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Identité et postulats au second concert de l’OSM en Écosse

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L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) donnait jeudi son second concert au Festival d’Édimbourg. Tout en acceptant de coller au fil rouge thématique autour des Amériques, à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis, la soirée fut un vrai postulat artistique identitaire, comme un écho à la soirée de la veille, la résurrection de l’œuvre The Song of Hiawatha (Le chant de Hiawatha) de Coleridge-Taylor.

La plus belle chose en musique c’est le respect. Jeudi, au Usher Hall d’Édimbourg, deux marques de respect de la part du public, envers la proposition artistique de l’OSM, ne trompaient pas. Les presque 10 secondes de silence après Une vie de héros de Strauss, avant de tonitruants « Bravos ! ». Mais aussi, le fait de rappeler avec insistance sur scène les chanteuses Élisabeth St. Gelais et Emma Pennell après le premier segment, consacré à You Can Die Properly Now d’Ana Sokolovic et Un cri s’élève en moi de Ian Cusson sur des textes de Michelle Sylliboy et Natasha Kanapé Fontaine.

Contexte

Les perspectives induites et ouvertes par ces deux chanteuses si douées, l’une innue, l’autre mi’kmaq, et ces textes d’une bouleversante et magistrale éloquence montraient l’importance du contexte en musique.

Après la soirée de mercredi — et ses textes parfois gênants, dépassés et perclus de clichés de Longfellow, mis en musique par Coleridge-Taylor —, voir l’OSM dire (virtuellement) « je prends la main » et amener Élisabeth St. Gelais et Emma Pennell chanter l’autodétermination et le pouvoir d’agir des femmes autochtones (mais aussi les traumatismes et les blessures, la mort et le droit à la dignité), dans les mots de poétesses elles aussi innue et mi’kmaq, avait de quoi scotcher les auditeurs sur leur siège.

On aurait tant aimé que les spectateurs soient plus nombreux à faire cette double expérience édifiante, ce second concert en attirant moins, hélas. Il est vrai que le postulat était exigeant. En associant Dzonot, le concerto pour violoncelle de Gabriela Ortiz, aux deux œuvres vocales, ce sont trois œuvres composées en 2024 et 2025 qui formaient une première partie de 45 minutes.

L’expérience, même si audacieuse en terme de billetterie, est une réussite artistique. Et d’abord par un simple constat, sujet abordé récemment dans le DMag : la création musicale de notre époque ayant renoué avec le public, dans une nouvelle « normalité symphonique », une telle programmation est possible et « digeste ».

Messages

La réécoute de Dzonot dans une salle aussi sonore qu’Édimbourg est gratifiante. C’est, au fond, un concerto en quatre mouvements, avec un scherzo fougueux en 2e position (L’œil du jaguar) et un mouvement lent rêveur (Jade) qui suit. Orchestre et violoncelle agissent en complément, et l’orchestration est plutôt scintillante (on parle d’eau) avec des sonorités métalliques et boisées.

Alisa Weilerstein maîtrise avec fougue une panoplie très étendue de modes d’expression. Dommage que pour le public était fournie une introduction plus que sommaire par rapport à la notice de Lanaudière, qui expliquait les tenants et aboutissants militants de la composition. Au-delà des questionnements écologiques, Ortiz s’insurge contre ceux qui cherchent à accaparer des ressources au Mexique. On en revient donc à une thématique de révolte contre les abus de pouvoir. Second contrepoids, donc, à l’atmosphère de « colonisation heureuse » de la veille.

En seconde partie, l’OSM et Rafael Payare ont fait forte impression avec Ein Heldenleben, une interprétation généreuse guère entachée par de minimes imperfections individuelles, inhabituelles en tournée. Andrew Wan, très élégant et moins primesautier qu’à Lanaudière, raffine de plus en plus ses solos, avec une grande subtilité et une douceur de son très viennoise. De même, comme dans le Daphnis et Chloé du Stade olympique, Rafael Payare s’est lâché un peu plus dans la tendresse des « Accomplissements du héros ».

Un pied de nez aux « figures imposées » de mercredi, la programmation de Ein Heldenleben ? Seul Rafael Payare le sait en son for intérieur. Mais comme le Festival imprime les dates de composition, on s’amuse de voir, à côté de ce Heldenleben, « 1898 »… la même année que la 1re Cantate de Coleridge Taylor, Hiawatha’s Wedding Feast !

Nous avons associé, hier, Hiawatha et la musique édouardienne. Le but du courant musical édouardien était de mettre fin au cliché d’une Grande-Bretagne qualifiée, dans la sphère germanique, de « Land ohne Musik » (pays sans musique). Au bout du second concert, on dira que ledit mouvement a certes mis fin à l’« absence », mais qu’Ein Heldenleben montrait par l’exemple, et de manière éclatante, l’étendue du chemin à rattraper.


Christophe Huss est l’invité de l’OSM pendant la tournée européenne

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