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Grève au Massif de Charlevoix : des commerçants locaux inquiets

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Les travailleurs syndiqués à l’emploi du Massif de Charlevoix tiennent une deuxième journée consécutive de débrayage ce samedi, une première sous leur mandat de grève générale illimitée. Déjà, certains commerçants locaux appréhendent les contrecoups de ce conflit qui pourraient se chiffrer en milliers de dollars de pertes.

Lison Harrisson et Robin Lessard sont respectivement propriétaires de l'Épicerie du village et de l'auberge La Côte d'Or, situés tout près de la montagne, à Petite-Rivière-Saint-François.

Dans cette municipalité d'environ un millier d'habitants, c'est sur le tourisme généré par la clientèle du Massif que repose en grande partie, voire entièrement, leur modèle d'affaires.

À l'Épicerie du village, c'est lors de la fermeture du site de la montagne, en fin d'après-midi, que l'affluence se fait généralement le plus ressentir. Les clients sont alors nombreux à vouloir s'approvisionner, après une journée passée à skier.

Mais cette routine est tombée aux oubliettes depuis le déclenchement de la grève au Massif, le « plus grand partenaire d'affaires » du dépanneur.

On est dans le temps des fêtes, puis il n'y a personne. Je suis inquiète, se désole Lison Harrisson, qui exploite son commerce en compagnie de son conjoint.

Lison Harrisson, propriétaire de l'Épicerie du village, dans Charlevoix.

Lison Harrisson est inquiète du choc occasionné par la grève sur son commerce.

Photo : Radio-Canada / Jérémie Camirand

On ne peut pas tenir la route juste avec la municipalité. [...] C'est le tourisme qui nous fait vivre, été comme hiver.

Robin Lessard tient le même discours. Il n'hésite pas à qualifier de « désastreux » l'impact de la grève sur son auberge, dont il s'occupe seul depuis 13 ans.

Robin Lessard, propriétaire de l’auberge La Côte d’Or.

Robin Lessard, propriétaire de l’auberge La Côte d’Or.

Photo : Radio-Canada / Jérémie Camirand

La clientèle qui vient ici, c'est uniquement des gens qui viennent faire du ski, assure-t-il.

Par ailleurs, ce conflit de travail survient à un bien mauvais moment aux yeux de Philippe Hamel, le PDG de l'agence de location de chalets MonsieurChalets. On ne pouvait pas penser à un pire moment que début janvier pour pour que cette grève-là éclate, songe-t-il.

Même si son entreprise continue de louer des habitations dans le reste de la province et en périphérie de la montagne, Philippe Hamel constate déjà une baisse d'intérêt pour les chalets plus près de la montagne.

Je pense que je parle au nom des skieurs en disant qu'on espère vraiment que ça va se régler rapidement, mentionne le PDG.

L'organisme régional Tourisme Charlevoix confie lui aussi être « très inquiet » face au conflit. « Nous invitons les deux parties à arriver le plus rapidement à une entente pour limiter l’impact sur les visiteurs et les entreprises touristiques régionales.», écrit-il à Radio-Canada.

Une démarche « précipitée »

En cette deuxième journée de grève, la direction du Massif a dénoncé la décision du syndicat de se tourner vers la grève générale illimitée.

Des travailleurs en grève manifestent.

Après avoir déclenché une grève générale illimité vendredi, les travailleurs syndiqués du Massif étaient de retour sur la ligne de piquetage samedi.

Photo : Radio-Canada / Jérémie Camirand

Par voie de communiqué, la partie patronale qualifie cette démarche de « précipitée ». Elle exprime également des regrets qu’une grève illimitée ait été déclenchée moins de 48 heures après l’échéance de la convention collective.

Il s’agit d’une situation rare en relations de travail au Québec, et cette décision syndicale suscite de vives inquiétudes quant à la saison récréotouristique de Charlevoix.

La veille, les salariés ont tenu une assemblée générale à l’issue de laquelle ils ont voté à 95 % en faveur d’un arrêt de travail d’une durée indéterminée. Ceux-ci ont justifié cette nouvelle action par l’attitude de l’employeur.

Le syndicat accuse la partie patronale d’avoir quitté la table de négociation, tandis que le Massif réfute cette affirmation.

Achoppement sur les salaires

Aux dires du syndicat, les deux parties avaient fait des progrès dans leurs négociations la semaine dernière.

La question salariale est cependant le nerf de la guerre de cette impasse, alors que les propositions respectives sont aux antipodes, a affirmé vendredi la présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs, Annick Simard.

Annick Simard, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Massif (CSN).

Annick Simard, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Massif (CSN).

Photo : Radio-Canada

À ce sujet, le Massif de Charlevoix estime avoir déjà fait sa part ses dernières années en octroyant une hausse de salaire de 1 $ de l’heure en 2022 à tous les employés sous l’égide de la convention.

Entre les mois de janvier 2020 et janvier 2025, les augmentations salariales des travailleurs auraient atteint 25,36 % d’augmentation, tandis que l’Indice des prix à la consommation (IPC) a crû de 20,20 % au cours de cette même période, soutient l’employeur.

Ce dernier avance qu’accorder une part plus importante de ses dépenses aux salaires risquerait de compromettre l’essor généré par ses investissements dans le cadre d’un virage quatre saisons.

Le vice-président et directeur général de Groupe Le Massif, Charles-Antoine Choquette, considère que les deux offres soumises jusqu’à maintenant aux travailleurs sont le reflet de la réalité du marché récréotouristique et des impératifs d’une saine gestion.

Quant à la suite des négociations, la partie patronale est d’avis que le climat du processus de conciliation pourrait avoir été entaché par le déclenchement de la grève.

Le Massif de Charlevoix demeure pleinement disposé à poursuivre les discussions de manière constructive afin d’en arriver à une entente juste, durable et bénéfique pour toutes et tous lorsque les conditions appropriées seront au rendez-vous, indique le communiqué.

Le syndicat, qui partage ce souhait, n’a pas souhaité commenter la sortie publique du Massif.

Avec les informations de Jérémie Camirand

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