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Après avoir conquis Rosemont–La Petite-Patrie et le Mile End, la populaire crémerie Iconoglace ouvre cette semaine une nouvelle succursale en plein cœur du Quartier des spectacles. Retour sur le succès de cette entreprise créée en pleine pandémie et devenue, en quelques étés, une véritable institution montréalaise.
Sur les rues Bélanger et Laurier, la scène est devenue familière : dès que le mercure grimpe, une file interminable de clients se forme sur les trottoirs. Familles, couples, amis, jeunes et moins jeunes attendent patiemment leur tour pour déguster l’une des créations glacées d’Iconoglace.
Cet été, ce sont les touristes qui déambulent sur la Place des Festivals que les propriétaires de la crémerie espèrent envoûter. La nouvelle succursale, qui a ouvert ses portes lundi, servira ses crèmes glacées sur la rue Clark, face à l’Esplanade Tranquille.
Lors du passage du Devoir, quelques jours avant la grande ouverture, les vitrines étaient encore placardées pour éloigner les regards. À l’intérieur, le local sentait la peinture fraîche. Une partie de l’équipe installait les machines de crème molle et les gaufriers, pendant qu’une autre posait du papier peint dans les toilettes. La copropriétaire, Anabelle Berkani, courait d’un appel à l’autre, rencontrait de futurs employés tout en aidant son équipe à installer les équipements.
Elle ne part pas de zéro — il s’agit de sa troisième adresse —, mais la pression est cette fois plus forte, confie-t-elle. « Je vis dans Rosemont, j’ai grandi dans le Mile End ; je savais que les gens du quartier aimeraient ce que je propose. Ici, il va falloir faire nos preuves auprès d’une clientèle différente. Mais je touche du bois, je pense que ça va marcher », laisse tomber l’entrepreneuse, fébrile.
Selon elle, les touristes européens, nombreux à Montréal l’été, préfèrent les glaces dures. Elle en propose, mais mise surtout sur les crèmes glacées molles et les sundaes créatifs et gourmands. Hors de question, toutefois, de modifier une recette gagnante. Elle préfère relever le défi de convaincre ces visiteurs d’adopter ses créations.
« Quand je me rappelle d’où on part, je me dis que tout est possible », lance-t-elle.
Départ en dent de scie
En quittant le milieu du cinéma en 2019 pour acheter, avec son conjoint, la petite crémerie de quartier Chez Rachid, sur la rue Bélanger, Anabelle Berkani était loin d’imaginer le succès à venir. « On a fait rouler ça tout l’été à deux, sans employés, en pleurant et en se demandant ce qu’on faisait. On vendait pour 200 $ par jour de crème glacée molle vanille avec des sprinkles et des banana splits de basse qualité », raconte-t-elle en riant.
Sans se décourager, elle a appris sur le tas, testé des recettes et affiné son idée. « Je savais où je m’en allais, je voulais proposer des desserts gourmands artisanaux », dit-elle. Le duo a ensuite entrepris des rénovations et rebaptisé le commerce Iconoglace, en vue d’une relance au printemps 2020.
« On n’avait pas prévu la pandémie, évidemment, poursuit-elle. La sorbetière n’est jamais arrivée à temps. J’avais juste ma machine à molles. Alors j’ai décidé d’être créative et de proposer des crèmes molles artisanales qu’on ne voit nulle part ailleurs. » Le concept est né et ce qui aurait pu sonner le glas du projet a finalement contribué à son succès.
Qualité, image et hype
Aujourd’hui, les Montréalais accourent pour goûter ses twists aux fruits de saison et ses sundaes aux saveurs audacieuses, comme le Délice d’Arruda (aux pasteis de nata, les tartelettes portugaises), la Crotte de licorne (à la barbe à papa) ou encore l’iconique Mont-Royal (chocolat, caramel et beurre d’arachides).
Certaines créations restent au menu toute la saison, d’autres disparaissent après quelques semaines. « C’est beaucoup de logistique et d’imagination, mais ça fonctionne. Ça me permet de tester des choses et de sonder les goûts des clients. Et le fait que ça change souvent créé un “FOMO” [fear of missing out] : les gens ne veulent pas manquer leur chance. »
Forte de son expérience passée en cinéma et en publicité, Anabelle Berkani met par ailleurs ses créations colorées en valeur sur les réseaux sociaux afin d’attirer l’attention. « L’image, c’est très important. Mon commerce ne pourrait pas vivre sans Instagram aujourd’hui. Mais s’il y a un hype, il faut que la qualité suive », admet-elle.
C’est d’ailleurs cette qualité qui, selon elle, explique la fidélité de la clientèle. « On ne triche jamais. Tout est fait maison, tous les produits sont naturels et le plus possible de saison, soutient-elle. Les gens viennent parce que c’est beau, mais ils reviennent parce que c’est bon, ajoute-t-elle. Et une fois qu’ils ont goûté, ils sont prêts à payer un peu plus cher. »
Sa troisième succursale à peine lancée, Anabelle Berkani réfléchit déjà à la suite. « Il ne passe pas une semaine sans que quelqu’un me demande des franchises à Blainville, à Brossard ou à Mascouche. J’aimerais pouvoir le faire, je sais qu’on a une formule gagnante, mais je préfère avancer prudemment. Je ne veux pas perdre en qualité », explique-t-elle, sans pour autant tirer un trait sur l’idée. « Je me verrai bien lancer une franchise à l’étranger, en France, pourquoi pas ? Rêvons en grand ! »


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