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Festival Kompa Zouk Ontario : des permis refusés en raison d’une barrière linguistique?

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Un mois et demi avant le Festival Kompa Zouk Ontario, un festival caribéen, Carline Semexant Fanord pensait avoir tout prévu. Pourtant, à la veille de l’événement, cette cuisinière franco-torontoise apprend que son permis de la Santé publique de Toronto est refusé.

Elle n’est pas la seule : la quasi-totalité des restaurateurs francophones du festival se retrouvent dans la même situation.

À quelques heures de l’événement, plusieurs commerçants se retrouvent avec des milliers de dollars de dépenses engagées, des aliments inutilisables et aucun moyen de vendre leurs produits. Pour plusieurs d’entre eux, la barrière linguistique aurait joué un rôle important dans cette situation.

Pour Carline Semexant Fanord, les préparatifs avaient commencé un mois et demi avant le festival.

Elle avait payé son emplacement, loué une cuisine commerciale agréée, souscrit une assurance et même pris la route jusqu’à Montréal pour s’approvisionner en ingrédients haïtiens et caribéens.

Au total, ses dépenses atteignent près de 3000 dollars.

Pourtant, 15 jours avant le festival, la Santé publique de Toronto l’informe que son formulaire de demande de permis est mal rempli. Elle le renvoie immédiatement en fournissant les informations demandées ainsi qu’un schéma détaillé de son kiosque.

Des festivaliers assis.

Cette année, le festival avait lieu les 31 juillet, 1er et 2 août au centre Harbourfront à Toronto.

Photo : Avec l’autorisation du Festival Kompa Zouk Ontario

Quelques jours avant l’événement, on lui demande toutefois de revoir une nouvelle fois son dessin, jugé insuffisamment clair. Elle produit alors un nouveau plan, encore plus détaillé.

Sans réponse, elle apprend finalement, la veille du festival, que son permis a été refusé.

Le vendredi 31 juillet, lorsqu’elle se présente sur le site, elle découvre avec stupeur qu'un kiosque de la communauté philippine occupe la place qui lui avait été attribuée.

Elle ne comprend pas comment, en l’espace d’une journée, d’autres restaurateurs ont pu obtenir leurs permis, alors qu’elle est plongée dans une tourmente administrative depuis plusieurs semaines.

C'est un sabotage, c'est de la discrimination. On nous a enlevé de notre propre course, on nous a enlevé de notre propre festival. C'est un festival caribéen.

Selon Mme Semexant Fanord, l'absence d'un inspecteur francophone ou bilingue a constitué un obstacle majeur et injustifiable. On n’avait pas un inspecteur qui était à la hauteur de notre communauté, dit-elle, soulignant que l’inspecteur ne parlait qu’anglais.

Elle rejette par ailleurs l'idée que les refus soient attribuables à un manque de temps ou de préparation de la part des commerçants.

Une barrière linguistique au cœur du problème?

La fondatrice du FKZO, Marie-Jennyne Mayard, fait un constat similaire. Elle affirme qu’aucun formulaire de la Santé publique de Toronto n’est offert en français.

Dans des courriels transmis à Radio-Canada, Mme Mayard explique avoir multiplié les démarches pour obtenir l’aide d’un inspecteur francophone. Elle est même allée jusqu’à proposer de payer des interprètes ou des traducteurs professionnels afin de faciliter les échanges avec l'inspecteur.

Cette offre serait toutefois restée sans réponse.

Lorsque j'ai parlé avec une agente, elle a répondu au téléphone qu’on n'a pas d'inspecteur francophone, que si vous désirez avoir un inspecteur francophone, ça va être plus long.

Mme Mayard dénonce également le comportement de l’inspecteur assigné au festival.

Selon elle, celui-ci aurait systématiquement ignoré les courriels, refusé de les rappeler et aurait même raccroché au nez d'une marchande francophone, sous prétexte qu’elle ne s'exprimait pas suffisamment bien en anglais.

Dans un communiqué, Santé publique Toronto reconnaît qu’une demande visant à obtenir l’intervention d’un inspecteur francophone a bien été reçue.

L’organisme explique que le courriel a été envoyé à la boîte de réception générique et qu’il n’a pas été transmis directement [à l’inspecteur] affecté à l’événement.

Santé publique Toronto dit regretter ce manque de communication et affirme procéder à une révision de ses processus internes afin de s’assurer que les demandes soient transmises à l’inspecteur responsable de chaque dossier dans un délai raisonnable.

D’importantes pertes

De manière générale, Marie-Jennyne Mayard estime que les commerçants dont le permis a été refusé ont perdu entre 3000 et 4000 dollars chacun.

Plusieurs restaurants avaient déjà acheté et préparé d'importantes quantités d'ingrédients, notamment de la viande, qu'ils n'ont pas pu retourner. Une bonne partie de cette nourriture a dû être jetée.

Pour Carline Semexant Fanord, le déplacement à Montréal pour acheter ses ingrédients représente à lui seul une perte importante de temps et d’argent.

À cela s’ajoutent la location d'une cuisine commerciale agréée, l'achat de matériel de service, les frais liés à l’emplacement du kiosque et, dans certains cas, le coût d’une assurance non remboursable.

Mais les pertes ne s’arrêtent pas là.

La restauratrice souligne également le manque à gagner : en plus de l’argent dépensé, les restaurateurs n’ont tout simplement pas pu vendre les produits qu’ils avaient préparés.

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