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"Il est prisonnier de l'opinion" : ce qui se joue derrière le rejet de Benyamin Nétanyahou du plan de Donald Trump pour Gaza

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Publié le 11/08/2026 15:10

Temps de lecture : 4min

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou apparaissent sur l'écran d'un téléphone portable, à Ankara (Turquie), le 24 juin 2025. (DILARA IREM SANCAR / AFP) Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou apparaissent sur l'écran d'un téléphone portable, à Ankara (Turquie), le 24 juin 2025. (DILARA IREM SANCAR / AFP)

A presque deux mois des législatives en Israël, le Premier ministre refuse tout retrait de l'enclave palestinienne avant le désarmement "complet" du Hamas.

Un "non" qui fissure une nouvelle fois l'entente entre deux pays alliés. Benyamin Nétanyahou a publiquement rejeté, dimanche 9 août, la feuille de route américaine censée ouvrir la deuxième étape du plan pour Gaza. "Israël rejette le document en 15 points" présenté fin juillet par le Conseil de paix de Donald Trump, a annoncé le Premier ministre israélien devant son cabinet. Une fin de non-recevoir à un texte pourtant accepté par le Hamas et qui prévoyait son désarmement en contrepartie d'un retrait progressif de l'armée israélienne.

D'après Benyamin Nétanyahou, l'armée israélienne "n'effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé". Le chef du gouvernement exige que le mouvement islamiste et nationaliste palestinien renonce à "toutes les armes", lourdes comme légères, et refuse ce qu'il qualifie de "désarmement fictif". Une exigence présentée comme sécuritaire, mais qui révèle aussi une divergence avec Washington sur l'avenir de Gaza.

"Il y a un désaccord profond", analyse le journaliste Sylvain Cypel, auteur de l'essai L'Etat d'Israël contre les Juifs. Selon lui, Donald Trump cherche avant tout à stabiliser Gaza et à empêcher le conflit de continuer à embraser la région, quand Benyamin Nétanyahou poursuit une logique différente.

"A chaque fois que les Américains ont proposé un plan, et un plan qui laisse une certaine place aux Palestiniens, Nétanyahou a dit : 'Il n'en est pas question'."

Sylvain Cypel, journaliste

à franceinfo

Et c'est précisément là que se trouve l'un des principaux points de rupture. La feuille de route américaine ne porte pas seulement sur les armes du Hamas ou le calendrier d'un retrait israélien : elle ouvre une perspective politique pour les Palestiniens. "Dans le plan Trump, il y a trois mots : il y a les mots 'Etat', 'Palestiniens' et 'autodétermination'", souligne Sylvain Cypel. Autant de termes qui touchent au cœur du désaccord entre le gouvernement israélien et Washington.

En conditionnant le retrait de Tsahal à un désarmement intégral et préalable du Hamas, Benyamin Nétanyahou inverse la mécanique prévue par le texte américain, qui lie les deux processus. Le Hamas défend, lui, un désarmement progressif plutôt qu'une reddition unilatérale de son arsenal. D'après l'AFP, Nikolaï Mladenov, haut représentant du Conseil de paix de Donald Trump à Gaza, a tenté de rassurer Israël en assurant qu'un retrait n'interviendrait qu'après un désarmement "complet" du mouvement islamiste et nationaliste palestinien. Sans convaincre le Premier ministre israélien.

Pour Sylvain Cypel, l'exigence israélienne revient même à repousser indéfiniment un retrait. "Je commencerai à retirer mes troupes le jour où il n'y aura plus une seule arme à Gaza du côté palestinien", résume-t-il, à propos de la position défendue par Benyamin Nétanyahou. Avant de trancher : "Donc ça signifie jamais." Selon le journaliste, croire que le Hamas puisse livrer l'intégralité de ses armes tandis que l'armée israélienne reste déployée dans l'enclave relève d'une condition que la partie palestinienne ne peut accepter.

Mais le blocage ne se joue pas seulement à Gaza. Il faut aussi regarder vers Israël, où les élections législatives du 27 octobre se rapprochent. Il s'agit du premier scrutin depuis l'attaque du 7 octobre 2023 et il s'annonce périlleux pour Benyamin Nétanyahou. Les sondages successifs donnent sa coalition de partis nationalistes et religieux perdante, rapporte l'agence de presse Reuters.

L'équation est d'autant plus fragile que certains de ses alliés sont eux-mêmes en difficulté. Le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich, le ministre des Finances, risque notamment de ne pas franchir le seuil nécessaire pour entrer à la Knesset. Dans un Parlement de 120 députés où 61 sièges sont nécessaires pour gouverner, la perte de quelques élus pourrait suffire à priver Benyamin Nétanyahou d'une majorité.

Dans cette bataille, ses alliés d'extrême droite ont évidemment leur poids. Ceux-ci rejettent vigoureusement la feuille de route américaine et Benyamin Nétanyahou a besoin d'eux pour espérer conserver une majorité. Mais réduire son refus à la seule pression de sa coalition serait, selon Sylvain Cypel, passer à côté d'une partie essentielle de l'équation. "Il n'est pas prisonnier de sa droite. Il est prisonnier de l'opinion", insiste-t-il.

Car l'opposition au plan américain déborde largement au-delà des formations ultranationalistes et religieuses qui soutiennent le gouvernement. Les sondages montrent que le texte est largement impopulaire auprès de l'électorat de droite de Benyamin Nétanyahou. En mars 2026, dans une enquête de l'Institute for National Security Studies, plus de la moitié des personnes interrogées et se situant à droite estimaient que le passage à la deuxième phase de l'accord sur Gaza n'était pas conforme aux intérêts du pays.

Plus profondément encore, le refus d'un Etat palestinien reste très largement partagé dans le paysage politique israélien, y compris parmi une partie des adversaires du Premier ministre. Selon Sylvain Cypel, l'après-7-Octobre a encore renforcé cette logique : l'attaque du Hamas a brutalement rappelé à la société israélienne sa "vulnérabilité". Une rupture qui a, selon lui, pesé sur le regard porté par une partie de la société israélienne sur la perspective d'un Etat palestinien.

A quasiment deux mois des élections, faire des concessions sur Gaza exposerait donc Benyamin Nétanyahou à un coût politique qui ne se limite pas à la survie de sa coalition. Le Premier ministre peut au contraire chercher à apparaître comme celui qui ne cède ni sur le désarmement du Hamas ni sur le maintien des garanties sécuritaires israéliennes. Et ce, alors même que la question palestinienne n'est pas le principal sujet de la campagne. Les inégalités face au service militaire, la commission d'enquête sur le 7-Octobre et la conduite des opérations militaires occupent également une place importante dans le débat.

Le calcul est d'autant moins risqué que Benyamin Nétanyahou connaît les limites de la pression américaine. Malgré des désaccords répétés depuis le 7 octobre 2023, Washington n'est jusqu'ici jamais allé jusqu'à utiliser son principal moyen de pression sur Israël : son soutien militaire.

"A chaque fois que Donald Trump a exigé des choses auprès de Nétanyahou, Nétanyahou a dit non. Et à chaque fois, c'est passé."

Sylvain Cypel, journaliste

à franceinfo

Donald Trump a assuré lundi que sa relation avec Benyamin Nétanyahou restait "très bonne". Le Premier ministre israélien ménage lui aussi son allié, qu'il qualifie de "plus grand ami [d'Israël] à la Maison Blanche", tout en assumant le désaccord : "Ils ont des idées, certaines nous conviennent et d'autres non, et nous savons défendre nos positions sur ces questions."

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