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Guy Ritchie, l’homme qui n’avait jamais vu de Sherlock Holmes

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Pull à col roulé noir sous un costume en velours bordeaux, barbe de trois jours soigneusement mal entretenue : voilà pour le look de Guy Ritchie, 57 ans, lors de la Première, à Londres, de Young Sherlock (qui démarre le 4 mars sur Prime Video). L'homme se serait-il assagi ? Que nenni ! Son grain de folie est visible dès la première scène de la série (adaptée des livres d'Andy Lane) qu'il produit et réalise. Ça se castagne, ça virevolte (au ralenti), le tout sur une musique délicieusement anachronique. Les fans du réalisateur de Snatch, d'Arnaques, crimes et botanique et, bien entendu, de deux Sherlock Holmes (en 2009 et 2011) ne seront pas dépaysés. Ses détracteurs, eux, passeront une nouvelle fois leur chemin.

Young Sherlock - Bande-annonce officielle | Prime Video - YouTube thumbnail

Ce qui est certain, c'est que l'attente est là et que la plateforme a su faire monter la température autour du personnage campé par Hero Fiennes Tiffin (Harry Potter, After). En une semaine, la bande-annonce de Young Sherlock a été vue 223 millions de fois. Mieux que Les anneaux du pouvoir ou que L'été où je suis devenue jolie, autres succès de Prime Video.

C'est sans doute le rapport très particulier qu'entretient Guy Ritchie avec sir Artur Conan Doyle qui lui a donné l'envie d'y retourner, quinze ans après Sherlock Holmes 2 : Jeu d'ombres. Un auteur avec lequel il a grandi, comme tant de petits garçons de sa génération — en l'occurrence grâce à des cassettes audio, "avant même de savoir lire ou écrire" -, mais qu'il a véritablement redécouvert quand le producteur Lionel Wigram lui a demandé, au mitan des années 2000, de rajeunir le cœur de cible. "Sherlock Holmes est un personnage aux multiples facettes. Un détective génial mais avec un talon d'Achille. Sa capacité à résoudre les énigmes, uniquement grâce à sa prodigieuse intelligence et son sens de la déduction, fonctionne aussi contre lui", confiait-il au Figaro en 2010. "C'est un génie avec des failles. En cela, Sherlock Holmes est un des grands pionniers de la littérature policière"

Sherlock Holmes : près de 140 ans d'énigmes

Avant de passer derrière la caméra, à l'époque, le réalisateur n'avait pas éprouvé le besoin de réviser ses classiques et de revoir, par exemple, les nombreux films dans lesquels Basil Rathbone ou Peter Cushing incarnaient le célèbre détective. Il se targuait même de ne les avoir tout simplement jamais regardés. Le cahier des charges spécifiant que son rôle était de lui donner un coup de jeune, cela fait sens. C'est pour d'ailleurs également pour cette raison que son Sherlock – alors incarné par Robert Downey Jr. ne portait pas le célèbre "deerstalker", ce chapeau dont furent coiffés, avant lui, tous les acteurs se glissant dans la peau du personnage. Au placard, également, la cape, autre signe distinctif qui ne collait pas avec l'idée de modernité. "Sherlock Holmes a un comportement et un état d'esprit qui frise parfois le "No future". On va dire que cet état d'esprit rock'n'roll était un accident désiré", disait-il encore en 2010. "J'aime le côté rebelle de Sherlock Holmes. Quand il se bat, après avoir mentalement mis au point ses stratégies de combat, on se dit qu'il est vraiment cool !"

Une source très "doylesque"

Quinze ans plus tard, sur le tapis rouge du Queen Elizabeth Hall, à Londres, Guy Ritchie a enfoncé le clou et expliqué, en quelques mots, ce qui rendait, à ses yeux, le personnage créé par Conan Doyle si attachant. "Sherlock Holmes occupe une place unique, à la fois physique et intellectuelle, qui représente pour moi une source infinie de créativité. À mes yeux, très peu de personnages dans l'histoire de la littérature occupent cette place."

