Le Pakistan a joué un rôle majeur dans le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, signé mercredi soir à Versailles par Donald Trump.

Mondo Guest - Aujourd'hui à 18:00 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Alors que l'Iran et les États-Unis ont signé ce jeudi le protocole d'accord de paix pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, le Pakistan a su mettre à profit ses relations avec chacun des acteurs du conflit pour se transformer en intermédiaire clé des négociations. « De nombreux pays du Moyen-Orient ont essayé de se mettre au centre des discussions : Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie. Seul le Pakistan a su s’affirmer comme le médiateur majeur », observe Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de la géopolitique de l’Asie du Sud. Malgré des rapports autrefois en dents de scie, le Pakistan entretient aujourd’hui de bonnes relations avec l’Iran. « Téhéran est particulièrement isolé et ne pouvait négocier directement avec les États-Unis. Les franges les plus radicales du régime iranien ne veulent même pas entendre parler des négociations avec les Américains », explique le chercheur.

De nombreux intermédiaires se sont proposés à la diplomatie iranienne, mais le Pakistan s’est imposé du point de vue américain. Le pays s’est grandement rapproché des États-Unis par la succession de gestes en direction de Donald Trump, à l’issue de la crise indo-pakistanaise de 2025. Le Pakistan a appuyé en faveur de la nomination du président américain au prix Nobel de la paix. Par la suite, les accords commerciaux se sont multipliés entre les deux États : baisse des droits de douane américains sur les produits pakistanais, contrats d’exploitation des terres rares dans le Baloutchistan, contrat basé sur le dollar avec WLFI (entreprise familiale de cryptomonnaies de Trump). Autant d’arrangements qui ont assuré la sympathie de l'occupant de la Maison Blanche et une certaine proximité diplomatique.

  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a signé ce jeudi le mémorandum d’entente d’Islamabad conclu entre les États-Unis et l’Iran afin de mettre fin à la guerre. Photo Sipa/ZUMA/Hussain Ali

    Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a signé ce jeudi le mémorandum d’entente d’Islamabad conclu entre les États-Unis et l’Iran afin de mettre fin à la guerre. Photo Sipa/ZUMA/Hussain Ali

  • Publicité
  • Le maréchal pakistanais Asim Munir (à droite) a rencontré trois fois Donald Trump pour faire progresser les négociations avec l’Iran. Photo SIPA/PPI Images

    Le maréchal pakistanais Asim Munir (à droite) a rencontré trois fois Donald Trump pour faire progresser les négociations avec l’Iran. Photo SIPA/PPI Images

Le Pakistan est également proche de nombreux pays du Golfe. L’Arabie saoudite dispose par exemple d’un traité de défense mutuelle ratifié avec le Pakistan depuis septembre 2025. Ce traité permettrait à Riyad d’exiger l’intervention de l’armée pakistanaise en cas d’agression des forces iraniennes. Une première raison pour laquelle Islamabad souhaite éviter la montée du conflit et voir un accord de paix durable se concrétiser.

Une diplomatie au service de ses intérêts

Outre ses alliances militaires, le Pakistan a de nombreux intérêts à empêcher le prolongement du conflit. D’un point de vue économique, rétablir la circulation au niveau du détroit d’Ormuz est une priorité stratégique pour le Pakistan. Le pays est dépendant de ses importations en GNL (gaz naturel liquéfié), issu des pays du Golfe. Les pénuries d’électricité liées à l’absence de ces importations s’y font particulièrement ressentir, obligeant la fermeture des écoles, des hôpitaux et la montée des prix. Islamabad a également tout intérêt « à redorer sa réputation diplomatique sur la scène internationale », explique Georges Lefeuvre, chercheur et ancien attaché politique de la Commission européenne au Pakistan.

Le rôle international du Pakistan est aussi directement lié à l’usage que le pouvoir peut en faire sur le plan intérieur. Le directeur de recherche du CNRS Jean-Luc Racine pointe « la fierté nationale mise en exergue dans les nombreux éditoriaux qui célèbrent le rôle joué par le Pakistan ». Les tensions communautaires sont un autre paramètre : 10 à 25 % de la population pakistanaise est chiite et lors de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, de nombreuses manifestations chiites ont appelé le Pakistan à intervenir. « Tendre la main aux Iraniens, c’est calmer le jeu avec la population chiite pakistanaise », selon Jean-Luc Racine.

Le Pakistan a donc tout intérêt à ce que le protocole d’accord aboutisse. Jean-Luc Racine considère que « même si l’accord ne tient pas, il est probable que le Pakistan continue à vouloir jouer ce rôle de médiateur » dans les 60 jours de négociations qui se profilent.

Articles les plus lusDéfense - Guerre - Conflit