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France Inter : Fourquet-Rabinovitch ou le concept de deuxième lecture

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Parfois, quand on regarde un vieux film ou une vielle photo, quelque chose d’autre apparaît, avec le temps. Le sujet secondaire passe alors devant le sujet principal.

Par exemple, un cliché de Staline copain avec Kirov, dont la mort suspecte remet en question des années plus tard l’ordre établi de la photo, qui est la même mais plus tout à fait la même : Bardella et sa relation avec Kelly Betesh il y a dix ans, et la complosphère aujourd’hui qui y voit un chantage possible du Mossad, l’origine du basculement idéologique du futur numéro 2 du RN ; la photo de famille avec le tonton sympa dont on découvre qu’il est pédophile 40 ans plus tard, après sa mort.

Ce sont aussi les films de merde de la Nouvelle Vague, qui ne valent que par les images du vieux Paris. L’intrigue est nullissime, le jeu maigrelet, l’action transparente, mais le reportage involontaire sur un Paris en noir et blanc est magnifique. Le décor joue mieux que les acteurs !

Bref, la vie est pleine de surprises qui surgissent d’un passé qu’on croyait figé, et qui bouge. On en arrive au sujet du jour, le concept de deuxième lecture. Les deux propagandistes d’Inter, le petit Benyamin et la dame plus mûre, reçoivent Fourquet et Rabinovitch pour leur livre Homo occidentalis, le basculement anthropologique que beaucoup de nos lecteurs ont déjà expérimenté à travers les romains de l’exilé fiscal accro aux films de cul, Michou Houellebecq.

Le père castrateur a été assassiné, tout va bien

Les forces en présence sont donc Jérôme Fourquet, patron de l’IFOP marqué à droite (mais sans le dire) ; Ruben Rabinovitch, psychanalyste de compète ; Florence Paracuellos, qui remplace le sionard de gauche Demorand, en arrêt maladie ; et le jeune Benyamin Duhamel, pistonné par sa grande famille oligarchique. Causeur a fait le portrait du Rabino, naturellement, ontologiquement génial :

Cette position de guetteur mélancolique est nécessaire mais pas suffisante. Ruben Rabinovitch a en outre un sens fracassant de la formule, un style digne d’un écrivain de haut vol, et une immense culture centrée sur la littérature, les religions et la philosophie. Sans parler du zeste d’humour grinçant qui signe les grands esprits. À preuve de la première de ces qualités, le titre d’un article paru dans un célèbre hebdomadaire : « Une justice faible avec les barbares est une justice barbare avec les faibles ».

Eh oh, c’est de nous ça, fort avec les faibles et faibles avec les forts, on va mettre des marque déposée partout si ça continue ! Bon, ça continue, passons, de toute façon, on ne peut pas déposer des expressions. On rentre dans le sujet car ça commence à traîner.
Les deux bogosses analysent les raisons de la bascule anthropologique, en France et par extension dans les pays occidentalisés, c’est-à-dire le passage de la société verticale, qui pesait sur l’individu (patriarcat) à une société plus liquide, où l’individu se sent perdu. Il serait donc passé du névrosé (relire Freud) au dépressif (relire Houellebecq). Ruben les reçoit dans son cabinet, il voit la bascule en face.

Fourquet & Rabino ne sont pas les premiers à avoir fait ce constat, mais ils ont le mérite d’avoir creusé le sujet. Il faut toujours que quelqu’un creuse, chez les humains. Il y a toujours une poignée de bosseurs et une grosse bande de branleurs qui attendent, c’est comme ça.

Naturellement, formés, éduqués, intoxiqués par Soral, vous êtes aguerris. Vous avez compris le sens de la 2e lecture, ici.

Le cœur du problème, c’est le remplacement de l’Avec Maria pendant un enterrement à du JJ Goldman pendant une crémation, et Fourquet a raison d’insister sur ce point de détail, qui dit tout. Pour les deux hommes, il s’agit d’une évolution, sans doute inarrêtable. Pour nous, non pas d’un complot, mais d’un travail social ou asocial inlassable des élites, même si la modernité ne leur appartient pas complètement.

Cependant, on remarque que la pliure antichrétienne a eu lieu au début des années 60, tiens, en pleine Nouvelle Vague, cette déconstruction du cinéma de papa (patriarcal), et que l’américanisation de la société française s’est accélérée à partir de ce moment-là.

Si tout n’est pas ingénierie, si tout n’est pas satanisme, les deux auteurs passent allègrement sur la question du pourquoi, alors qu’ils sont très bons sur le comment. Malheureusement, les deux intervieweurs sont limités – on est sur Inter, pas chez E&R – donc on n’aura pas la question du pourquoi, qui est la question politique.

On s’est retenus de rire quand Benyamin & Rabino ont évoqué l’effondrement de l’Église, mais ça, c’est parce qu’on a l’esprit mal placé, tout ça à cause de Soral. On voit justement un psy en ce moment qui essaie de nous le replacer, au bon endroit, donc, mais ça dure et ça s’améliore pas. Peut-être que le psy est mauvais. On va prendre Rabino, il a l’air d’être efficace (demander ses prix au préalable, on roule pas sur l’or). OK on arrête, c’est le service juridique qui vient de nous appeler.

« Les psy remplacent les prêtres dans l’encadrement psychique de la société », énonce fièrement Florence, qui a lu une phrase du livre (probablement pas plus). « Il y avait 27 000 psy en 2008, il y en 73 000 aujourd’hui ». Elle effleure le grand remplacement des élites spirituelles, mais ne creuse pas.

Benyamin, inquiet, trouve que « c’est presque du Éric Zemmour dans le texte » quand les deux auteurs parlent d’un père devenu un « loser ». Et là Fourquet revient sur la « production culturelle », dont le cinéma, qui a sa part d’explication. On ne parle pas encore de responsabilité. Ça viendra. Avec la lucidité, et l’honnêteté.

Au fait, « y a plus besoin de tuer le père », déclare Rabino, « parce qu’il est à terre ». Mais faudra-t-il aussi tuer la mère, dont il ne parle jamais ? On pose la question à Ruben, pas à Jérôme. En tout cas, voilà un livre qui risque d’inspirer un certain Soral, dont on parle beaucoup dans les médias, actuellement. On va lui offrir ça pour son anniversaire, un peu en décalé, mais c’est l’intention qui compte.

Les questions lourdement orientées de l’idiote à la fin

« La colère elle nourrit les populismes, est-ce qu’on peut faire un lien entre tout ça, entre l’Homo occidentalis, la colère, les populismes ? (... ) En terme d’avenir très immédiat, certains redoutent un retour des Gilets jaunes par exemple, vous y croyez, vous, ou pas ? »

« Certains », c’est qui, Florence ? En tout cas, malgré l’érudition en plateau, on ne sait toujours par qui a voulu tuer le Père et pourquoi (le remplacer par la Mère ?), et détruire l’Église. Et la remplacer par quoi ?

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