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Hors des ondes avec Alexandre : les questions embarrassantes

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Interviewer des artistes est un privilège. Généralement volubiles, ils se prêtent volontiers au jeu de répondre franchement à des questions pouvant aller dans tous les sens. D’ailleurs, il arrive que des journalistes poussent un peu trop le bouchon…

Le Journal de Montréal recensait en 2024 quelques-uns de ces moments embarrassants où des vedettes répondaient du tac-au-tac (nouvelle fenêtre) à des questions insignifiantes ou carrément sexistes. Les captations vidéo font presque mal à regarder tellement c’est gênant…

Bien qu’il fut une époque où la presse culturelle était beaucoup plus mordante, au Québec, les artistes font encore aujourd’hui face à des critiques parfois négatives qui peuvent teinter la perception du public.

C’est arrivé récemment à l’humoriste Richardson Zéphir, qui est en tournée pour son deuxième spectacle solo intitulé Punch créole. Après sa première médiatique à Montréal, en février, La Presse avait notamment qualifié son spectacle de décousu, qui [...] manque cruellement de substance.

Lorsque Richardson Zéphir s’est présenté au micro de Première heure mardi dernier, à quelques heures de sa représentation à la Salle Albert-Rousseau, j’étais bien donc au fait que sa tournée n’avait pas bénéficié de la couverture médiatique médiatique espérée.

Ne pas jouer à l’autruche

La veille de notre entrevue, j’avais eu une discussion à ce sujet avec Xavier Gagnon, journaliste à la recherche pour Première heure. La critique négative n’était pas la raison pour laquelle nous avions invité Richardson Zéphir, mais fallait-il pour autant éviter d’en parler en ondes ?

En vérité, j’étais curieux de savoir si Richardson Zéphir estimait que les journalistes avaient été trop sévères envers son spectacle. Je me demandais si la couverture médiatique l’avait amené à faire des modifications pour la suite de sa tournée.

Je voulais aussi jouer franc-jeu avec notre auditoire : lorsqu’un spectacle ne remplit pas ses promesses, inutile de jouer à l’autruche. Je ne dis pas que c’est le cas avec le spectacle de Richardson Zéphir, mais puisque les critiques étaient déjà connues, je me voyais mal faire semblant qu’elles n’existaient pas!

Il n’y a rien de pire que d’aller voir un spectacle qu’on nous a vendu comme quelque chose de grandiose et d’en ressortir avec l’impression qu’on nous a vendu du rêve. Vous savez de quoi je parle, j’en suis convaincu. Cela nous est tous arrivé.

C’est pourquoi j’apprécie lorsque les médias sont capables de présenter respectueusement les côtés moins réussis d’un spectacle, tout en s’appuyant sur des exemples concrets. Cela nous permet d’exercer notre sens critique, quitte à être en désaccord après avoir vu l'œuvre en question.

Il était donc clair, pour moi, qu’il fallait parler des critiques négatives lors de notre entrevue avec Richardson Zéphir.

La question était surtout de savoir comment j’allais le faire…

Car si je ne veux pas me retrouver moi-même dans un palmarès de journalistes ayant posé des questions insignifiantes à un artiste, encore faut-il que je trouve le bon angle d’attaque pour aborder un sujet aussi délicat.

Trouver la bonne formulation

J’ai choisi l’avenue qui m’apparaissait la plus humaine : celle d’admettre moi-même dans le préambule de ma question qu’il s’agissait d’un sujet un peu moche, mais que j’estimais que l’humoriste avait le droit de répliquer aux critiques négatives.

Par souci d’exactitude, j’ai résumé la teneur des critiques tout en citant les médias qui les avaient formulées. J’ai aussi rappelé à Richardson Zéphir que certains de ses spectacles à venir affichaient déjà complet, signe que le public était néanmoins au rendez-vous.

J’ai terminé la question en lui demandant comment il avait réagi aux critiques, ce à quoi il a répondu que c’était correct et qu’il y était même habitué étant donné son style d’humour.

Pour l’industrie, je suis bizarre. Ils ne savent pas où me mettre, où me classer. Mais avec le public, ça a toujours fonctionné. Ce qui a toujours été important pour moi, ça a été que le monde ricane, que le monde braille [de rire], a-t-il enchaîné.

Richardson Zéphir a aussi précisé qu’il n’avait apporté aucune modification à son spectacle et que les gens qui vont le voir savent ce qu’ils s’en vont chercher sur scène.

Tout cela s’est déroulé sans le moindre malaise, sans le moindre faux-fuyant. Peut-être s’attendait-il à ce que je lui pose la question? Peut-être espérait-il que je le fasse?

Dans tous les cas, il m’apparaît que même les sujets les plus délicats peuvent être abordés dans une entrevue.

Encore faut-il que l’intention qui se trouve derrière soit noble.

Et que les mots utilisés soient savamment réfléchis.

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