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Hors des ondes avec Alexandre : la nécessaire autocritique

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Je vais vous confier quelque chose : il m’arrive de douter de ma propre performance au micro. Je dirais même que c’est fréquent. Je m’en veux parfois d’avoir buté sur un mot. D’avoir mal synthétisé ma pensée. De ne pas avoir eu la lucidité de poser une question précise à un invité. Bienvenue dans la tête d’un animateur radio.

Cela m’est arrivé mercredi dernier avec Marie Langlois, directrice générale de la SDC Montcalm. L’entrevue portait sur le rejet, par son organisation, d’une proposition pour rendre piétonne une partie de l’avenue Cartier, les samedis et les dimanches durant l’été 2026.

Le sujet n’était pas sorcier. Nous avions bâti un plan d’entrevue avec toutes les informations nécessaires. J’avais même échangé brièvement avec un contact, la veille, pour m’assurer de ne pas avoir d’angle mort. Je croyais donc être bien préparé.

Pourtant, une fois l’entrevue terminée, j’ai été envahi par le sentiment d’avoir en partie échoué. J’avais l’impression de ne pas avoir su rebondir sur les éléments-clés et de ne pas avoir posé des questions qui me sont apparues évidentes après coup.

Trois prises au bâton

Par exemple, dès les premières secondes de l’entrevue, Mme Langlois avait admis que, de manière générale, la piétonnisation des artères peut être rentable pour les commerçants. Elle avait toutefois ajouté du même souffle que dans le cas de l’avenue Cartier, les conditions pour y arriver n’étaient pas réunies.

Des piétons sur l'avenue Cartier

L'avenue Cartier à Québec. (Photo d'archives)

Photo : Crédits : Société de développement commercial du quartier Montcalm

Pourquoi ne lui ai-je pas demandé sur-le-champ de préciser de quelles conditions elle parlait, exactement ? Première prise.

Mme Langlois disait que sa préoccupation était d’assurer la survie des commerces durant la période des travaux pour le tramway de Québec et que la piétonnisation pourrait fragiliser la majorité des commerces situés sur l’avenue Cartier.

Or, le projet discuté ne concernait a priori que les samedis et dimanches. Des travaux pour le tramway de Québec vont-ils vraiment avoir lieu pendant les fins de semaine de la saison estivale ? Je n’ai pas pensé à mettre de l’avant ce questionnement. Deuxième prise.

Enfin, pourquoi n’ai-je pas rappelé que la Ville de Québec venait tout juste d’annoncer une aide bonifiée allant jusqu’à 30 000 $ par année pour les commerces affectés par les travaux liés au tramway ? Cette aide ne vient-elle pas compenser, au moins en partie, les pertes anticipées ? Troisième prise.

J’ai fini l’entrevue avec le même sentiment qu’un frappeur, au baseball, qui vient d’être retiré.

Réécouter ses propres entrevues

Vous ne le savez probablement pas, mais je réécoute fréquemment les entrevues que je mène à Première heure. Pas parce que j’aime entendre le son de ma voix — je vous rassure —, mais parce que je cherche à évaluer ce que j’aurais pu faire différemment pour m’améliorer.

Cette pratique est pour moi un passage obligé. Pour vous offrir des entrevues de qualité, encore faut-il que je sois capable de me mettre dans votre peau et de juger de ma propre performance d’animateur. 

Croyez-moi : les défauts que vous avez repéré chez moi, je les entends de manière encore plus brutale que vous ! En effet, se réécouter en train de faire une erreur, d’être hésitant ou de rire nerveusement est un exercice plutôt pénible !

J’ai donc réécouté l’entrevue que j’ai faite avec Mme Langlois avant d’écrire cette chronique. Si mon impression d’avoir complètement échoué s’est partiellement dissipée, je reste convaincu que j’aurais dû poser les questions ci-dessus. 

Les quelques commentaires que vous avez envoyés dans la bulle de conversation allaient d’ailleurs en ce sens. Au terme de l’entrevue, certains d’entre vous étaient restés sur leur appétit pour les mêmes raisons que moi, à quelques différences près.

C’est pourquoi je suis sérieux lorsque je vous invite à partager avec moi les questions que vous vous posez sur un sujet d’actualité. Ce n’est pas pour le plaisir d’avoir l’air gentil ; c’est pour essayer de bénéficier collectivement de ce qui se passe dans vos cerveaux.

Plusieurs d’entre vous ont des compétences que je n’ai pas. Des manières de voir les choses qui ne sont pas naturellement les miennes. Des informations qui ne sont jamais apparues sur mon radar. Lorsque c’est véridique et pertinent, je serais bien fou de m’en priver !

Faire du doute un allié

J’ai toujours cru que le doute était fondamental en journalisme. Pour creuser un sujet d’actualité, il faut évaluer la crédibilité de nos sources, valider les informations qui nous sont transmises, ne jamais tenir pour acquis ce qui nous est dit.

C’est ce doute par rapport aux éléments extrinsèques qui nous aide à nous approcher le plus possible de la vérité.

Mais le doute par rapport aux éléments intrinsèques, ceux qui nous concernent en tant qu’individu, m’apparaît tout aussi fondamental.

Il faut douter de l’étendue de nos connaissances, de nos réflexes, de nos certitudes. Pour être vraiment prêt pour une entrevue, il faut d’abord avoir douté que nous l’étions réellement.

Bien sûr, il y a 1001 choses qui peuvent affecter ma performance d’animateur, en ondes. Comme tout le monde, il m’arrive de faire de l’insomnie, de me présenter au boulot avec une batterie moins bien rechargée ou d’avoir quelques soucis personnels qui me suivent au travail.

Il m’arrive aussi d’avoir des blancs de mémoire en direct, d’être simplement distrait ou d’être dérangé par la mauvaise qualité du son qui sort du téléphone d’un invité, par exemple.

Mais ces éléments ponctuels sont bien peu de choses à côté du plus grand piège en journalisme : devenir trop sûr de soi-même. C’est là qu’on oublie ses propres limites.

Or, il n’y a rien qui nous rende plus vulnérable que de se croire infaillible.

Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante : [email protected].

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