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Gilles-William Goldnadel : « Nier le racisme anti-blanc, c’est déjà commencer à l’absoudre »

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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Après le renvoi de onze accusés aux assises pour le meurtre de Thomas à Crépol, l’avocat et chroniqueur déplore que, dans un premier temps, le procureur ait voulu écarter la circonstance aggravante de racisme anti-blanc.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il est également président d’Avocats sans frontières.


Ainsi le 25 septembre, les juges d’instruction ont renvoyé onze accusés devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme pour le meurtre de Thomas Perotto, 16 ans, tué dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023 à la sortie du bal de Crépol. Ils ont également reconnu cette circonstance aggravante : « les faits ont été précédés, accompagnés ou suivis de propos portant atteinte à l’honneur des victimes en raison de leur appartenance, vraie ou supposée, à la race blanche et à la nation française ». L’ordonnance s’appuie sur un faisceau d’éléments. Dix-neuf témoins ont rapporté des propos visant les personnes blanches, cinq des propos visant les Français. Les formules varient : « on va planter du blanc », « on est là pour tuer des petits blancs », « sale Français de merde »… Mais les juges retiennent une concordance sur l’existence de propos discriminatoires. Ces déclarations ont été recueillies peu après les faits. L’exploitation des téléphones montre que le mot « français » sert habituellement aux mis en examen à désigner ceux qui n’appartiennent pas à leur groupe. Un accusé a reconnu avoir entendu de tels propos.

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Le droit, sur ce point, n’est pas ambigu. Le Code pénal aggrave la peine lorsque le crime est commis à raison de l’appartenance à une prétendue race, une ethnie, une nation, une religion. Le texte ne hiérarchise pas les victimes. Rien n’interdit, en droit français, d’appliquer cette circonstance à des personnes blanches et françaises : la difficulté n’est pas juridique. Elle est politique. Elle est psychique. Le parquet de Valence, lui, s’y est opposé. Dans son réquisitoire complémentaire du 17 août 2026, il a estimé que les témoignages étaient « très minoritaires » au regard du nombre d’auditions. Voilà le dossier tel qu’il est. Deux lectures du même matériau. Les juges d’instruction ont retenu la qualification. Le ministère public, qui parle au nom de la société, avait refusé de la requérir.

Je ne suis pas le plus mal placé pour affirmer que si la victime avait été d’une autre ethnie et d’une autre nationalité que blanche et française, et que de tels propos avaient été proférés, il n’y aurait pas eu l’ombre d’un débat. C’est ainsi que le droit cesse d’être seulement technique. Car le parquet n’est pas une partie parmi d’autres : il incarne l’intérêt public français et celui de la société française. Or c’est précisément cette partie-là qui a répugné à nommer un racisme à la fois anti-blanc et anti-français. Les deux ne sont pas séparables. À Crépol, les assaillants, pourtant français, n’ont pas choisi leurs mots au hasard. « Blanc » et « Français » désignent la même cible : ceux du village, ceux qui ne sont pas de leur groupe. Le nier, c’est déjà commencer à l’absoudre.

Le critère n’est donc pas le racisme. C’est la couleur de ceux qui le subissent.

Ce déni n’est pas né le 17 août. Il a une histoire. SOS Racisme en est le monument. Son président, Dominique Sopo, a persisté à affirmer que le racisme anti-blanc est « une notion qui vient de l’extrême droite » et qu’elle « n’a aucune réalité statistique ». Quand les juges ont retenu la circonstance aggravante, l’association n’a publié aucun communiqué, n’a annoncé aucune constitution de partie civile, n’a exprimé aucune solidarité avec les victimes. Un crime peut désormais être qualifié de raciste par l’instruction ; l’association qui a fait de l’antiracisme sa raison sociale regarde ailleurs. Le critère n’est donc pas le racisme. C’est la couleur de ceux qui le subissent.

