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Le 9 novembre 2024, la Colombie-Britannique annonce un premier cas présumé de grippe aviaire H5 contractée au Canada par un humain. Des médias du monde entier s’y intéressent alors rapidement, étant donné le potentiel pandémique de la maladie.
Alors que la létalité peut atteindre 50 %, notamment chez les plus jeunes, aucun pays ne veut être l'épicentre d'une contamination d'humain à humain et d'une nouvelle pandémie.
La médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, se souvient de ces premiers jours, où il y avait forcément beaucoup d'inquiétude.
Nous nous étions préparés à l'éventualité d'une transmission à l'homme, notamment aux personnes travaillant dans un élevage de volailles. Or, il était assez inhabituel d'apprendre qu'il s'agissait d'une jeune qui, à notre connaissance, ne vivait pas dans un élevage de volailles.
À l'arrivée du résultat positif d'un test de dépistage de la grippe, excluant les habituels H3 et H1, un processus permettant d'informer très rapidement des personnes est déclenché.
[C'est] une réaction générale. Absolument.
Radio-Canada a obtenu, grâce à une demande d’accès à l’information, 278 pages de courriels du ministère de la Santé provincial. Ceux-ci reflètent cette coordination des premiers jours, notamment dans l’attente de la confirmation du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg, qui sera annoncée plusieurs jours plus tard.
Six jours dans la communauté
Si, les premières semaines, les médias n'ont eu accès qu’à certaines informations, on sait désormais que l'adolescente contaminée dans la vallée du Fraser a développé des symptômes le 2 novembre, s’est rendue le 4 à l’hôpital Memorial de Surrey, a été renvoyée chez elle, puis y est retournée le 7 novembre en détresse respiratoire.
Le 8 novembre, elle est transférée dans une unité pédiatrique de soins intensifs à l’Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique. Un test révèle ce jour-là la présence du virus H5.
Elle vient de passer six jours dans la communauté sans diagnostic, porteuse d'un virus surveillé mondialement pour son potentiel pandémique.

Le 4 novembre 2024, l'adolescente de 13 ans, qui a une conjonctivite bilatérale depuis deux jours et de la fièvre depuis un jour, se rend à l’hôpital de Surrey. Elle est renvoyée chez elle sans traitement. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Vendredi 8 novembre : branle-bas de combat dans la soirée
Le soir même, la directrice médicale des services cliniques préventifs du Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique envoie un courriel de haute importance pour organiser une conférence téléphonique. Le but est d’informer des personnes clés en ce vendredi soir, à la veille d’un long week-end.
Plusieurs personnes sont absentes, il se peut donc que nous n'ayons pas tout le monde sous la main.
Un autre courriel mentionne : Il semblerait que ce soit le premier cas au Canada.
Ce soir-là, des médecins s’attellent à développer un plan, y compris ce qu’il faut dire à la famille concernant l’isolement et la prise de contact avec le Bureau de la vétérinaire en chef.
Les services de santé publique communiqueront avec la famille [samedi] matin afin de déterminer qui ont été leurs contacts et qui ils doivent contacter.

Micrographie électronique à transmission colorisée des virus de la grippe aviaire A H5N1 (en jaune) cultivés dans des cellules (en vert) dans cette image de 1997.
Photo : Centre de contrôle des maladies infectieuses/Canadian Press
À 23 h 15, un courriel statue que c'est la régie de santé du Fraser qui joindra les cas contacts de la famille, que les prélèvements naso-pharyngés sont à privilégier et qu’il faut proposer une prophylaxie.
Nous ferons également un suivi avec [partie caviardée]; exposition professionnelle potentielle et exposition à d'autres patients lors de l'admission et des visites précédentes aux urgences.
Des informations contenues dans les courriels n’ont pas été rendues publiques en raison, notamment, de divulgation préjudiciable :
- à l’application de la loi;
- aux relations ou négociations intergouvernementales;
- aux intérêts financiers ou économiques d’un organisme public;
- à la sécurité individuelle ou publique;
- à la vie privée.
Samedi 9 novembre : les médias sont avertis
Le lendemain, à 8 h 58, des responsables des communications du Réseau pancanadien de santé publique et de Santé Canada sont alertés par la Colombie-Britannique. Un avis de santé publique doit sortir plus tard bien que les détails soient encore en cours de confirmation et que de nombreux partenaires soient impliqués.
Votre cas sera le premier cas humain acquis au Canada.
En début d’après-midi, Santé Canada conseille à la Colombie-Britannique, après discussion avec le Laboratoire de Winnipeg, de dire qu’il s’agit d'un cas confirmé de H5 d'après le test PCR, mais qu’il y aura une analyse plus poussée d’un échantillon à envoyer au Manitoba.

Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
À Victoria, avant la publication du communiqué de presse, un débat a lieu sur le fait de mentionner la régie de santé du Fraser, un choix qui revient alors à la médecin hygiéniste en chef, Bonnie Henry.
La norme est de nommer la régie concernée afin d’atténuer les inquiétudes provenant d'autres régions de la Colombie-Britannique. Dans ce cas précis, il est convenu de ne pas trop entrer dans les détails compte tenu de préoccupations exprimées par les parents.
Quelques minutes avant la publication du communiqué, qui mentionne finalement bien la région du Fraser, le directeur des communications du bureau de Bonnie Henry anticipe déjà l’intérêt des médias : Et ensuite, mon téléphone ne va pas arrêter de sonner 😉.
Si la Dre Henry pense alors que les médias pourraient mettre du temps à réagir étant donné que la plupart des médias n'ont pas beaucoup de personnel travaillant le week-end, des reporters demandent déjà des entrevues dès samedi après-midi.
Dimanche 10 novembre : le Programme d'accès spécial
Dimanche matin, on apprend que des contacts dans la communauté sont suivis et se sont vu proposer des mesures de prophylaxie.
Un problème d’accès à un médicament semble émerger. Une partie d’une phrase n’est pas publique, mais on peut lire : toujours retardé en raison de problèmes liés au SAP [sic] et d’où on peut accéder au médicament.
SAP fait référence au Programme d'accès spécial (PAS) qui permet aux professionnels de la santé d’avoir accès à des médicaments et à des instruments médicaux non commercialisés, dont la vente n'est pas encore autorisée au Canada.
On lit que l’Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique est en contact avec le CDC américain, puis plus loin : Nous travaillons à avoir SAP [sic] de Santé Canada à Roche.

Un immeuble de Santé Canada à Ottawa. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Felix Desroches
Dans l'après-midi, une reporter demande une entrevue sur les conseils à donner aux parents inquiets qui ont été ou sont encore présents dans l’Hôpital pour enfants. Une autre veut aborder l’angle des parents d’élèves de la région du Fraser inquiets alors que les enfants doivent retourner à l'école le mardi suivant.
Le directeur des relations médias de la Régie des services de santé provinciaux (PHSA) écrit alors : Il est important, je pense, d'informer les gens des mesures de sécurité en place (comme d'habitude) et de leur rappeler qu'il est toujours sûr de se rendre à l'hôpital.
On apprend aussi qu’un problème d’accès au Tamiflu a été résolu pour certains cas contacts et que le recours à la réserve provinciale n’a pas été nécessaire.
Un problème lié au fax est cependant mentionné dans la soirée.
Il y a des problèmes de connexion avec la pharmacie : une ordonnance par fax est requise. Une commande verbale peut-elle être acceptée?
À ce moment-là, on évoque 26 cas contacts dont la moitié n’ont pas encore pu être contactés.
Lundi 11 novembre : un jour férié peu reposant
Lundi, l’une des difficultés qui émanent des courriels concerne l’échantillon qui devait être envoyé au Laboratoire de Winnipeg pour confirmer le test britanno-colombien.
Il devait être envoyé par un vol d’Air Canada quittant Vancouver à 8 h 10 pour une arrivée à Winnipeg à 12 h 58. Or, l’échantillon ne monte pas dans cet avion. Il doit finalement arriver au laboratoire de Winnipeg le mardi, à 9 h, sur un vol de Cargojet.

Un avion Boeing 767 de la compagnie Cargojet Airways. (Photo d'archives)
Photo : Irwan Marroc
Dans l'après-midi, il semble y avoir des problèmes de communication entre les ordres de gouvernement. La Colombie-Britannique demande alors au fédéral de recevoir une copie [des commentaires] de toute autre agence fédérale qui commente ce sujet, afin d'assurer la cohérence des communications.
La déclaration de Santé Canada nous a quelque peu surpris.
Au début de la soirée, dans l’attente des résultats de Winnipeg, le directeur des communications du Bureau de la médecin hygiéniste provinciale explique à une reporter de CNN qu’il s'agit d’un cas présumé positif de H5.
Dans la soirée, la recherche de cas contacts fait partie des problèmes.
[Problème] en cours : notification et prise en charge des personnes exposées professionnellement. Les contacts sont difficiles; l’équipe poursuit ses efforts.
À l’Hôpital de Surrey, environ 18 personnes sont concernées. À l'Hôpital pour enfants, c'est environ 26 personnes. L’équipe espère terminer le traçage mardi.
La source de la contamination est toujours inconnue, plusieurs équipes sont néanmoins prêtes à apporter leurs ressources au besoin. À 16 h, on comprend que l’entrevue avec la famille a été terminée et qu’une visite des lieux est en préparation.
Mardi 12 novembre : une conférence de presse très attendue
Mardi, alors que les enfants retournent dans les écoles de la région du Fraser, le chef des solutions numériques provinciales de la PHSA se demande si le système de suivi des cas et des contacts ou le système Panorama doivent être ajustés.
Panorama est un système intégré de dossiers de santé publique électroniques. Il est utilisé en Colombie-Britannique par les professionnels de la santé publique pour appuyer la gestion des maladies transmissibles, des épidémies, des vaccinations et des stocks de vaccins.
[Il y a eu] quelques modifications au logiciel CST Cerner, étant donné que le cas de cet enfant est traité à l'Hôpital pour enfants.
Le logiciel CST Cerner est un système de dossiers de santé électroniques.

