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Alors que la Saskatchewan s’apprête à accueillir le plus grand centre de données d’intelligence artificielle au pays, des questions émergent au Manitoba : la province a-t-elle manqué une occasion stratégique aux retombées énergétiques et économiques considérables ?
La Saskatchewan prend une longueur d’avance
Le temps dira si le gouvernement néo-démocrate de Wab Kinew finira par envier la Saskatchewan, qui a décroché un projet de 1,7 milliard $ de Bell Canada. Autrefois perçue comme rurale, sous-développée et isolée, la province voisine a profondément transformé son image.
Au cours des deux dernières décennies, le forage horizontal a stimulé sa production pétrolière, tandis que la demande mondiale de potasse et l’intérêt renouvelé pour l’uranium ont renforcé son économie.
Bien que le Manitoba demeure plus diversifié et moins exposé aux fluctuations des matières premières, la Saskatchewan affiche aujourd’hui une meilleure santé financière selon plusieurs indicateurs, notamment le PIB par habitant, le salaire médian et la dette provinciale.
Dans ce contexte de rivalité amicale, il est notable de voir la Saskatchewan réussir là où le Manitoba n’a pas abouti.
Un centre de données énergivore au cœur du projet
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a annoncé que sa province accueillera bientôt le plus grand centre de données d’intelligence artificielle au Canada. Situé au sud de Regina, ce projet de Bell Canada devrait être complété d’ici la fin de 2027.
L’infrastructure nécessitera environ 300 mégawatts d’électricité, soit près de 5 % de la capacité de production actuelle de la province. Pour répondre à cette demande, Bell Canada a conclu des ententes avec SaskPower et TransGas Limited, ce qui implique une alimentation partielle au gaz naturel.
Scott Moe a souligné que cette capacité énergétique permet à la Saskatchewan de contribuer à la souveraineté des données canadiennes, en assurant que celles-ci soient stockées et régies au pays.

Mirko Bibic, président et PDG de Bell Canada, est montré sur une photo de septembre 2025 à Montréal. Il a rencontré le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, en octobre.
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Des ambitions similaires au Manitoba
Cette annonce résonne particulièrement au Manitoba, où le premier ministre Wab Kinew a récemment présenté une stratégie en matière d’intelligence artificielle. Il y affirmait la volonté de faire de la province un leader dans la gestion et le stockage des données sous contrôle canadien.
M. Kinew avait même évoqué la possibilité de voir émerger des centres de données au Manitoba, peu après une rencontre avec le PDG de Bell Canada, Mirko Bibic. Toutefois, aucune annonce concrète n’a suivi, y compris lors du discours sur l’état de la province en décembre.
Ni Bell Canada ni le gouvernement manitobain n’ont confirmé si la province avait été sérieusement envisagée pour accueillir le projet finalement attribué à la Saskatchewan.
Les centres de données : des retombées limitées?
Si un investissement de 1,7 milliard $ avait généré des retombées fiscales importantes à court terme, les bénéfices économiques à long terme des centres de données sont plus incertains.
Une fois en activité, ces installations requièrent peu de main-d’œuvre, mais consomment énormément d’énergie. Cet aspect aurait pu représenter un obstacle majeur pour le Manitoba. Malgré une capacité de production supérieure à celle de la Saskatchewan, Hydro-Manitoba signale depuis plusieurs années son incapacité à desservir de nouveaux grands clients industriels.
Par ailleurs, le gouvernement Kinew semble moins enclin à recourir au gaz naturel pour alimenter ce type d’infrastructure, contrairement à son homologue saskatchewanais.
Enjeux énergétiques et acceptabilité sociale
Le ministre du Développement économique du Manitoba, Jamie Moses, a indiqué que chaque projet serait évalué avec rigueur afin d’assurer des retombées positives pour la population.
Aux États-Unis, les centres de données suscitent souvent une opposition locale, en raison de leur apparence, de leur forte consommation d’eau et de leur impact énergétique. Ces facteurs pourraient également influencer les décisions futures au Manitoba.
La politique énergétique demeure un enjeu sensible pour le gouvernement Kinew, déjà confronté à des critiques concernant son appui à un projet de pipeline vers Churchill.
En Saskatchewan, l’utilisation du gaz naturel pour soutenir le développement industriel ne semble pas soulever de controverse politique majeure. À l’inverse, le Manitoba avance avec plus de prudence.
Reste à voir si, avec le recul, le projet de Bell Canada sera perçu comme une occasion stratégique manquée — un gros poisson énergivore qui a échappé à la province.
Avec les informations de Bartley Kives


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