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Des urgentologues partout au Canada tirent la sonnette d’alarme : un puissant sédatif vétérinaire résistant à la naloxone est ajouté au fentanyl vendu dans la rue depuis quelques années, ce qui complique les interventions en cas de surdose.
La médétomidine, un sédatif synthétique, est utilisée en chirurgie vétérinaire. Son utilisation chez l’humain n’a pas été approuvée, et ses effets sur les humains n’ont pas été bien étudiés. Il prolongerait l’effet du fentanyl.
La substance a été détectée pour la première fois au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario en 2023. Le nombre de cas a depuis considérablement augmenté au pays.
Sa présence est désormais signalée dans toutes les provinces ainsi qu’au Yukon, selon un rapport du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS).

La naloxone est inefficace contre la médétomidine, car il s'agit d'un sédatif et non d'un opioïde. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Stefan Labbe
Cet automne, des chercheurs de Philadelphie, où cet additif est devenu courant, ont signalé que des médecins faisaient état d’un nouveau syndrome de sevrage chez les personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage d’opioïdes et vivant dans des régions où la concentration de médétomidine dans l’approvisionnement en drogues est élevée.
Les symptômes de cette affection, qui peut se développer rapidement, comprennent une accélération cardiaque importante, des vomissements, de l’hypertension, un délire agité et même des cas signalés de lésions organiques.
Des intervenants canadiens en prévention des surdoses et les urgentologues signalent également des difficultés à traiter le sevrage de la médétomidine.
Ce sont là des défis auxquels nous devons désormais faire face, alors que ce n’était pas le cas auparavant , déclare le Dr Monty Ghosh, médecin spécialiste des dépendances et chercheur à Calgary.
Cela a en quelque sorte bouleversé nos stratégies de prise en charge de ces patients.
Le Dr Ghosh explique que la prise d’opioïdes peut entraîner des difficultés respiratoires. Si l’on y ajoute de la médétomidine, les patients deviennent aussi beaucoup plus somnolents, avec une pression artérielle basse et une fréquence cardiaque réduite qui peuvent persister pendant de longues périodes.
Cela peut être très dangereux, soutient-il, car le débit sanguin vers les organes vitaux est réduit, ce qui peut entraîner de graves complications, ainsi qu’un ralentissement de la respiration.
Le programme Substance Use Philly, de la santé publique de la Philadelphie, souligne qu’il est important de se concentrer sur la respiration de la personne plutôt que sur son niveau de réactivité pour traiter une surdose impliquant de la médétomidine, car cette substance est un sédatif et qu’elle ne réagit donc pas à la naloxone, qui sert à traiter les surdoses d’opioïdes.
Des sevrages plus difficiles
Le Dr Sahil Gupta, qui exerce à Toronto, explique que les patients en sevrage de médétomidine doivent être hospitalisés ou recevoir des médicaments de soins intensifs, car leur respiration et leur état de conscience doivent être surveillés pendant une période plus longue que dans le cas d’un sevrage d’opioïdes.
[Ces] patients nécessitent plus de temps passé avec du personnel infirmier et des médecins et plus de temps à l’hôpital.
L’objectif est de faciliter la respiration afin d’éviter que le cerveau ne souffre d’un manque d’oxygène. Il admet toutefois que certains patients doivent être placés sous respirateur, dans des circonstances extrêmes.
Ce genre de pression sur les [ressources] a tendance à créer beaucoup de perturbations et à entraîner une augmentation des temps d’attente ainsi qu’une surpopulation, soutient le Dr Gupta. Souvent, les patients qui subissent un sevrage à la médétomidine ont également besoin d’une hospitalisation ou de soins intensifs, sont des domaines beaucoup plus exigeants en ressources.
Le médecin croit d’ailleurs que nous ne ferons vraiment pas de progrès à moins de nous attaquer à l’ensemble des facteurs liés à l’itinérance et aux conditions socioéconomiques qui mènent à ce genre de dépendance.
Réduire la surpopulation
À Edmonton, un programme intitulé Bridge Healing vise à lutter contre la surcharge des salles d’urgence en s'attaquant à l’itinérance chez les personnes qui se présentent à plusieurs reprises à l’hôpital.
Le Dr Louis Francescutti, professeur à l’École de santé publique de l’Université de l’Alberta et urgentologue, a contribué à la création du programme au pays.
Il raconte que, si une personne se présente au service des urgences sans adresse fixe, on lui pose deux questions : est-elle sans-abri et souhaite-t-elle avoir la chance de se reconstruire une vie?

Ces chambres de transition ont pour but d'éviter que des personnes sans-abri se retrouvent de nouveau à la rue. (Photo d'archives)
Photo : David Bajer / CBC
Si ces personnes acceptent et qu’il y a des lits disponibles, nous les envoyons en taxi vers ces bâtiments spécialement aménagés, où nous leur offrons un hébergement gratuit, explique-t-il.
Les participants sont ensuite dirigés vers une clinique médicale pour qu'on réponde à leurs besoins.
Le personnel des services d’urgence commence à ressentir une profonde détresse morale, ajoute-t-il. Ils sont à bout de forces, parce qu’ils constatent un problème qui pourrait être résolu si les bonnes personnes intervenaient.
Cela impliquerait selon lui un meilleur accès à des cliniques spécialisées et à des professionnels, tels que des travailleurs sociaux.
Consommer en sécurité
Certains intervenants déplorent la fermeture de nombreux centres de consommation supervisée, notamment en Ontario, où le gouvernement provincial soutient prioriser le traitement des dépendances.
Or, le Dr Raghu Venugopal, urgentologue dans trois hôpitaux du centre-ville de Toronto, affirme que les intervenants dans ces lieux pourraient évaluer les patients en état comateux victime d’une surdose, et éventuellement leur administrer de l’oxygène ou une petite dose de naloxone afin de leur éviter de subir un sevrage complet aux opioïdes.
C’est vraiment important, car si l’on veut des métros sécuritaires, des parcs sécuritaires et des services d’urgence qui fonctionnent mieux, il faut prévoir un endroit pour les personnes qui ont besoin de consommer de la drogue.
Dans un rapport publié plus tôt cette année, la Dre Gillian Kolla, de la Faculté de médecine de l’Université Memorial, et l’épidémiologiste Tara Gomes, de l’Ontario Drug Policy Research Network, soutiennent que les personnes qui auraient auparavant été réanimées sur place doivent désormais se rendre aux urgences.

De nombreux centres de consommation supervisée en Ontario ont fermé leurs portes ces dernières années. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Résultat : cela retarderait la prise en charge d’autres affections mettant la vie en danger, telles que les crises cardiaques et les blessures traumatiques causées par des collisions de véhicules.
Au lieu de donner aux gens les moyens de consommer des drogues nocives et illégales, notre gouvernement aide les gens à briser le cycle tragique de la toxicomanie en réalisant des investissements sans précédent dans les services de santé mentale et les soutiens globaux, déclare Lily Barnes, porte-parole du ministre de la Santé de l’Ontario, dans un courriel.
Avec des informations de Amina Zafar, de CBC


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