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Une défaite en demi-finale d'Indian Wells face à un Daniil Medvedev survolté (6-3, 7-6) et un revers en seizième de finale de Miami contre Sebastian Korda (6-3, 5-7, 6-4). Il n'en fallait pas plus pour que la planète tennis s'interroge sur l'état de forme de Carlos Alcaraz. D'autant plus que face à l'Américain, en Floride, le n° 1 mondial a parsemé sa rencontre de déclarations surprenantes en direction de son clan : "J'essaie juste d'embellir le score, un 6-3, 6-4 ou 6-3, 7-5, quelque chose comme ça. Je n'en peux plus. Je veux rentrer à la maison, je n'en peux plus."
Une attitude teintée de lassitude confirmée dans les déclarations d'après-match : "Pour l'instant, je pense prendre quelques jours de repos pour me ressourcer physiquement et mentalement. Je rentre chez moi, auprès de ma famille et de mes amis, et me reposer autant que mon équipe me le permettra. J'ai besoin d'être prêt à rejouer."
Masters 1000 de Miami: le N.1 mondial Carlos Alcaraz éliminé au troisième tourPatrick Mouratoglou : "Il s'ennuie"
Faut-il s'inquiéter de ce coup de mou à la fois physique et psychologique dans le chef du Murcien ? Pour l'ancien entraîneur de Serena Williams, Patrick Mouratoglou, la raison de ce petit passage à vide se situe peut-être ailleurs : "J'ai l'impression qu'Alcaraz s'ennuie. Il a déjà remporté sept tournois du Grand Chelem, et c'est comme s'il n'était pas vraiment intéressé par les Masters 1 000 où il s'est déjà imposé à huit reprises."
Un comportement qu'on pourrait comparer à celui d'un élève surdoué qui parfois perd sa concentration et son envie face à une matière qu'il absorbe trop facilement.
Cela va lui causer des problèmes dans le futur."
"J'ai le sentiment que cela va lui poser des problèmes dans les années à venir, poursuivait le Français. Beaucoup disent qu'il ne joue même pas très bien lors des premiers tours des tournois du Grand Chelem : c'est vrai, parce qu'il s'ennuie ! Le fait est qu'il risque fort de perdre sa concentration lorsque le match est trop facile, car il sait qu'il peut revenir à tout moment. Peut‐être n'en est‐il pas conscient. Il ne se dit pas : 'Je m'en fiche'. Il accepte simplement d'avoir quelques moments de flottement. Et cela représente un danger pour lui."
Rafael Nadal comprend le petit passage compliqué vécu par son compatriote. ©Copyright 2024 The Associated Press. All rights reservedRafael Nadal : "C'est tout à fait normal"
Habitué aux remarques, analyses et critiques qui viennent de tous les côtés, Rafael Nadal, vingt-deux titres sur les Majeurs, a logiquement pris la défense de son compatriote.
"On ne va pas s'inquiéter pour deux défaites, analysa le Majorquin. Cela n'a aucun sens. Il vient de remporter l'Open d'Australie et Doha, il a sept titres du Grand Chelem et il est numéro un mondial. Vous pensez qu'il va gagner tous les matchs de l'année ? Eh bien non, ça n'arrivera pas. Il offre au sport espagnol une série de succès qu'il était difficile d'imaginer il y a vingt ou trente ans. On ne peut pas lui en demander plus. Tout le monde a le droit d'avoir un jour où l'on est frustré ou fatigué. C'est tout à fait normal."
On ne peut pas lui en demander plus."
Sur les ondes d'Eurosport et son émission Retour gagnant, Justine Henin s'est, une fois de plus, montrée très intéressante en évoquant le cas Carlos Alcaraz.
"C'est vrai qu'on parle beaucoup d'envie chez lui sur les Masters 1 000, narrait notre compatriote. Moi, j'ai vu contre Korda un joueur qui a essayé et s'est battu avec ses hauts et ses bas, avec effectivement moins d'énergie positive. On a très vite compris que c'était compliqué parce qu'il parlait beaucoup avec son clan, il a été très vite frustré. Mais on ne peut pas dire non plus qu'il a bazardé ce match, il s'est battu. Et quand il est revenu à un set partout, personne ne voyait l'Américain gagner. Mais l'Espagnol s'est fait piéger sur un jeu de service avec un peu d'inattention."
On se souviendra que la saison dernière, l'extraterrestre de 22 ans avait eu besoin de se déconnecter du tennis pendant deux semaines après un premier trimestre compliqué et une défaite contre… David Goffin à Miami. Pour la quadruple lauréate de Roland-Garros, la situation actuelle n'est pas identique. Pourquoi ? Parce qu'Alcaraz a atteint son grand objectif du début de saison : décrocher son premier Australian Open, le seul Grand Chelem qui manquait à son palmarès. Une mission qui lui a pris beaucoup d'énergie surtout qu'elle a été réalisée quelques semaines après la séparation avec son coach historique, Juan Carlos Ferrero.

Justine Henin : "C'est un humain"
"On a vu les images après le match sur son vélo, sur son téléphone en train de décrasser, on ne l'a pas senti spécialement inquiet, poursuivait Justine Henin. Pour moi la situation n'a rien à voir avec celle d'il y a un an, parce qu'il y a un an je crois que là, cela se questionnait beaucoup plus, parce qu'il restait sur quelques mois difficiles. Ici, il a connu un début de saison extraordinaire. Là il a dit qu'il était temps de rentrer à la maison et de prendre des vacances. Je pense qu'on est dans une situation relativement logique et humaine."
La situation est différente d'il y a un an."
Et ce n'est pas la première fois que l'Espagnol est au centre des interrogations. Après son premier titre à l'US Open en 2022, qui a fait de lui le plus jeune numéro un mondial de l'histoire du tennis, on se posait la question de savoir si le natif d'El Palmar allait pouvoir structurer un jeu qui possédait une kyrielle d'armes différentes. Il y est parvenu. Ensuite, il y a eu la baisse de régime déjà évoquée en début d'année en 2025. Là encore, il a rebondi. Après sa séparation avec Ferrero en décembre dernier, il s'est imposé à Melbourne. Donc, aucun indice clair et précis laisse entrevoir un déclin chez celui qui, avant Roland-Garros, s'alignera sur la terre battue de Monte-Carlo, Barcelone, Madrid et Rome.
"Pour moi, le point crucial chez Alcaraz est le plaisir et la motivation, concluait Justine Henin. Cette dernière déterminera la durée de sa carrière et donc la trace qu'il laissera dans l'histoire du tennis. Cette capacité à se remobiliser, en sachant qu'on est dans une époque où il y a de plus en plus de sollicitations. La gestion pour se ressourcer, se nourrir et vraiment arriver à remettre les priorités, ce sera quelque chose d'essentiel pour Carlos Alcaraz. Pour durer dans le temps. Parce qu'il est magique, ça, on le sait, il n'y a aucun doute là-dessus."
Mais pour titiller les Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic dans l'énormité des palmarès et pas seulement dans la précocité des performances, Carlos Alcaraz devra entretenir sa flamme. Comment peut-il y arriver ? En prenant justement des plages de repos plus régulières et plus importantes mais aussi en se fixant des nouveaux objectifs comme une médaille d'or aux Jeux olympiques ou un succès au Masters de fin d'année.
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