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Publié le 06/09/2026 10:47
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Article rédigé par franceinfo - Édité par l'agence 6Medias
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Invité politique du dimanche 6 septembre, Nicolas Tenzer, politologue et spécialiste des relations internationales, est revenu sur la guerre en Ukraine et sur le voyage des émissaires de Donald Trump qui œuvrent pour tenter de trouver un accord de paix entre Kiev et Moscou.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Deux émissaires de Donald Trump ont rencontré Vladimir Poutine et sont attendus à Kiev dimanche. Est-ce que ça peut aboutir à quelque chose ?
Non, ça ne peut aboutir à rien, pour plusieurs raisons. D'abord parce que, très concrètement, on sait parfaitement de quel côté se situent Donald Trump et ses émissaires. C'est clairement du côté de la Russie. Tous les plans de paix qui étaient issus de l'administration Trump étaient des plans russes. C'est leur neuvième voyage en Russie, et là, ce sera leur premier voyage en Ukraine. C'est quand même une disproportion. Même la gestuelle de (Steve) Witkoff, qui est avec Jared Kushner, est une gestuelle de soumission devant Poutine, il le salue avec la main sur le corps comme on salue le parrain.
Vous parlez de prétendus négociateurs.
Pour moi, ce sont des prétendus négociateurs. D'abord, ce sont des gens qui sont des hommes d'affaires, qui sont intéressés par l'argent uniquement, que ce soit le gendre de Trump ou Witkoff, qui n'ont aucune expérience diplomatique de négociation en quoi que ce soit, qui, très concrètement, veulent faire des affaires avec la Russie et qui sont prêts à saborder complètement l'Ukraine. Ça, ça s'est vu dans tous les plans précédents. Ensuite, on sait parfaitement que Poutine, de toute manière, ne veut pas la paix. Il veut continuer jusqu'au bout sa guerre d'annihilation contre l'Ukraine et contre le peuple ukrainien dont il dénie le droit à l'existence.
Est-ce que le fait qu'ils aillent à la fois à Moscou puis à Kiev change un petit peu la donne ?
Ça change un tout petit peu, malgré tout, mais je dirais que les Ukrainiens ne sont pas dupes. Disons qu'aujourd'hui, quand Trump voit malgré tout la force de l'Ukraine, c'est-à-dire la capacité de l'Ukraine à se défendre, à porter des coups vraiment décisifs sur l'économie et le système militaire russe, il se dit qu'il n'est quand même plus en mesure d'imposer complètement une sorte de plan de reddition de l'Ukraine. Aujourd'hui, celui qui a vraiment les cartes en main, malgré la situation extrêmement difficile en Ukraine en raison des missiles russes, de l'absence quasiment de capacité d'arrêter ces missiles, c'est le président Zelensky. C'est l'Ukraine aujourd'hui qui est la force montante, sur le plan technologique, sur le plan militaire.
Par rapport ce rapport de force sur le terrain entre la Russie et l'Ukraine. Est-ce que l'un des deux pays a l'ascendant ? Aujourd'hui, l'Ukraine peut-elle mettre fin à la guerre ?
Ça dépend si on prend en statique et en dynamique. Sur le plan strictement statique et factuel aujourd'hui, sur la ligne de front, personne ne l'emporte. C'est une ligne de front qui peut bouger de quelques kilomètres. Vous avez surtout entre les deux forts, sur ces lignes de front, 1 200 kilomètres, une sorte de kill zone. Aujourd'hui, personne n'a l'avantage. Les Ukrainiens progressent ça et là, les Russes continuent à avancer dans tel autre secteur, mais vous n'avez pas d'avancée décisive de l'un et de l'autre. Sur la ligne dynamique, on voit l'Ukraine se doter de plus en plus de forces, missiles, drones capables de viser en profondeur la Russie. On l'a vu avec toutes les frappes, que ce soit sur les raffineries. 35 % du potentiel russe de raffinage a été détruit. Vous avez évidemment aussi certaines zones militaires, certains quartiers militaires qui ont été aussi très fortement endommagés.
L'Ukraine réussit donc désormais à toucher la Russie en son cœur.
