Son enfant. Son bon géant. Sa chair. Au Théâtre de la Parfumerie à Genève jusqu’au 12 avril, Marie Probst est cette mère-là, assise devant un commissaire fantôme – vous, moi, sur le gradin. Elle vous harponne des yeux, cheveux déliés, elle voudrait vous faire plier, qu’on entende que son fils, ce sauvageon qu’on fait passer pour un ogre, ce mutique au visage énigmatique, n’est pas un ravisseur de fillette. Car c’est de ce crime qu’on le soupçonne dans Comme des bêtes (Ed. Buchet Chastel), chorale romanesque venue d’en haut, des Pyrénées où vit son auteure, Violaine Bérot, philosophe de formation, longtemps spécialiste de l’intelligence artificielle, avant de se vouer à l’écriture.
Ce baroud face aux ombres d’une police douteuse est l’acmé du beau spectacle de Marie Wyler, jeune comédienne et metteuse en scène genevoise qui a joué pour Françoise Courvoisier, Elidan Arzoni et Denis Guénoun. De Comme des bêtes, elle a aimé les arêtes d’une parole qui fourrage dans les sous-bois de la psyché. L’histoire? L’Ours, comme on appelle le sauvageon, élèverait, seul, une gamine, dans une grotte qui est celle des fées. Un jour, un coureur a aperçu la petite, nue, dans les parages d’un âne. Dans le récit de Violaine Bérot, l’institutrice, une ancienne camarade de classe, un vieillard qui est comme la mémoire du pays, un éleveur, un jogger, la mère du suspect s’expriment tour à tour. Chacun son chapitre. Chacun sa part d’ombre.


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