Trente ans à transformer la lumière du soleil en courant électrique, puis un jour, le démontage. Le réflexe est presque automatique : imaginer ce vieux panneau photovoltaïque terminer sa vie dans une benne, direction la décharge ou l’incinérateur. C’est faux, et les chiffres de la filière européenne le montrent depuis plusieurs années déjà.
Un panneau solaire se recycle, et bien plus qu’on ne le croit.
À retenir
- Le verre et l’aluminium, qui composent 80 % de la masse d’un panneau, se recyclent dans des filières industrielles éprouvées depuis des décennies
- L’éco-organisme français Soren atteint un taux de valorisation de 94 % par broyage mécanique et séparation des matériaux
- La récupération de l’argent des contacts et des polymères d’encapsulation reste le principal défi technique du recyclage photovoltaïque
Sommaire
Verre et aluminium, la partie la plus simple
Un module photovoltaïque au silicium cristallin n’a rien d’un objet mystérieux à décomposer. Il est massivement composé de verre, qui représente environ 70 % de la masse, d’aluminium pour le cadre à hauteur de 10 % environ, de polymères encapsulants, de silicium, et de métaux à plus faible volume comme le cuivre et l’argent. Deux matériaux, le verre et l’aluminium, forment donc à eux seuls l’écrasante majorité du poids d’un panneau. Ce sont aussi deux matériaux que les filières industrielles savent traiter depuis des décennies, bien avant l’essor du solaire.
Les filières existantes permettent déjà d’atteindre des taux de valorisation supérieurs à 90 % en masse. Certaines analyses vont plus loin encore, avec un taux de valorisation global qui grimpe à 92-94 % selon les procédés utilisés.
La difficulté ne se cache pas là où on l’attend. Le verre et l’aluminium partent facilement dans des filières classiques, mais les fractions minoritaires posent un problème d’un autre ordre. L’argent utilisé dans les contacts électriques des cellules est présent en quantités infimes, dispersé dans chaque module, ce qui rend son extraction industrielle bien plus complexe que celle d’un métal massif comme l’aluminium.
Récupérer cet argent à grande échelle reste un chantier ouvert.
La récupération de l’argent n’est pas industrialisée à l’échelle du gisement, et quatre programmes européens en cours le confirment. Les polymères d’encapsulation, ces plastiques qui protègent les cellules photovoltaïques et les collent au verre, posent un défi similaire. La lecture la plus cohérente avec les procédés décrits pointe les polymères d’encapsulation, que la filière ne sait pas encore recycler en matière. Ces fractions minoritaires en masse concentrent l’essentiel de la complexité technique du recyclage photovoltaïque.
Ce que répond l’éco-organisme de la filière
En France, c’est l’éco-organisme Soren qui pilote la collecte et le traitement des panneaux en fin de vie. Soren, anciennement PV Cycle France, a reçu l’agrément du ministère de la Transition écologique depuis 2015 pour organiser la collecte et le recyclage des panneaux photovoltaïques en France. Sur son propre site, l’organisme revendique un taux moyen de valorisation qui s’élève à 94 % pour un panneau photovoltaïque, en s’appuyant sur des techniques de recyclage par broyage ou par délamination.
Le rythme de collecte, lui, s’accélère nettement. En 2025, 13 760 tonnes de panneaux usagés ont été récupérées, soit 40 % de plus qu’en 2024, selon le dernier bilan de l’éco-organisme Soren. La majeure partie de ce tonnage provient directement des sites d’installateurs et d’exploitants de centrales, le reste étant déposé dans des points d’apport volontaire répartis sur le territoire.
Concrètement, le démontage suit un enchaînement précis d’étapes. Le processus comprend le broyage mécanique initial, la séparation verre/métaux via tables vibratoires, la dissolution thermique douce de l’EVA à 130°C, l’extraction du silicium avec rinçage et récupération en poudre, et le tri granulométrique finalisé. Chaque matériau séparé repart ensuite dans une filière industrielle qui lui est propre, du verre vers la fabrication de nouveaux contenants jusqu’à l’aluminium vers de nouveaux cadres ou d’autres objets métalliques.
Le vrai enjeu se situe désormais dans le passage à l’échelle. Les volumes de panneaux arrivant en fin de vie vont mécaniquement grimper dans les années qui viennent, à mesure que les premières grandes installations du parc solaire français franchissent le cap des trente ans. La question n’est plus de savoir si un panneau se recycle, mais si les capacités de traitement industriel suivront le rythme de ce vieillissement collectif.
Sources : ats-photovoltaique.com | travail-industrie.com | soren.eco


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