De plus en plus, parce qu'aujourd'hui, vous avez de nouveaux programmes, si vous voulez, d'industriels ukrainiens, notamment l'entreprise Firepoint, qui développe encore plus d'ailleurs des missiles balistiques, avec l'idée qu'il faut pouvoir frapper l'archer, c'est-à-dire l'endroit d'où partent les missiles russes, plutôt que de chercher à battre la flèche, même s'ils développent aussi des systèmes anti-missiles, malgré tout.
Est-ce que ça a un effet sur le rapport de force entre l'Ukraine et la Russie ?
Bien sûr, ça a un effet, de même que, encore une fois, ne diminuons pas non plus l'impact de ce que font les Russes en frappant la population civile ukrainienne. La situation est extraordinairement dure, parce que c'est vraiment la loterie. Le vrai sujet aujourd'hui, c'est de savoir si l'économie russe va tomber ou non. La question ne se pose pas sur le "si", elle se pose sur le "quand" et le "comment". Un jour, elle s'effondrera. Quand ? Est-ce que c'est dans six mois, dans un an, dans trois ans ? Personne ne le sait. Est-ce que véritablement les Ukrainiens vont être capables de frapper durablement toutes les forces de la logistique russe sur le plan militaire, c'est-à-dire les principaux centres de commandement, les zones de départ de missiles, c'est possible. Et est-ce que, troisièmement, sur la ligne de front elle-même, ils vont pouvoir frapper suffisamment dans l'arrière pour complètement désorganiser la ligne de front russe et permettre effectivement d'avancer sans risquer des pertes. Parce qu'aujourd'hui, toute offensive entraînerait des pertes terribles du côté ukrainien et cela, par définition, l'Ukraine ne le veut pas.
Le fait que la population russe vive les effets peut jouer sur la stratégie de Vladimir Poutine ?
Non, parce que d'abord, Poutine est complètement, si vous voulez, dans une obsession idéologique. Il y a donc cette destruction véritable de l'Ukraine. Deuxièmement, la population russe n'a pas du tout montré de volonté et de désir de se révolter, en raison bien sûr de la répression interne, mais aussi parce que vous avez une sorte de fatalisme. Il y a un simulacre d'élections législatives. Tout ça ne va pas marcher. En revanche, l'économie profonde est réelle, parce que si vous voyez que l'année dernière, vous avez eu quand même 12 banques régionales russes qui ont fait faillite. Est-ce qu'aujourd'hui, les principales banques russes, par exemple SVB et Sberbank, qui sont très engagées dans Wildberries, vont peut-être tomber ? Est-ce qu'on va assister à ce qu'on appelle un défaut souverain russe ? Je pense que ça, c'est une véritable question. Encore une fois, je ne dis pas que ça va venir demain. Ça fait partie des possibilités. L'économie russe souffre déjà non seulement des pénuries que vous évoquez, mais il ne faut pas oublier aussi la grande pauvreté qui monte. C'est absolument terrible pour un très grand nombre de Russes. Vous avez une incapacité pour les ménages et pour les petites entreprises de financer aussi des achats de biens avec des taux d'intérêt de 25 à 30 %. Donc, tout ceci, ce sont des facteurs qui jouent. Quand est-ce qu'ils vont se déclencher à ce point fortement pour briser le système ? Ça, évidemment, c'est toujours l'inconnu.
Pour en revenir sur les pourparlers en cours. Cette guerre semble être dans l'impasse. Qu'est-ce qui pourrait débloquer la situation ?
Premièrement, si l'Ukraine devait abandonner une partie du territoire, ça voudrait dire reculer pour mieux sauter. Poutine ne le veut pas pour l'instant. Vous auriez, dans cette hypothèse-là, une sorte de cessez-le-feu, d'accord de paix, mais Poutine en profiterait de ce répit pour réarmer, pour reconstruire en quelque sorte son économie. Il profiterait de cela évidemment pour renforcer ses capacités d'attaque. Parce qu'il ne faut pas oublier que dans ces territoires, vous avez des gens et que dans ces territoires, vous avez des gens qui sont torturés, qui sont violés, qui sont assassinés, qui sont déportés notamment pour les enfants. Vous imaginez de nombreux Ukrainiens enrôlés de force dans l'armée russe ? Ce serait la chair à canon qui manque aujourd'hui à Poutine, qui n'arrive pas à mobiliser, qui se retournerait contre l'Ukraine et demain, potentiellement, contre l'Europe. Ce serait un danger absolument monstrueux. Ça ne peut pas être la clé.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
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