Si, comme pour ses deux films, le scénario de Young Sherlock n'est pas l'adaptation d'un roman ou d'une nouvelle de Conan Doyle, l'inspiration première du réalisateur vient, malgré tout, de l'auteur écossais. Y compris quand il s'agit de chorégraphier des bastons. "Conan Doyle a créé, en quelque sorte, le premier maître d'arts martiaux occidental", explique-t-il. "Vous savez, il insistait beaucoup sur l'idée que Holmes pouvait se défendre lui-même grâce à des compétences acquises ; la source qui m'a influencé était donc très doylesque."

Les 1001 visages de Sherlock Holmes

Faire converger deux univers, celui de la pertinence de la série dans le contexte contemporain et les éléments classiques du "canon" – soit 60 aventures originales (4 romans et 56 nouvelles) de Conan Doyle : voilà donc le défi auquel a, une nouvelle fois, été confronté Guy Ritchie.

Les meilleurs ennemis

Dans cette (première) saison de Young Sherlock, il a pu éviter un écueil de taille : il ne lui a pas fallu trouver le bon Watson puisqu'à l'époque où se déroulent les faits, les deux hommes ne se sont pas encore rencontrés. En revanche, le réalisateur a dû trouver son meilleur ennemi, le "Napoléon du crime" : le professeur Moriarty. Le rôle a été confié à l'Irlandais Donal Finn (La roue du temps), choisi parmi des dizaines de candidats, lors d'un énorme casting. Il s'agissait, pour le réalisateur, de ne pas se tromper de méchant puisqu'il occupe une place importante dans la série. Car avant de se détester – le mot est faible – Holmes et Moriarty étaient amis. C'est en tout cas le postulat adopté par Matthew Parkhill, le scénariste de la série.

C'est l'une des nombreuses libertés prises par le créateur de Young Sherlock, qui n'a fait là que creuser un sillon déjà dessiné dans beaucoup d'adaptations. Car, dans l'œuvre de Doyle, l'horrible Moriarty n'apparaît directement qu'à deux reprises : dans Le Dernier Problème et dans La Vallée de la Peur.


Dans la famille, Holmes, je demande…

Il a beau n'être qu'un personnage de fiction, Sherlock Holmes a fait l'objet de plusieurs biographies, basées sur les indices laissés par son créateur au fil des romans.

On sait ainsi qu'il serait né en Angleterre en 1854. Ses premières déductions, le héros les aurait faites lors de ses études, aux alentours de 1875 et c'est M. Trevor, le père de l'un de ses amis, qui lui aurait donné l'idée d'en faire son métier.

Sherlock a un frère, Mycroft, qui travaille pour le Foreign Office et dont l'intelligence serait supérieure à la sienne.

S'il démarre son activité professionnelle en 1878, ce n'est que trois ans plus tard qu'il fait la connaissance du Dr Watson, son ami et complice.

Dans la série Young Sherlock – et là, on sort des romans et nouvelles de Conan Doyle – on découvre également la mère de Sherlock, Cordelia Holmes (Natascha McElhone). Elle vit dans un hôpital psychiatrique, ne s'étant jamais remise de la disparition de sa fille. Son père, Silas Holmes (Joseph Fiennes) fait aussi une apparition remarquée.

D'autres séries ont pris la liberté d'agrandir la famille. Ainsi, dans la série de la BBC simplement intitulée Sherlock (avec Benedict Cumberbatch), le détective a une sœur, Eurus Holmes, elle aussi surdouée et serait même LE cerveau de la famille. Mais elle a choisi de mettre son don au service du mal et de commettre des meurtres parfaits.

Sur Netflix, plus récemment, on a également pu découvrir Enola Holmes (Millie Bobbie Brown), la sœur cadette de Sherlock. Ses déductions n'ont rien à envier à celles de son frangin et, dès cet été, elle sera de retour dans une troisième saison qui la verra enquêter à Malte.

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