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«Harry Potter. Visions de la magie»: la baguette ne fait pas le magicien

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Attention, Moldus ! Une exposition inspirée des films sur Harry Potter cherchera à vous ensorceler si vous passez par Montréal. Ses formules magiques vous chanteront « un voyage transformateur au cœur des recoins les plus mystérieux du monde des sorciers », une « nouvelle expérience artistique interactive » dans des « décors et installations multisensorielles et des paysages sonores originaux ». Revelio : la baguette, ici, ne fait pas la magie.

C’est une première au Canada pour cette exposition Harry Potter. Visions de la magie, produite par la compagnie québécoise EMM Williams Productions (dont le site Internet est unilingue anglais).

Chaque visiteur reçoit à son entrée une baguette dont l’extrémité s’illumine lorsqu’on l’active. Elle servira à « révéler les visions de la magie », annonce-t-on. Le Devoir a visité l’exposition avec Philémon et Benjamin, deux ados de 13 ans qui ont été biberonnés leur enfance durant à de multiples versions d’Harry Potter. Ils ont lu tous les livres (deux fois), vu tous les films et joué à Hogwarts Legacy: L’héritage de Poudlard.

Entrons, le Magicobus nous attend. Alors qu’une reproduction de cet autobus à impériale sur amphétamine sort d’un coin de mur, des projections de circulation, lumières qui filent, entourent le spectateur. Longtemps. Puis, on entre dans le bus, où l’on peut s’asseoir, encore longtemps, sur un lit vibrant — du genre motel circa 1985, en moins efficace (à l’époque, ça te vibrait le popotin…) — censé reproduire l’impression de mouvement.

C’est la salle la moins efficace, et elle ouvre l’exposition. Elle permet de saisir le topo : on ne va pas vivre là une expérience, mais on va vivre dans un immense décor. Visions de la magie est surtout un photomaton flamboyant, qui invite à se tirer des égoportraits technologivores impressionnants afin de briller sur les réseaux. On passera dans diverses pièces — la Salle des prophéties, la Salle sur demande, la ménagerie de Norbert Dragonneau… — entre projections, jeux de lumières et décors. On constate rapidement que la baguette magique se limite à démarrer une courte animation, à révéler une lumière. C’est un interrupteur, finalement.

Tous les univers sont déjà connus, et l’exposition ne propose pas de courbe narrative. Malgré la prétention à l’interaction, on n’est pas non plus le héros de cet univers à grand déploiement, seulement un allumeur de réverbères.

Marchandise et magie

Pour Philémon, qui adore les mangas, « la temporalité ne marche pas. C’est comme des cases de bande dessinée où les dessins sont très beaux, mais qui n’ont pas de lien les unes avec les autres. »

Pour Benjamin, le son fort et mal calibré qui vient des autres salles est une entrave à la compréhension. « Et là, on n’était pas beaucoup à visiter. Je ne veux pas m’imaginer quand il y a plus de monde », souligne-t-il. Le déroulement de la majorité des animations, qui scande le temps de la visite, lui semblait aussi à plusieurs moments trop lent.

C’est dans la dernière salle, celle de la pensine, à la toute fin, que l’interactivité s’incarne enfin un peu. De petites étincelles naissent sous nos pas, forgeant des tracés de lumière. Mais on a peu de temps pour jouer physiquement avec l’effet, car la « grande finale » enchaîne : un combat entre des silhouettes d’Harry Potter et de Voldemort, apex catapulté dans cette expo sans intrigue, histoire ou narration propre. Et puis des feux d’artifice.

Il y a ensuite l’épilogue : la salle « de merch », très développée, où l’on a entendu un bout de chou exigeant une baguette magique à 70 $ pièce.

Pour Philémon et Benjamin, mieux vaut rejouer à Hogwart’s Legacy, où il y a une vraie interaction, puisqu’on y fait des choix personnels qui changent quelque chose — le costume, l’allégeance du personnage.

Une « expérience artistique interactive », cette exposition ? De la magie ? C’est qu’on a vu, déjà en 2017, Ólafur Elíasson au Musée d’art contemporain, réellement artistique et mille fois plus magique. Ou, encore pour quelques jours, Sherlock Holmes, menez l’enquête, au musée Pointe-à-Callières, où le visiteur agit réellement avec son environnement — en analogique, certes.

Notez aussi que Vision de la magie a une tarification dynamique : les billets sont présentement à 34 $ pour les 3 à 12 ans et à 40 $ pour les 13 ans et plus, et les prix augmenteront selon la popularité de l’exposition.

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