Le 12 novembre 2024, la médecin hygiéniste en chef, Bonnie Henry, faisait le point sur un cas présumé d'infection au H5.
Photo : YouTube CPAC
Avant la conférence de presse, la Dre Bonnie Henry et la Dre Elizabeth Brodkin conviennent d'ajouter aux conseils destinés aux écoles que les visites de fermes pédagogiques [...] ne devraient pas faire partie des activités scolaires actuellement.
À 11 h 30, la Dre Bonnie Henry donne un point de presse auquel des médias internationaux comme CNN, l'Associated Press et le Washington Post assistent.
Les principaux messages à transmettre, lisibles dans les courriels, doivent permettre de se préparer aux questions sur la préparation du Canada en cas de pandémie et si l’on insiste sur le fait d'obtenir des précisions sur le patient.
À 15 h 52, une lettre est envoyée aux surintendants. La seule phrase en gras est alors : Aucun cas d'exposition n'a été recensé dans aucune école.
Au matin du 13 novembre, plus de 40 demandes médiatiques ont été reçues. Dans la nuit, le Laboratoire de Winnipeg a confirmé la contamination au H5N1.

Une machine ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle), illustrée ici, pompe le sang hors du corps, en éliminant le dioxyde de carbone et en y ajoutant de l'oxygène, avant de le réinjecter. L'adolescente a été placée sous ECMO du 9 au 22 novembre 2024. Au début de janvier 2025, la Colombie-Britannique avait 46 machines ECMO, réparties à Vancouver, à New Westminster, à Victoria et a Kelowna. (Photo d'archives)
Photo : Fournie par Alberta Health Services
Source inconnue
À ce jour, la source de la contamination est toujours inconnue. Aucune autre personne n’a été contaminée.
L'adolescente n'a plus été contagieuse à partir du 29 novembre et n’a plus eu besoin d'assistance respiratoire à compter du 18 décembre. Elle a survécu, mais elle a néanmoins passé deux mois à l'hôpital.
Je suis vraiment heureuse qu'elle ait reçu d'aussi bons soins et qu'elle ait survécu, mais cela a été une période très traumatisante pour sa famille, raconte la Dre Bonnie Henry.
La médecin hygiéniste assure que la Colombie-Britannique a détecté cet événement rare, notamment grâce au PCR multiplex, un test qui permet de rechercher 5 maladies respiratoires.
Elle félicite également la province d'avoir pu séquencer l'intégralité du génome de ce virus et d'en déterminer la parenté, ce qui a permis de souffler en voyant que le virus était en réalité beaucoup plus proche de certains oiseaux sauvages.

Bonnie Henry, médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, dans son bureau, à Victoria, le 23 décembre 2025.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Le système que nous avons mis en place pour surveiller les personnes atteintes de maladies respiratoires, en particulier si leur état est suffisamment grave pour qu'elles consultent un médecin, fonctionne.
Cependant, si cette histoire se termine bien, la Dre Bonnie Henry sait qu'il y aura un autre virus. En santé publique, il faut, dit-elle, trouver un équilibre afin que les gens puissent vaquer à leurs occupations, sans oublier d'insister sur l’importance de la prévention et de la vaccination.
Nous avons de grands événements à venir, comme la Coupe du monde de la FIFA l'été prochain, et nous devons nous assurer d'être en mesure de détecter tout problème éventuel.
Selon des données de l'OMS du 19 décembre (nouvelle fenêtre), la mortalité en raison du H5N1 au cours des quatre dernières années s'élève à 16,28 %. Ces taux peuvent refléter autant la nature du signalement [...] que la gravité réelle de la maladie.
Même si le taux de létalité fluctue, une pandémie de H5N1 ferait des ravages, d'où l'importance vitale d'une détection rapide des cas et des mutations.
Il y a près d'un siècle, la pandémie de H1N, l’une des plus mortelles de l'histoire, avait un taux de mortalité d’environ 2 %.


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