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Par Hervé Marseille
Publié le 31/07/2026 à 15h31
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FIGAROVOX/ TRIBUNE - Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, plus de 3000 personnes sont assassinées lors de l’élimination du Zigeunerlager, le «camp des familles tsiganes» d’Auschwitz-Birkenau. Pour le sénateur des Hauts-de-Seine, instituer cette date comme journée nationale de commémoration serait un acte de fidélité aux principes de la République.
Hervé Marseille est sénateur des Hauts-de-Seine et président de l’UDI.
L’instauration d’une date commémorative ne change rien au passé. Mais elle dit ce qu’un peuple choisit de transmettre et de se souvenir. Notre calendrier républicain porte ainsi les traces des grandes tragédies du XXe siècle, en rappelant les génocides, les crimes contre l’humanité. Il célèbre tout autant les combats pour la liberté et il honore la mémoire de celles et ceux qui furent victimes de la barbarie. Pourtant, une absence demeure : celle du massacre des Roms et des Sintés.
Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, près de trois mille personnes, principalement des femmes et des enfants, sont assassinées lors de l’élimination du Zigeunerlager, le « camp des familles tsiganes » d’Auschwitz-Birkenau. Cet épisode marque l’ultime étape d’une politique d’extermination qui a coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de personnes à travers l’Europe. Longtemps relégué aux marges de l’histoire, ce crime est aujourd’hui reconnu par les institutions européennes comme un élément à part entière de la mémoire de la Shoah et des persécutions nazies.
Des milliers de personnes désignées comme nomades furent internées sur le territoire national à partir de 1940. Des familles entières connurent les camps et, pour certaines, y demeurèrent même après la Libération. Cette réalité historique, désormais établie, ne retire rien aux pages glorieuses de notre pays. Elle rappelle simplement qu’une démocratie grandit lorsqu’elle accepte de regarder toutes les facettes de son passé, y compris les plus inconfortables.
Ce qui frappe pourtant, 82 ans après les faits, n’est pas seulement l’ampleur de cette tragédie : c’est la persistance de son invisibilité. Peu de nos concitoyens connaissent la signification du 2 août. Peu d’élèves en entendent parler au cours de leur scolarité. Comme si certains destins continuaient de demeurer à la périphérie du récit national, une sorte d’angle mort. Cet oubli n’est pas anodin. Une mémoire qui n’est pas transmise finit toujours par laisser la place aux approximations, aux amalgames et aux préjugés. Les termes eux-mêmes en témoignent : Roms, Sintés, Manouches, Yéniches, Voyageurs sont encore trop souvent confondus, comme si des parcours, des cultures et des réalités pourtant distinctes se fondaient uniformément et se résumaient sous une même représentation caricaturale.
Reconnaître le 2 août reviendrait à compléter l’histoire, celle que nous enseignons déjà. Au moment où les discours identitaires trouvent un nouvel écho, la connaissance et la transmission demeurent notre meilleure protection.
Reconnaître officiellement le 2 août comme journée nationale de commémoration ne viserait pas à réparer toutes les injustices du passé. Une date n’efface aucune souffrance mais elle lui donne une place. Ce ne serait pas davantage instaurer une concurrence entre les mémoires. Notre République ne distribue pas la reconnaissance selon une logique de hiérarchie des victimes. Elle affirme au contraire que chaque atteinte à la dignité humaine mérite d’être connue, étudiée et transmise. L’universalité n’est pas l’effacement des différences : elle est la capacité à reconnaître chacune d’elles dans une même exigence de justice.
Rescapée d’Auschwitz-Birkenau, figure illustre de la vie politique française, Simone Veil avait elle-même rappelé à plusieurs reprises que la mémoire de la Shoah devait s’inscrire dans une mémoire plus large de toutes les victimes des persécutions nazies. Il s’agit donc d’achever un travail de mémoire et non pas seulement ajouter une cérémonie au calendrier, dès lors que les silences sont levés et que la société accepte d’intégrer des récits longtemps restés à l’écart. Reconnaître le 2 août reviendrait à compléter l’histoire, celle que nous enseignons déjà. Au moment où les discours identitaires trouvent un nouvel écho, la connaissance et la transmission demeurent notre meilleure protection. On ne combat pas durablement les préjugés par l’indignation seule : on les affaiblit en donnant toute sa place à l’Histoire.
Instituer officiellement le 2 août comme journée nationale de commémoration ne serait donc ni un geste symbolique de circonstance, ni une concession faite à une mémoire particulière. Ce serait un acte de fidélité aux principes de la République : reconnaître toutes les victimes de la barbarie, transmettre l’histoire dans toute sa complexité et rappeler que l’universalité de nos valeurs se mesure aussi à notre capacité à faire une place aux mémoires longtemps restées dans l’ombre. Le 2 août ne serait pas sommairement une « journée des Roms » mais bien une journée de la République qui affirme que nul peuple ne doit être condamné à l’oubli.


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