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Hausse de la mortalité infantile : les raisons du naufrage de la France

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DÉCRYPTAGE - Notre pays, longtemps exemplaire en matière de périnatalité, voit ses indicateurs se dégrader d’année en année. Les facteurs sont multiples et complexes.

Année après année, la mortalité néonatale progresse en France, confirmant ce que professionnels et associations dénoncent depuis longtemps : une dérive continue, sans véritable inflexion. Les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et de Santé publique France en apportent une nouvelle illustration. En 2024, 11,2 enfants pour 1 000 naissances sont nés sans vie ou décédés dans leur première semaine (ce qu’on appelle la mortalité périnatale, qui inclut les fausses couches). Un niveau inédit depuis dix ans.

Dans le même temps, la mortalité infantile (avant l’âge de 1 an) atteint 4,08 pour 1 000 naissances vivantes, reléguant la France au 21e rang européen, loin derrière les pays scandinaves ou les Pays-Bas. Le moteur principal de ce déclassement : la mortalité néonatale (les bébés qui décèdent dans les sept premiers jours de vie). « Les chiffres sont mauvais pour la mortalité périnatale et pour la mortalité néonatale, et cette hausse retentit mécaniquement sur la mortalité infantile », analyse la professeur Elsa Kermorvant, présidente de la Société française de néonatologie. Un constat d’autant plus saisissant qu’il concerne un pays longtemps à la pointe dans la prise en charge des nouveau-nés.

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« Pour l’instant, on sait qu’il y a une dégradation, mais on ne sait pas pourquoi », souligne le professeur François Goffinet. « Le système d’information était très mauvais : on n’avait pas les parcours, pas les données, pas les causes. » Le futur registre national obstétrical, périnatal et infantile, en cours de construction, doit justement combler cette faille majeure et permettre enfin de comprendre ce qui se joue.

Plusieurs facteurs de risque

Premier facteur en cause : la prématurité. Elle concerne 84 % des décès et multiplie par 63 le risque de mourir à la naissance. Pourtant, la France ne compte pas davantage de grands prématurés que ses voisins européens. C’est leur prise en charge qui fait défaut. Les services de néonatologie, aujourd’hui, sont sous tension. « Les standards de soins n’ont pas été réactualisés depuis près de 30 ans. En comparaison de la plupart des pays occidentaux, les services ont moins de personnel pour s’occuper des nouveau-nés. Et le sous-effectif est associé à une augmentation du risque de décès et de complication chez les prématurés », alerte Elsa Kermorvant. Les règles d’organisation datant de 1998 notamment sont en cause car devenues inadaptées à la réalité des soins actuels et à la complexité croissante des cas.

À cette fragilité structurelle s’ajoute l’augmentation de nouveau-nés nécessitant des soins lourds en raison d’une hausse des malformations congénitales (désormais autour de 3,5 %, au-dessus de la moyenne européenne) et d’un moindre recours à l’interruption médicale de grossesse.

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Mais surtout, la France cumule plusieurs facteurs de risque qui se renforcent les uns les autres : organisation des soins, état de santé des femmes, précarité, inégalités territoriales, accès aux maternités adaptées. La dégradation est multifactorielle, profonde, et touche à la fois la prévention, le suivi de grossesse et la prise en charge des nouveau-nés.

En France, tous les nouveau-nés ne partent pas avec les mêmes chances. Dans les communes les plus défavorisées, la mortalité périnatale atteint 12 ‰ (pour mille), contre 9,5 ‰ dans les plus favorisées. Et au sein même du territoire, les écarts sont criants. En Seine-Saint-Denis, par exemple, les indicateurs sont nettement plus dégradés que dans des régions plus favorisées comme les Pays de la Loire. C’est le reflet d’un cumul de vulnérabilités sociales, sanitaires et organisationnelles. « Les femmes en situation de précarité sont moins suivies, moins bien orientées vers les maternités adaptées alors qu’elles ont davantage de pathologies, elles sont aussi plus exposées aux facteurs de risque environnementaux de prématurité comme le stress chronique, la pollution, les risques climatiques », détaille Elsa Kermorvant. Résultat : davantage de grossesses mal suivies, plus de prématurité, et au bout de la chaîne, plus de décès. Dans certains cas, même les mécanismes de prise en charge censés compenser ces risques, comme le transfert des femmes enceintes vers des maternités de niveau adapté, fonctionnent moins bien. Une perte de chance documentée.

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Un chantier immense

Pour les associations, le diagnostic est désormais sans détour. Selon l’hôpital et le territoire où naît son enfant, une famille n’a pas les mêmes chances. Ce n’est pas un jeu : ce sont nos enfants, rappelle l’association SOS Préma. « Ce que révèle la Drees, nous le vivons depuis plus de vingt ans aux côtés des familles : la science a déjà tracé le chemin, les soins de développement et le “Zéro Séparation” (dont le pilier est la présence d’au moins un des parents, sans restriction, 24 heures/24, auprès du nouveau-né prématuré, NDLR) sauvent des vies et évitent des séquelles. Ce qui manque, ce n’est pas la connaissance, c’est la volonté de la rendre obligatoire », insiste Charlotte Bouvard, présidente de l’association.

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Du côté des pouvoirs publics, une mission périnatalité a été lancée. Parmi les pistes : création d’une instance nationale de coordination, mesures pour améliorer le repérage, la prise en charge et le suivi des femmes précaires, révision des décrets de 1998 et modernisation des soins critiques néonatals. Des annonces qui marquent un tournant… mais qui peinent encore à convaincre.

« Tant que ce n’est pas concret, je n’y croirai pas », confie Charlotte Bouvard, qui alerte depuis plus de vingt ans. Car le chantier est immense. Réorganiser l’offre de soins, revoir le maillage des maternités, investir massivement dans les services. Autant de décisions lourdes, sensibles politiquement, et difficiles à mener à l’approche d’échéances électorales. « Il faudra du temps et une volonté politique forte. Les causes sont profondes, structurelles », rappelle Elsa Kermorvant. Autrement dit : aucune amélioration rapide n’est à attendre.

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