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ENTRETIEN - Dans un ouvrage très personnel, l’universitaire émérite raconte ses pérégrinations sur le chemin médiéval du pèlerinage de Saint-Gilles. S’il y a effectivement rencontré une France divisée et fragilisée par ses guerres politiques intestines et ses profondes métamorphoses, sa route a également croisé celles de nombreux Français formidables et empathiques, permettant d’espérer pour l’avenir.
LE FIGARO. - Qu’est-ce qui a poussé l’athée que vous êtes à vous lancer, en 2024, sur le chemin médiéval du pèlerinage de Saint-Gilles ?
Gilles KEPEL. - J’ai été radié des cadres de l’Université à effet du 1er septembre 2024 – par décision arbitraire de l’administration, étant notoirement non woke. Mon nom précédé du titre de professeur, que j’avais construit en quatre décennies d’enseignement, de directions de thèses et de livres traduits en de nombreuses langues, ayant donc été « cancellé », je me suis replié vers mon prénom. D’autant plus que cette date correspond à la mort liturgique de saint Gilles et sa montée au ciel, selon la légende. Je ne suis pas croyant, mais très attentif à la « fortuité », cette puissance discrète du hasard. Je me suis donc dépouillé de ma toge avant qu’on me l’arrache, ai pris mon bâton de pèlerin, chaussé mes godillots et cheminé du Puy-en-Velay à Saint-Gilles-du-Gard. Deux semaines inoubliables, correspondant à mes quinze derniers jours de…


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