, d’autres gagnés au détour.

Mais dans combien de temps ? Les chantiers ne manquent pas au Québec. Dans la mire des partis qui se préparent à partir en campagne, on voit d’abord la santé, le coût de la vie, l’éducation, le logement, la langue… S’ajoute la souveraineté en ligne de cœur pour le Parti québécois, dont le livre bleu, paru le mois dernier, attend toujours son chapitre sur les relations avec les Premières Nations et les Inuits.

Rien n’assure donc que l’heure de Pessamit reviendra vite. Et c’est malheureux, car il y avait aussi du bon dans l’entente Aishkat qui pourrait ne jamais repasser.

Ce référendum dépassait la formule du chèque compensatoire pour les 13 centrales hydroélectriques et 16 barrages construits par la force sur ce territoire ancestral au siècle dernier. Il proposait également un volet consistant à faire de Pessamit un partenaire à part entière dans de nouveaux projets hydroélectriques. Selon le conseil de bande, ceux-ci auraient pu générer des retombées économiques pouvant aller jusqu’à sept milliards de dollars sur un demi-siècle. Pour lui, il y avait là le nécessaire pour sortir la communauté de sa torpeur économique.

Il faut dire que les besoins ne manquent pas dans la communauté. Mais voilà, en plongeant dans l’entente, on ne trouve nulle trace de ces sept milliards. Pas plus qu’on ne trouve de clauses qui cimentent la souveraineté et l’autodétermination des Innus de Pessamit dans ce nouveau chapitre. Au contraire, certaines suggèrent plutôt des renoncements à certains droits afin de protéger le développement énergétique futur. Comment ? Jusqu’où ? Mystère.

Tous ces flous auront contribué à torpiller une entente qui n’aura jamais eu la chance de faire la preuve que toutes les parties prenantes ont bel et bien rompu avec les manigances et les trahisons du passé comme elles le prétendent. C’est déplorable. On ne peut pas continuer d’aller ainsi de refus en refus en se contentant de pointer du doigt les dangers d’un veto autochtone comme s’ils nous étaient tous extérieurs.

La sécurité énergétique du Québec dans le monde déroutant de 2026 a des répercussions existentielles sur tous ceux qui l’habitent.

Hélas, toutes les parties concernées ont encore du chemin à faire pour bâtir des ponts solides et arriver à travailler de concert dans l’intérêt fondamental de chacun. Il faudra bien pourtant arriver à dessiner tous ensemble une participation économique équitable, guidée par des principes qui seront bénéfiques à tous et qui tiendront non pas seulement dans l’immédiat, mais aussi pour l’avenir, dans un monde que nous savons d’ores et déjà de plus en plus fragile et incertain.

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