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Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS, analyse l’impact qu’aura la désignation de Marine Le Pen comme candidate du Rassemblement national sur les autres partis politiques, dans la course à l’élection présidentielle.
Propos recueillis par Étienne Ouvrier - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
« Non, c’est historique. Mais l’institution judiciaire a su habilement séparer le juridique du politique. Les juges ont confirmé la condamnation et ainsi exercé leur rôle normal dans un État de droit mais ont, en ne prolongeant pas l’inéligibilité, laissé le choix final au registre politique, et donc aux Français. La justice avait joué un rôle dans la présidentielle 2017 avec l’affaire Fillon, mais c’était autre chose, il était déjà candidat et il n’était pas question qu’il soit inéligible à l’élection. »
« Ça change beaucoup de choses. Outre l’identité du candidat du Rassemblement national, c’est surtout la ligne politique du parti pour la présidentielle qui est désormais connue. Le travail, les retraites… Les adversaires du RN vont enfin pouvoir se positionner sur le champ des idées. Marine Le Pen prône une ligne sociale, qu’elle veut proche du peuple et des milieux populaires tandis que Jordan Bardella développait, lui, plutôt la vision d’une droite libérale et autoritaire ouverte aux classes moyennes et supérieures. Un positionnement pas si éloigné de celui d’Édouard Philippe. Forcément, en fonction de l’identité du candidat désigné par le RN, le patron d’Horizons était contraint d’ajuster son positionnement. Pour Jean-Luc Mélenchon, Bardella ou Le Pen, c’est la même salade, il y aura une opposition frontale. Une opposition de laquelle il a peu de chances de sortir vainqueur, les études le montrent, l’électorat français vote à droite - de Macron à Zemmour - à 70 % contre 30 % à gauche -du PS au NPA. »
Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS, auteur de « La société contre la politique » aux éditions Presses de Sciences Po. Photo Elise Colette« C’est important pour ses opposants de savoir à qui ils ont affaire »
Cette inconnue pénalisait aussi ses adversaires. En ce sens, ce verdict les soulage ?« Oui, ça met fin au suspense et c’est important pour ses opposants de savoir à qui ils ont affaire. Ils connaissent les qualités et les failles des deux candidats potentiels. Ils ne manqueront pas de souligner l’irresponsabilité du programme de Marine Le Pen qui n’est pas chiffré, comme ils auraient attaqué Jordan Bardella sur ses incohérences programmatiques et son inexpérience. »
« Ce n’est pas si simple. La gauche sociale-démocrate, la post-macronie et la droite historique sont en jachère, en proie aux luttes intestines. Chez les Écologistes, Marine Tondelier n’est pas sûre de mener sa candidature jusqu’au bout. Au Parti socialiste, une myriade de candidatures auxquelles s’ajoutent celle de Raphaël Glucksmann, laissent présager de trop nombreuses luttes internes. Si au centre-droit Édouard Philippe a l’avantage sur Gabriel Attal, le match n’est pas encore totalement plié et LR, coincé entre Philippe et Le Pen, n’a quasiment plus d’espace politique. Ces partis affaiblis craignent de se lancer dans une campagne qu’ils ne rembourseront pas s’ils obtiennent moins de 5 % des suffrages [comme ce fut le cas pour le PS et LR lors de l’élection présidentielle de 2022, NDLR]. »


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