Patrick Cohen, dès le 27 novembre 2023, avait donné le la avec certitude sur l’odieux visuel de sévices publics : les jeunes de la Monnaie n’étaient pas venus « casser du blanc » mais s’amuser et draguer ; parler de francocide relevait de « la mécanique de la haine et du mensonge ». Rien de moins. En 2025, Jean-Michel Decugis, Marc Le Plongeon et Pauline Guéna ont publié Une nuit en France pour « démonter » le récit d’un raid anti-blanc. Toujours sur l’audiovisuel public, l’un d’eux, Marc Le Plongeon, journaliste à L’Équipe, a poussé le déni jusqu’à son terme : Thomas n’avait pas été victime du racisme anti-blanc puisque ce racisme n’existerait pas juridiquement. Il s’agit d’une invention de l’extrême droite. On nie les phrases, puis le concept, puis l’on nie que l’on nie.

Pendant ce temps, d’autres faisaient le travail inverse. L’AGRIF de Bernard Antony, par l’intermédiaire de mon confrère et ami Jérôme Triomphe, a déposé les observations qui ont contribué à la reconnaissance de la circonstance pour racisme. L’auteur de cette chronique, dès 2011, dans ses Réflexions sur la question blanche. Du racisme blanc au racisme anti-blanc, avait décrit le tabou. Son éditeur de l’époque, Jean-Claude Gawsewitch, prédisait qu’il recevrait, pour oser nommer le racisme anti-blanc, « une volée de bois vert »… François Bousquet l’aura très récemment remarquablement documenté : d’abord dans Le racisme anti-blanc. L’enquête interdite (La Nouvelle Librairie, 2025), puis dans Sale Blanc. Le racisme qu’on ne veut pas voir (2026). Des centaines de témoignages. L’école, la rue, les quartiers. Ce que Crépol a rendu judiciaire, ses livres l’avaient déjà rendu lisible.

Le Français blanc n’est plus un citoyen. Il est un indigène encombrant. Passer la publicité

La France insoumise, qui prétend incarner la « nouvelle France », a donné à cette racialisation sa forme politique raciste. Le 23 décembre 2025, le député LFI Carlos Bilongo a déclaré impunément : « On est plus intelligents, on est plus endurants et si on fait plus de gosses qu’eux, tant pis pour eux. » Dans la même émission, les Français du Nord étaient renvoyés à leur « pauvreté intellectuelle ». D’un côté, les « racisés » plus nombreux, plus intelligents, plus féconds. De l’autre, le Français nordiste attardé. Le Blanc n’est plus seulement une couleur. Il est un reste. Le Français blanc n’est plus un citoyen. Il est un indigène encombrant. Ce « tout blanc, tout moche » selon Mélenchon… Dans cette méchante grammaire, « sale Blanc » et « sale Français » ne sont plus deux insultes : c’est la même.

Le parquet français s’est installé dans l’ornière de SOS Racisme, de Patrick Cohen et du livre de Le Plongeon et de ses amis : les propos existent, mais pas assez ; le concept existe en droit, mais pas assez dans la vie. Les juges d’instruction ont écrit les mots et décrit les maux. La société officielle, par la voix de son parquet, a préféré les occulter. Une fois encore. La cour d’assises tranchera. Les recours viendront. Cela n’effacera pas ce que le dossier a déjà révélé. Pendant trois ans, une partie de l’appareil judiciaire, presque tout le dispositif antiraciste officiel et les médias publics ont reculé devant une évidence simple : on peut haïr un adolescent parce qu’il est français et parce qu’il est blanc, et ces deux haines n’en font qu’une. Ceux qui le disaient depuis quinze ans n’étaient pas très décoratifs dans les salons et les salles de rédaction. Ceux qui le niaient avaient les communiqués, les matinales et, jusqu’au bout, le réquisitoire du défenseur officiel de la société française.

Thomas est mort à 16 ans. Les phrases ont été prononcées. Le droit permettait de les qualifier. S’il ne s’était agi que de Français blancs, il n’y aurait pas eu de débat. Mais les dénis oui oui ne font plus tout à fait la loi.

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