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Histoires criminelles : prisonnière d'un mariage violent, il la tue dix mois après leur union

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Chaque mois, la rédaction revient sur un fait divers qui a marqué Vernon et ses environs. Retour sur l'assassinat d'une femme par son mari dix mois seulement après leur union. 

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Cette image présente une estampe de la série The Bottle (1847) par l'artiste britannique George Cruikshank, intitulée « Fearful Quarrels, and Brutal Violence, Are the Natural Consequences of the Frequent Use of the Bottle » (Planche VI)

 Augustine Pointel est décédée à Vernon (Eure) de la main de son mari, quelques jours après avoir donné naissance à leur enfant. ©Série The Bottle par George Cruikshank, (Planche VI), 1847. 

Par Arielle Bossuyt Publié le 26 sept. 2026 à 18h14

Les chroniqueurs de la Gazette des tribunaux, pourtant habitués aux affaires sordides pour avoir écumé les cours d’assises, ont décrit cette affaire comme l’une des plus atroces qu’ils aient eu à couvrir.

Atroce, parce que la victime, une jeune femme dans la fleur de l’âge est morte de la main de son conjoint, un homme violent qui avait déjà tenté de la tuer.

Dix mois après l’union, elle a rendu son dernier souffle sur le lit qu’elle partageait avec son époux. Cette même couche où elle venait de mettre au monde leur enfant, décédé quelques jours après sa mère.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1833, Augustine Pointel trouve la mort à Vernon (Eure), au domicile de son mari, Jean-Baptiste Dejors. 

S’il prétend que son épouse s’est donné la mort, « éprise par l’envie de se détruire », Jean-Baptiste Dejors traîne derrière lui une réputation qui en fait le coupable tout désigné.

Et son comportement, à peine 24 heures après la découverte du corps de sa femme, est d’autant plus suspect. Le 12 janvier, le corps de la jeune épouse se trouve déjà dans son cercueil, prêt à être enterré.

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Une autopsie à domicile

Si au XIXe siècle, les défunts étaient rapidement inhumés passé un délai de 24 heures, dans les cas de morts violentes, un médecin devait intervenir en présence d’un officier de police.

Le mari est impatient d’enterrer son épouse. Heureusement, le suppléant au juge de paix accompagné d’un médecin se rendent à temps chez Dejors pour examiner le cadavre. 

L’autopsie a lieu à domicile et ce qu’elle révèle contredit les propos du mari, qui par ailleurs assiste à toutes les opérations sans bouger d’un cil.

Des traces de coups

Une attitude qui choque les personnes présentes. Ce que découvrent les médecins est révélateur :

« Ils remarquent une trace circulaire autour du cou, une écorchure sous l’arcade sourcilière et une ecchymose à l’épaule gauche. Ils concluent que la femme est morte d’asphyxie par strangulation avec un garrot serré autour du cou. »

Selon les médecins, il est impossible que la jeune épouse se soit suicidée à côté de son mari, dans le même lit sans qu’il s’en aperçoive. Le corps a parlé. Le comportement du mari aussi. Dejors est arrêté.  

Dans son interrogatoire, Dejors a livré une première version. Il se serait levé dans la nuit pour s’occuper de son bébé, né huit jours auparavant.

Il s’est recouché puis, vers cinq heures, il a entendu sa femme l’appeler d’une voix étouffée. « Il s’empressa d’aller chercher les secours chez les voisins au lieu d’aller la secourir, effrayé par ses cris plaintifs », rapporte la Gazette des tribunaux.

Une version qui contredit une conversation avec un voisin dans laquelle il indiquait que sa femme se sentait mal vers 2 heures du matin. Il avait voulu contacter sa mère mais elle a refusé et il s’est endormi sur le fauteuil.

« Il haïssait sa femme »

Ce n’est que trois ou quatre heures après qu’il a découvert sa femme, morte. Dejors assure que sa femme était folle et suicidaire. Pourtant, l’instruction a démontré le contraire. 

« La femme jouissait de toute sa raison et les témoins font l’éloge de cette infortunée comme étant bonne, douce, travailleuse et respectable. Dejors, au contraire, est représenté comme un homme violent et obstiné, haïssant sa femme et désirant vivement s’en débarrasser. »

Un mois après leur mariage, Augustine vivait déjà un enfer aux côtés de son époux qui la violentait, l’insultait et la calomniait.

Interdiction de divorcer

Malgré les sévices, aucune porte de sortie ne se présentait à la malheureuse, le divorce étant impossible (autorisé pendant la Révolution mais aboli en 1816 sous la Restauration et rétabli en 1884 avec la loi Naquet, Ndlr).

La séparation des corps, possible en cas d’adultère ou de faits graves, demandait des preuves. La procédure était par ailleurs coûteuse et laborieuse, scellant le destin des épouses infortunées. 

Tentative d’empoisonnement

Dejors avait d’ailleurs tenté de se débarrasser d’Augustine, enceinte, en saupoudrant sa soupe de vert-de-gris, une substance toxique issue de l’oxydation du cuivre. Augustine l’a remarqué à temps et Dejors avait fini par jeter le bouillon dans le fumier.

Le 24 juillet 1833, il comparaissait devant la cour d’assises de l’Eure pour une double accusation : tentative d’empoisonnement et assassinat. Les chroniqueurs dépeignent un homme de 28 ans  « à la figure douce contrastant avec l’horrible forfait dont il est accusé » : « Il est d’une impassibilité rare ». 

Condamné à mort

Seule l’annonce de la sentence l’extrait de sa léthargie. Dejors est déclaré coupable du crime de strangulation avec préméditation. Il est condamné à mort. En quittant son banc pour rejoindre la prison, sa dernière demeure, il s’est écrié avec fureur : « Je ne suis pas coupable : je mourrai comme un brave, je monterai sur l’échafaud comme le premier des hommes ».  

Source : La Gazette des tribunaux du 27 juillet 1833, journal de jurisprudence et de débats judiciaires. 

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