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Les représailles de l'Iran n'épargnent pas ses voisins arabes. Elles se sont intensifiées après l'attaque, le week-end dernier, du terminal pétrolier iranien de l'île de Kharg (nord du golfe Persique), d'où partent la grande majorité des volumes de brut à l'export.
Depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël, la République islamique vise sans relâche les six "pétromonarchies" du Golfe, en particulier pour les intérêts américains qu'ils abritent, tant économiques que militaires. La capitale qatarie, Doha a ainsi été visée. Le ministère saoudien de la Défense a annoncé lundi matin avoir pour sa part intercepté 61 drones depuis minuit, dans l'est du pays.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a justifié ces attaques par les "nombreuses preuves" qui montrent, selon lui, que les bases américaines dans les pays du Golfe sont utilisées pour cibler son pays. D'après lui, l'Iran ira "aussi loin que nécessaire" dans cette guerre.
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Causant çà et là des dommages sur des infrastructures civiles, ces bombardements iraniens inédits dans leur ampleur ont contraint des raffineries parmi les plus importantes au monde, à suspendre leur production, comme en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. L'aéroport international de Dubaï, le premier au monde pour ce qui est du trafic passager, a de nouveau été paralysé lundi durant plusieurs heures à la suite d'un "incident relatif à un drone", tel que l'a décrit le ministère émirien de la Défense. D'autres "incidents" de ce type ont causé des incendies dans une installation pétrolière et dans un immeuble du pays. Au total, plus de 1800 missiles et drones ont visé les Émirats arabes unis depuis le 28 février.
Cette "stratégie d'escalade horizontale", comme l'appelle le politologue américain Robert Pape cité dans la revue Foreign Affairs vise à transformer les enjeux initiaux de la guerre, limités à l'Iran, en enjeux régionaux et même mondiaux. En étendant la zone des combats et en prolongeant ceux-ci dans la durée, cette stratégie permet au belligérant le plus faible de déjouer les calculs d'un adversaire plus puissant. En l'occurrence, le blocage de facto du détroit d'Ormuz par l'Iran précipite une crise pétrolière à l'échelle planétaire.
Ce faisant, les attaques iraniennes révèlent aussi les enjeux et les limites de l'action de ses voisins arabes, qui se contentent de se défendre, sans volonté de contre-attaquer. Et pour cause. Leur stratégie de retenue, tant sur le plan rhétorique que militaire, est calquée sur leur intérêt à cultiver la paix et la stabilité, nécessaires à leur modèle économique et de développement.
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"Cette stratégie de retenue vise à ne pas se fâcher à l'avenir avec des pays puissants qui pourraient les contraindre ou les contrarier durablement", souligne le politologue Sébastien Boussois, directeur de l'Institut géopolitique européen. Un pays comme "le Qatar n'a pas d'intérêt à se fâcher avec l'Iran puisque les deux pays partagent le plus grand champ gazier au monde", situé sous le Golfe. "Pour les Émirats, c'est plus complexe, ils payent sans doute un peu le prix de leur stratégie de partenariats tous azimuts (consistant) à vouloir s'entendre avec tout le monde et s'ingérer absolument partout", estime l'auteur du livre Émirats arabes unis. À la conquête du monde (Max Milo, 2021). À titre d'exemple, Abou Dhabi s'est rapproché de l'Iran juste au moment où les EAU ont signé les accords d'Abraham avec Israël, précise-t-il.
Et puis, le développement touristique, les plateformes logistiques ou aériennes, "toute la nouvelle économie de ces pays va être complètement massacrée", entrevoit la politologue Dorothée Schmid, directrice du programme Turquie/Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (Ifri). "Même dans une situation de conflit de basse intensité, ils resteront sur la ligne de front, à portée des tirs iraniens. Et même s'il s'agit de petits tirs bricolés, puisque la question n'est plus d'avoir des missiles de très longue portée, c'est de pratiquer la politique de la nuisance maximale".
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Des pays comme "le Qatar ou les Émirats sont en juste en posture défensive parce que, pour différentes raisons, ils savent très bien qu'ils ne feraient pas le poids en l'état avec le régime iranien", notamment sur le plan militaire. Pareil pour l'Arabie saoudite, qui n'est toujours pas sortie de la guerre du Yémen, dans laquelle elle s'est engagée en 2015 face aux Houthis soutenus par l'Iran… "Ces pays se sentent extrêmement vulnérables. Ils n'ont pas d'expérience de la guerre, une très faible expérience d'engagement au Yémen qui s'est très mal passée, ils ne savent pas utiliser leurs armes, ils n'ont pas de stratégie pour le moment", résume Dorothée Schmid.
Autre facteur expliquant la retenue arabe face à l'Iran : la préservation de l'enceinte diplomatique. Le Qatar, en sa qualité de médiateur international reconnu depuis des décennies, et les Émirats arabes unis ont tous deux pressé l'Iran à "arrêter ses bombardements immédiatement" afin de favoriser une "issue par la voie diplomatique". La ministre d'État émirienne Lana Nusseibeh a pour sa part estimé dans le quotidien The National (basé à Abou Dhabi) que "capituler face à l'intimidation" d'une "puissance régionale agressive" n'a jamais constitué une "réponse de bon augure pour les pays, pour la région ou pour la communauté internationale".
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