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Faire l’école dehors avec quelques palettes et des 2 x 6

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Il y a dix ans, une nouvelle façon d’enseigner faisait son entrée à l’école Immaculée-Conception de Shawinigan : la pédagogie Enfant Nature. L’objectif était simple : sortir des murs pour mieux apprendre. Une décennie plus tard, voici le bilan de cette approche qui a transformé le quotidien des élèves.

Sur la route entre Trois-Rivières et Shawinigan, de fortes rafales font tanguer les camions lourds. À la radio, on fait le bilan des pannes causées par les forts vents. En ce 14 mars, la météo incite les gens à rester bien encabanés.

Pourtant, nous sommes en route vers l’école Immaculée-Conception, au centre-ville de Shawinigan, pour aller rencontrer des enfants qui passent une partie de leur journée dehors, beau temps, mauvais temps.

Des enfants assis en rond à l'extérieur, dans une cour d'école en hiver.

Peu de matériel est nécessaire : une caisse de lait, un petit bout de tapis isolant et une planche de bois.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

À notre arrivée, les enfants de maternelle sont déjà dehors. Leur enseignante, Josée, lit une histoire. Toute l'activité extérieure sera inspirée de Racou le raton laveur. Les enfants chantent une chanson et font une petite méditation, couchés sur la neige.

Des enfants clouent.

Les enfants prennent un marteau pour clouer des clous dans une planche de bois.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Puis, le jeu actif commence. Aujourd’hui, ils se transforment en ratons laveurs qui ont trouvé des outils. L’enseignante donne un marteau à chaque enfant. Ils plantent des clous dans une planche de bois. Visiblement, les enfants sont heureux d’utiliser de vrais outils.

Une fillette sourit à la caméra en tenant un marteau.

Les enfants dépensent beaucoup d'énergie lors des périodes extérieures.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Ils ont ensuite accès à des pneus, à des madriers et à des caisses de lait. Des enfants fabriquent une poutre et pratiquent leur équilibre, d’autres créent une balançoire. Certains sautillent sur une planche transformée en plongeoir. La scène ferait sourciller ceux qui trouvent que les buttes de neige dans les cours d’école sont dangereuses.

Des enfants en équilibre sur des madriers posés sur des caisses de lait.

Les enfants apprennent à courir des risques lors des périodes de jeu libre, un apprentissage essentiel selon Sylvie Gervais.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

La fondatrice de la coopérative Enfant Nature, Sylvie Gervais, rappelle qu’un enfant a besoin d’apprendre à courir des risques. Ils vont peut-être découvrir une peur, mais en même temps une fierté. Tout à coup, ils peuvent s’entraider, aller plus loin dans leur prise de risque. Le risque fait peur, mais c’est plutôt une délicieuse incertitude qu’on permet aux enfants, explique-t-elle.

Une femme.

Sylvie Gervais est la fondatrice de la coopérative Enfant Nature.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Nous, tout ce qu’on fait, c’est superviser, s’assurer que tout est mis en place de façon sécuritaire, mais sinon, le reste se fait naturellement, tout seul, ajoute l’enseignante Josée Trépanier.

Une fillette sur une bascule fabriquée à partir d'un madrier, son enseignante à ses côtés.

L'enseignante Josée Trépanier supervise au minimum pour laisser les enfants jouer et explorer.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Pendant la période de jeu, elle intervient très peu. Elle rappelle à quelques reprises aux enfants de porter attention aux autres autour d’eux quand ils se déplacent avec une planche de bois.

Elle remarque un enfant qui avance sur la poutre et l’encourage. Elle sait qu’il affronte sa peur des hauteurs et elle est très fière des efforts qu’il fait. Puis, elle console une fillette qui s’est cogné le front sur un madrier. Celle-ci ne pleure pas très longtemps et recommence à jouer.

Josée se retire quand elle voit que les enfants sont autonomes.

