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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le 26 février 1806, le général Alexandre Dumas s’éteignait à l’âge de 43 ans. Père de l’illustre écrivain et officier héroïque, il représente aujourd’hui une figure fédératrice dont il faut honorer la mémoire, estime son biographe Claude Ribbe.
Claude Ribbe, écrivain et biographe du général Dumas, est l’auteur du Diable noir, roman, à paraître le 20 mai 2026 (Fayard).
Le mercredi 26 février 1806, voici tout juste 220 ans, le général Alexandre Dumas s’éteignait à Villers-Cotterêts, à l’âge de 43 ans, laissant une veuve et un jeune fils qui deviendra l’un des écrivains français les plus populaires. La mort du général Dumas s’explique par les séquelles d’une captivité de deux ans à Tarente, dans les geôles du roi de Naples, mais aussi par le désespoir d’avoir été écarté par Napoléon Bonaparte, à la suite d’un désaccord survenu en Égypte, où Dumas commandait la division de cavalerie de l’armée d’Orient, avec Lannes et Murat sous ses ordres.
Le souvenir du général Dumas, figure héroïque de la Révolution française, ne s’est jamais complètement effacé. Principalement grâce à sa veuve, qui éleva leur fils dans le culte du héros disparu. Et l’écrivain Alexandre Dumas allait, toute sa vie durant, rendre un vibrant hommage à ce géniteur légendaire. D’abord discrètement, en 1831, dans une nouvelle, La Rose rouge, dont l’action se situe - et pas par hasard- en Vendée. De manière plus explicite ensuite (et avec un humour pas toujours compris) dans ses Mémoires, publiés en 1852. Plus généralement, la vénération de l’écrivain pour la figure paternelle est peu ou prou repérable dans nombre de ses œuvres.
Anatole France résumait les exploits de ce champion dans une célèbre phrase : «Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’œuvre auquel il n’y a rien à comparer.»
Le général Dumas n’est pas seulement « le fils de la négresse ». Il est aussi « le fils du marquis » et l’héritier incontestable d’une famille normande de la noblesse d’épée, les Davy de La Pailleterie
Le centenaire de la mort du général Dumas, en 1906, donna lieu à une série d’hommages. Une statue installée à Paris, place du général-Catroux, détruite pendant l’Occupation. Un tableau d’Olivier Pichat où le général est représenté à cheval et, assez curieusement, sous les traits de l’écrivain Alexandre Dumas. Depuis 2002, année de la panthéonisation de ce dernier, je me suis attaché à réintégrer la figure de son père dans le «roman français» en mettant en lumière trois éléments importants de sa biographie : le fait qu’il soit né esclave à Saint-Domingue, sa rivalité passagère avec Bonaparte et une amitié durable avec trois camarades qui préfigure bien évidemment l’histoire des Trois Mousquetaires.
Une figure fédératrice
La formation, dès 1788, d’une équipe de quatre amis inséparables pendant les guerres de la Révolution et dont Dumas était l’animateur, aux côtés de Piston, Espagne et Carrière de Beaumont, est en effet une réalité documentée, que j’ai pu notamment établir à travers la correspondance du général Espagne. Trois noms de ce quatuor sont inscrits sur l’Arc de Triomphe.
La rivalité avec le Bonaparte de 1794 s’explique par une divergence de stratégie pour porter la guerre en Italie. Dumas, alors général de division et commandant en chef victorieux de l’armée des Alpes, souhaitait attaquer par les cols du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis qu’il venait d’emporter. Bonaparte, jeune général d’artillerie et numéro deux de l’armée d’Italie, prônait une invasion par les Alpes du sud. Tous deux s’accordaient sur une fusion des armées des Alpes et de l’Italie, la question étant de savoir qui de l’un ou de l’autre commanderait cette nouvelle unité. C’est Napoléon qui a fini par gagner, et il a enrôlé Dumas, qui s’est glorieusement illustré dans cette campagne.
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Le fait qu’il soit né esclave est un autre marqueur. Il est important de le mettre en relief pour que la politique mémorielle de l’esclavage, engagée en 2001 (et menée depuis de façon chaotique) soit acceptée par tous, car la figure du général Dumas est particulièrement fédératrice. On ne voit pas très bien comment on pourrait unir les Français autour d’une mémoire de l’esclavage apaisée, autrement que par le truchement de figures positives et rassembleuses.
Ces deux derniers points ont donné pourtant lieu récemment à des dérives simplificatrices et racialistes qui consistent à réduire le général Dumas à sa condition d’esclave pour en faire un «modèle noir» positif opposé à un Napoléon «blanc» chargé de tous les maux, voire à assimiler le héros aux jeunes les moins intégrés de nos cités ghettoïsées. Un «blackface» mémoriel, en somme.
Célébrité en Vendée
Pour ne pas tomber dans l’ornière «woke», le moment est donc venu d’insister sur un quatrième point qu’on aurait tort de négliger. Le général Dumas n’est pas seulement «le fils de la négresse». Il est aussi «le fils du marquis» et l’héritier incontestable d’une famille normande de la noblesse d’épée, les Davy de La Pailleterie. Instrument de la vengeance d’un père disparu pendant 27 ans et revenu pour une revanche éclatante. Il s’est illustré comme officier de cavalerie légendaire et s’est inscrit de ce fait dans une tradition ancestrale et aristocratique que devaient assumer après lui son fils et son petit-fils.
Peu de gens savent que l’écrivain Alexandre Dumas ne portait pas seulement le nom de guerre de son père. Il s’appelait Alexandre Dumas-Davy de La Pailleterie et descendait, par le général, de Robert de Chabannes, tué à Azincourt, et de Jean de Graville, compagnon de Jeanne d’Arc. On comprend mieux, dans ces conditions, que le général Dumas, nommé contre son gré commandant en chef de l’armée de l’Ouest, soit une célébrité en Vendée. Il préféra, au péril de sa vie, briser son épée en 1794 plutôt que d’accomplir un génocide. Et son fils rendra populaire l’histoire d’une vieille France qui était aussi la sienne.


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