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Mélissa Bernier et son fils cadet Louis, âgé d’un an. Dans le salon familial, la salle de jeu côtoie l’aire de télétravail pour la famille sans place en garderie. Photo Nadia Dorval
Il suffit que de quelques minutes sur les réseaux sociaux pour voir des dizaines de publications de parents en quête d’une place pour leur bébé, faute de quoi, ils ne pourront pas reprendre leur travail. Malgré un nouveau CPE en construction à Sept-Îles, les chiffres d’enfants en attente d’une place, derrière lesquels se cachent des familles désespérées et au bout du rouleau, continuent d’augmenter.
Mélissa Bernier est ingénieure en environnement à la Ville de Sept-Îles. Elle devait reprendre son travail le 8 septembre, jour du premier anniversaire de son fils Louis.
Faute d’une place en milieu de garde, Mme Bernier ne retournera pas comme prévu à son poste. Télétravail partagé entre elle et son conjoint et aide des proches sont quelques-unes des solutions avec lesquelles jonglera la famille, en espérant piger le billet gagnant des places en garderie.
« Le télétravail, c’est compliqué. J’en fais en ce moment avec mon garçon. Tu te sens mauvaise employée, parce que tu n’es pas à 100 % au travail. Tu te sens mauvaise mère, parce que tu n’es pas à 100 % là », confie Mélissa Bernier.
La maman de Louis explique que parfois, ses parents ou ses amis prennent son garçon une demi-journée, ce qui lui permet de se concentrer davantage.
« Ça crée de l’anxiété de tout essayer, que ça fit, de demander un peu autour. C’est de l’organisation », dit Mélissa Bernier.
Lydia Trépanier devait reprendre son poste d’infirmière en juin dernier. Au moment d’écrire ces lignes, elle n’a toujours pas pu retourner au travail.
« J’ai fait des recherches sur des groupes Facebook. J’ai appelé pour avoir des places en milieu familial. À un moment donné, j’étais tellement en désespoir que je me suis dit : je vais prendre une nounou », raconte Mme Trépanier, qui prévoit un retour au travail à temps partiel en octobre.
Lydia Trépanier et son fils Loïc, âgé d’un an. La maman qui est aussi infirmière ne peut retourner travailler à temps plein dû à l’absence de place pour son fils en milieu de garde éducatif. Photo courtoisie
Pour qu’elle puisse arriver à retourner travailler trois jours par semaine, elle a élaboré un plan qui demande une certaine gymnastique. Son conjoint devra faire du télétravail un avant-midi, une personne s’occupera de son bébé deux jours et elle fera un après-midi de télétravail.
Une histoire qui se répète
Mélissa Bernier n’en est pas à sa première expérience du genre. Elle et son conjoint ont vécu le même scénario pour leur premier enfant, Thomas, né en juin 2020.
« Je n’ai jamais eu de garderie. Le premier appel que j’ai eu pour une place en CPE, c’est quand mon gars a eu 4 ans », dit-elle.
Avant le fameux appel du CPE, la jeune famille a alterné les milieux familiaux qui finissaient tous par fermer après quelques mois.
Même son de cloche du côté de Lydia Trépanier, qui vit la problématique pour une deuxième fois.
« Même avec ma grande fille de dix ans, il n’y en avait pas de places dans les CPE. C’est un problème de longue date. C’est juste que là, il est plus présent, parce qu’en plus de ça, on n’a pas de place en milieu familial. Depuis la COVID, on a perdu beaucoup d’éducatrices aussi », plaide-t-elle.
Les familles sont aussi confrontées aux impacts financiers et psychologiques du manque de place. La fin des prestations du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) et l’amputation d’un salaire faute de pouvoir retourner travailler apportent leurs lots d’anxiété.
Toutes les émotions vécues avec leur premier enfant ont fait se questionner Mélissa Bernier et son conjoint à savoir s’ils voulaient, ou non, un deuxième enfant.
« À mon premier, j’ai tellement vécu d’anxiété (…) Puis je me suis dit que ce n’est pas vrai que le système allait m’enlever de goût d’en avoir un deuxième », dit-elle. « Puis là, je vis le fruit de mes choix. »
Lydia Trépanier et son conjoint se sont également questionnés sur le manque de places en garderie, lors de la planification du deuxième enfant.
« Ça, c’est un stress que j’ai eu beaucoup. Oui, ça a été planifié. Oui, on le savait, mais on espérait quand même un miracle. On a quand même retardé la planification à cause de ça », dit Mme Trépanier.
Pas de place rime avec pas de choix
En plus d’être confrontées à l’absence de places en milieu de garde éducatif et au stress financier de ne pas pouvoir retourner travailler, les familles doivent parfois se résoudre à laisser leurs enfants dans des milieux qu’ils n’auraient pas sélectionnés de prime abord.
« Des fois, tu te sens mal de laisser ton enfant à des personnes. Je sais que je vais l’envoyer là, ça ne sera pas parfait, il va y avoir un écran d’allumé, il n’y aura pas la salle de jeu, ou les moments de lecture que j’aurais aimé qu’il y ait, mais il est dans un endroit, il est en sécurité, je peux aller travailler. Mais ce n’est pas nécessairement l’endroit que j’aurais choisi », illustre Mélissa Bernier.
Un problème persistant
Le nombre d’enfants en attente d’une place en milieu de garde éducatif ne s’est pas beaucoup amélioré au cours des dernières années.
« La situation en 2026 est toujours la même en fait. On voit que les données évoluent peu d’année en année. Même si ça diminue, l’année d’après ça augmente », dit Elizabeth Brosseau.
Pour la Côte-Nord, le nombre d’enfants en attente d’une place est toujours de 519, cette donnée date du 31 mai 2025. Mme Brosseau explique que depuis que le nouveau portail d’inscription à un service de garde a été mis en place « on manque de prévisibilité sur les places ».
« Parce que la méthode de calcul a changé », dit-elle.
Nadia Dorval
Diplômée en Arts et technologies des médias, Nadia Dorval a été animatrice à la radio durant près de sept ans. Ses expériences en développement philanthropique... Lire la suite
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