La nature pour apprendre

À la base, l’idée d’Enfant Nature est de ramener l’enfant au centre de la nature pour favoriser ses apprentissages. Des histoires et des thèmes inspirés des animaux et des saisons, beaucoup d’activités extérieures et du jeu libre et créatif.

Et pas besoin d’avoir accès à une forêt.

Un enfant marche sur un madrier posé sur des caisses de lait.

Pas besoin d'être situé en pleine nature pour appliquer le programme Enfant Nature. L'école Immaculée-Conception est au centre-ville de Shawinigan.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Nous sommes en plein cœur du centre-ville de Shawinigan. L’ancien aréna Jacques-Plante d’un côté et le palais de justice de l’autre. Rien de très nature. Mais la philosophie de jouer à l’extérieur et de laisser aller l’imagination des enfants n’a pas toujours besoin d’une forêt : quelques palettes et des 2 x 6 suffisent amplement ici.

Faire de l’éducation en plein air, ça ne coûte rien. On l’a vu aujourd’hui, on est dans une cour avec du matériel, on n’a pas besoin d’autre chose.

Une fillette tient deux caisses de lait.

La pédagogie Enfant Nature a été implantée il y a dix ans à l'école Immaculée-Conception.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Les enfants vont parfois jouer au parc du Saint-Maurice, à quelques centaines de mètres.

Sylvie Gervais raconte que, dans le parc, les enfants préfèrent jouer sous les arbres avec des cocottes plutôt que dans les modules.

De nombreux bienfaits

Même si elle en était déjà convaincue, Sylvie Gervais est en mesure d’observer les bienfaits de l’approche Enfant Nature depuis dix ans. Les enfants qui ont plus de difficultés en classe s’épanouissent à l’extérieur et vivent des réussites qui nourrissent leur estime de soi. Les garçons et les filles jouent plus ensemble. Ils communiquent davantage entre eux, même les enfants issus de l’immigration qui ne maîtrisent pas toujours le français.

Dehors, on apprend en toute liberté.

Les enfants sont plus calmes et disponibles aux apprentissages quand ils entrent en classe. Les bienfaits sont multiples.

Josée Trépanier remarque qu’ils sont apaisés. Tout le côté stress, anxiété, d’être toujours enfermé entre quatre murs, avec les bruits, les sons de cloche…, explique-t-elle.

L’école Immaculée-Conception est située dans un milieu défavorisé. Sylvie Gervais est persuadée que d’offrir à ces enfants de bouger librement dans la nature leur permet de s’épanouir.

Étendre l’approche

La fondatrice d’Enfant Nature travaille maintenant à étendre l’approche. La coopérative a formé 1700 enseignants, techniciens en service de garde et orthophonistes depuis sa fondation.

Elle vient d’obtenir une subvention du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec pour sortir des écoles et organiser des événements pour les familles à Shawinigan, à Saint-Élie-de-Caxton, à La Tuque et à Bécancour.

Deux enfants soulèvent un madrier.

La fondatrice d'Enfant Nature remarque que les enfants développent leurs habiletés de travail d'équipe.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Des chercheurs de l’UQTR ont aussi récemment approché la coopérative afin de lui offrir du soutien, pour voir où on est rendus, qu’est-ce qui s’est passé et comment on peut faire pour implanter notre approche pédagogique à un autre niveau, explique Sylvie Gervais.

Elle souhaite que l’approche soit incluse dans les formations collégiales et universitaires des programmes liés à l’éducation à l’enfance.

Une fillette tient un madrier.

Les enfants sont libres d'explorer avec le matériel.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Josée Trépanier est de l’aventure depuis le début et elle ne retournerait pas en arrière.

Enfant Nature, c’est la raison première pour laquelle je suis encore à Immaculée-Conception. Tout gravite autour du projet Enfant Nature. Ma place est ici et j'aimerais finir ma carrière ici, lance-t-elle, convaincue.

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