Contrôler les informations pendant un conflit est un réflexe vieux comme la guerre. Il répond à un impératif difficilement contestable: protéger la sécurité des armées en évitant que l’adversaire ne profite de la diffusion d’informations sensibles. Mais la censure en temps de guerre a pris au XXe siècle une ampleur inédite, liée à l’évolution de la presse, de la démocratie et de la guerre elle-même.
L’émergence d’une presse libre et diffusée en masse est un phénomène qui tient autant au progrès technologique qu’aux transformations politiques de l’Europe du XIXe siècle. L’appareil photo, la machine à écrire, le télégraphe et l’impression rotative vont permettre de générer un flux d’information décuplé qui se diffuse à une vitesse inédite. Les progrès de l’alphabétisation et l’élévation du niveau de vie, la politisation des masses, l’urbanisation et l’avènement de régimes garantissant mieux les libertés publiques ouvrent la voie à une presse indépendante du pouvoir, massivement lue, qui n’hésite pas à prendre position, y compris pendant les conflits. En France, la grande loi sur la liberté de la presse date de 1881. Deux ans plus tard, les journaux se déchaînent contre Jules Ferry et sa politique coloniale en Indochine. En 1885, «l’affaire de Lang Son» provoque la chute de son gouvernement: la transmission de télégrammes contradictoires entraîne la rumeur, infondée, d’une défaite majeure française. A la même époque, les déboires britanniques au Soudan font aussi l’objet d’une intense couverture de presse, mais dans les deux démocraties, le droit d’informer prime.


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