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CRITIQUE - Le comédien se livre à un duel au sommet face à l’Italien Fabrizio Bentivoglio dans cette réflexion exigeante mais passionnante sur la condition humaine.
Une garde à vue dans l’espace contraint d’un bureau. Et, celui, infini, de ces montagnes des Alpes où s’est produit l’accident. Un homme a chuté depuis un chemin escarpé. Un autre a donné l’alerte. Ils se connaissaient pour avoir appartenu au même groupe révolutionnaire d’extrême gauche en Italie 40 ans plus tôt. Le premier avait trahi le second, le condamnant à dix ans de prison. La coïncidence est «impossible» pour le magistrat chargé de l’affaire (Swann Arlaud) qui tente de faire avouer le suspect (Fabrizio Bentivoglio)…
Emmanuel Finkiel a écrit et réalisé cette adaptation d’Impossible d’Erri de Luca, paru en 2020. «La lecture m’avait évoqué un dispositif possiblement cinématographique, se souvient-il. Une situation d’abord spatiale, ce sentier de montagne sur lequel deux silhouettes marchent. Et une autre configuration qui sort peu à peu du récit : raconter la vie d’un homme du XXe siècle, qui a épousé une de ses idéologies, égarée au XXIe siècle. Le sentier comme métaphore du tracé d’une existence me paraissait visuellement intéressant et signifiant.»
L’impossibilité du titre est aussi celle de la condition humaine. Au fil des cinq longues auditions, passionnants face à face, la fiction prend une dimension quasi philosophique pour interroger le politique, les utopies, la fraternité, la dignité, la fidélité à ses convictions, l’enfermement, le temps qui passe, la mémoire, la notion de résistance, de vérité, la solitude, la marque indélébile de l’enfance, le couple encore, à travers ces lettres à une femme tant aimée (Marilyne Canto, toujours très émouvante) - joli parti pris de narration.
« Le cinéma est vraiment fait pour les visages. La caméra ne perce pas leur mystère mais en rend compte. »
Emmanuel Finkiel, réalisateurCar la fougue, la passion, l’engagement semblent appartenir à l’ancienne génération face à un jeune juge rigide, technocrate, mais plus faillible aussi de par son admiration d’une telle irréductibilité et un rapport presque filial qu’il finit par développer. La caméra scrute, comme le réalisateur l’a si bien fait avec Mélanie Thierry dans La Douleur et La Chambre de Mariana, les visages des protagonistes - autres paysages, d’une incroyable densité - lors de longs face-à-face. «Le cinéma est vraiment fait pour les visages, confirme Emmanuel Finkiel. J’aime l’idée de pouvoir sentir plein de choses d’une personne en face de soi en sachant qu’il reste toujours une énigme. La caméra ne perce pas leur mystère mais en rend compte.»
Un prix au festival de La Rochelle
Le réalisateur a aussi eu à cœur de rester au plus près de l’auteur italien : «Lorsque l’on adapte Duras ou de Luca, on a la responsabilité, non pas d’être fidèle car la fidélité en adaptation n’existe pas, mais au moins que ceux qui aiment ces auteurs retrouve leur musique. Et il est important que la musique de De Luca s’entende encore.» Cette œuvre exigeante mais qui marque durablement a obtenu les prix du Meilleur scénario et du meilleur unitaire drama-suspense au festival de la Rochelle.


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