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Il menaçait l’ONU de guerre : un chef rebelle se dit « perdu » à l’ouverture de son procès

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Gaston Bilali Mtemi, 38 ans, est le tout premier Canadien à subir un procès en vertu d'un chef d'accusation de menaces envers du personnel des Nations unies (ONU).

Son arrestation pour cette raison par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 2023 constituait une première au pays. La cause promet donc de faire jurisprudence.

Sur Facebook, Gaston Bilali Mtemi se présentait comme le président d'un redoutable groupe armé prêt à faire la guerre aux Casques bleus. À l'ouverture de son procès au palais de justice de Québec, il s'est toutefois dit incapable de se défendre seul, affirmant ne rien comprendre et souffrir de vertiges.

Page Facebook de l'UNLC.

Une page Facebook de l’Union nationale pour la libération du Congo (UNLC)

Photo : Facebook UNLC

La première journée de son procès devant le juge Daniel Bélanger a pris une tournure inhabituelle lundi. L'accusé s'est présenté les mains vides, réclamant encore une fois le report de son dossier, alors que tous les témoins étaient prêts.

Le résident du quartier Limoilou a plaidé être incapable de se défendre seul, affirmant éprouver des vertiges devant la preuve que la Couronne fédérale s'apprêtait à présenter.

Gaston Bilali Mtemi a expliqué avoir contacté un avocat vendredi, mais que ce dernier ne serait pas disponible avant le mois de novembre. Il fallait vous mobiliser avant, a tranché le juge Bélanger, refusant catégoriquement la demande de remise.

Me Andréanne Côté et Me Josianne Cyr.

Me Andréanne Côté et Me Josianne Cyr représentent le Service des poursuites pénales du Canada.

Photo : Radio-Canada / Yannick Bergeron

Le magistrat a rappelé que l'accusé avait déjà bénéficié d'un report en mars 2025. À l'époque, son premier avocat s'était retiré du dossier en soulignant le manque de collaboration de son client. Une deuxième avocate a par la suite imité son confrère pour le même motif. Le juge a donc souligné l'inaction et la négligence de l'accusé dans les derniers mois.

Même après que le juge eut pris le temps de lui expliquer lentement les notions de base d'un procès, l'accusé est revenu à la charge. Je ne comprends rien, je suis déjà perdu, perdu, perdu, s'est-il plaint, sans succès.

Ultimatum à l'ONU

Une fois le procès officiellement ouvert, le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC), représenté par Me Josianne Cyr et Me Andréanne Côté, a commencé à exposer sa théorie de la cause.

Selon la poursuite, entre avril et décembre 2021, Mtemi aurait proféré des menaces violentes à l'endroit de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Le mandat de ces Casques bleus était de protéger les civils et le personnel humanitaire, particulièrement dans l'est du pays.

L'accusé aurait menacé le personnel mandaté par l'ONU alors qu'il était président de l'Union nationale pour la libération du Congo (UNLC), qu'il a cofondée.

Le communiqué est signé par Gaston Bilali, président.

Le communiqué publié sur une page Facebook de l'Union nationale pour la libération du Congo.

Photo : Facebook Unlc Congo

La Couronne entend démontrer que Mtemi est l'auteur d'une lettre, publiée sur la page Facebook du groupe, qui donnait un ultimatum. La MONUSCO devait quitter la RDC dans un délai de 30 jours, sans quoi elle s'exposait à de violentes représailles.

Demande de 234 000 $ US

Selon des documents au dossier de la cour, l'accusé serait allé encore plus loin. Il aurait réclamé 234 000 $ US à un représentant de la MONUSCO afin de couvrir les dépenses liées à des préparatifs de guerre contre l'organisation.

La Couronne prétend que le groupe de Mtemi se vantait d'avoir le potentiel militaire et l'appui de la population pour attaquer les forces de l'ONU. Lors d'une communication, l'accusé aurait même affirmé que ses combattants avaient déjà fait feu sur un hélicoptère de la MONUSCO.

C'est d'ailleurs un témoin clé de ces communications qui a été le premier à s'avancer à la barre lundi. Raymond Debelle, 63 ans, est un militaire belge à la retraite qui a travaillé comme enquêteur pour la cellule d'embargo d'armes de la MONUSCO. C'est son rapport qui, une fois transmis à l'équipe des enquêtes internationales de la GRC, a mené à l'arrestation du chef rebelle à Québec.

Informations secrètes

Dans ce dossier, certains renseignements classifiés ne seront pas rendus publics. Ottawa a obtenu une ordonnance de la Cour fédérale permettant de caviarder de la preuve afin de ne pas compromettre la sécurité nationale et les relations internationales.

Cette mesure vise notamment à protéger l'identité de collaborateurs de l'ONU qui pourraient subir des représailles, ainsi que des données provenant du FBI et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Le procès de Gaston Bilali Mtemi devrait durer toute la semaine.

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