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Il suit et enregistre en temps réel les données provenant du front et du périmètre de sécurité autour de l'Ukraine. Le logiciel Delta est devenu l'allié technologique préféré de Kiev. Depuis un poste de commandement souterrain, des écrans diffusent des séquences en direct du champ de bataille, captées par les drones. Les images sont codées par couleur: vert pour le matériel russe, bleu pour les forces ukrainiennes, orange lorsque les belligérants sont difficiles à distinguer. Soudain, une image se met à clignoter en rouge: un soldat russe est en train de courir le long d'une lisière de bois.
Un officier de service a renseigné les coordonnées du militaire dans l'ordinateur. Résultat: un marqueur en forme de losange est apparu sur la carte numérique du front, visible par toutes les unités présentes dans le secteur. Quelques minutes plus tard, trois drones d'attaque se sont approchés de la cible, rapporte le New York Times.
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Cette séquence saisissante –détection, suivi, frappe– repose sur le puissant logiciel Delta, développé par l'Ukraine. Celui-ci est utilisé par les forces terrestres, aériennes et navales, ainsi que par les unités spéciales et les services de renseignement. En exploitant les données issues des flux vidéo des drones, des interceptions radio et des images satellites, il permet notamment de transmettre les coordonnées des cibles aux unités chargées de les frapper et de définir des zones de tir sur plusieurs kilomètres.
Le colonel Artem Martynenko, qui supervise le développement du logiciel pour le ministère de la Défense, a qualifié Delta de «système nerveux» de l'armée de drones qui aurait contribué à «paralyser» l'avancée russe.
Une plateforme de pointe
Selon les experts, les logiciels tels que Delta représentent l'avenir de la guerre. Avec un champ de bataille désormais saturé de drones, la différence se fait dans la rapidité avec laquelle ces engins peuvent être envoyés au combat. Kiev et Moscou se sont lancés dans une course pour mettre au point les systèmes les plus performants, largement dopés à l'intelligence artificielle (IA).
Le logiciel Delta n'en est pas à son coup d'essai. Dès 2014, un groupe de volontaires combattant les forces séparatistes soutenues par le Kremlin dans l'est de l'Ukraine menait des essais. Le logiciel consistait alors en une carte numérique partagée sur laquelle les cibles pouvaient être localisées avec précision. Le projet a notamment bénéficié du soutien de l'OTAN.
Une technologie boostée par la guerre
Avec l'invasion russe à large échelle de l'Ukraine, le projet a pris une autre dimension. Yaroslav Honchar et son groupe Aerorosvidka, qui soutiennent les forces armées ukrainiennes, ont œuvré à transformer les prémisses de Delta en une véritable arme de guerre. L'été dernier, le système a été étendu à l'ensemble de l'armée ukrainienne, jusqu'à devenir son système unifié de gestion du champ de bataille. Delta intègre de nombreux logiciels spécialisés: calcul de trajectoires, détection de projectiles et de cibles ennemis, distribution des tâches, entre autres.
Au poste de commandement du Premier régiment d'assaut indépendant, des dizaines d'écrans tapissent le bunker, lui donnant l'allure d'un centre de contrôle aérien. Assis derrière les écrans, les officiers saisissent des données. L'un d'eux arbore trois casques –deux sur les oreilles et un autour du cou. Des canettes de boissons énergisantes à moitié écrasées jonchent le sol.
Confortablement installé dans un fauteuil de gaming, le commandant, dont le nom de code est Pyrotechnician, observe la scène avec sérénité, alors que les machines font remonter les données. «Maintenant, on reste simplement assis là, on a Internet, on ouvre les cartes et on peut voir qui se trouve où et ce qu'il fait», explique-t-il.
En reliant les technologies de reconnaissance et de frappe, Delta a permis de raccourcir la «chaîne de destruction», c'est-à-dire le délai entre la détection d'une cible et son élimination. Il y a quelques années, il fallait compter vingt minutes entre le moment où une unité signalait une position ennemie et les premiers tirs d'obus de l'artillerie. Aujourd'hui, ce délai est de trois à cinq minutes.
Pour Kateryna Bonder, chercheuse au Center for Strategic and International Studies à Washington, ce sont les logiciels qui façonneront la guerre de demain. «Plus votre chaîne de destruction est rapide, plus vous avez de chances de gagner», souligne-t-elle. La Russie développe actuellement une solution similaire à Delta, mais l'Ukraine semble pour l'heure conserver une longueur d'avance.





























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