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Des entreprises de la Côte-Nord perdent des travailleurs étrangers

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Deux entreprises de Baie-Comeau ont perdu des travailleurs étrangers cette année, à la suite des délais de traitement et des refus de renouvellement. Les deux commerces cumulent les frais et les mois d’attente, sans savoir quand la situation se réglera.

À la Ferme Manicouagan, un employé mexicain doit rester dans son pays depuis six mois. Il y était parti en janvier revoir sa famille, qu’il n’avait pas vue depuis trois ans.

Son permis de travail était pourtant valide pour deux années encore, affirme la copropriétaire de La Ferme Manicouagan.

Tout était réglé, c’était conforme, tous nos papiers étaient conformes.

Portrait d'une personne derrière un comptoir de vente de ferme en bois rempli de petits fruits.

Julie Bérubé, copropriétaire de La Ferme Manicouagan, devant son kiosque de vente.

Photo : Laurana Genest

Le visa a dû être refait au complet, aux frais de l’entreprise. Un délai de 10 à 12 semaines avait été annoncé, ce qui menait à la fin mai. Juin a passé, juillet a passé, toujours pas de nouvelles, explique Mme Bérubé.

Mais son absence pèse sur la saison. La ferme n’a pas embauché de remplaçant, croyant chaque mois voir revenir son employé.

Les travailleurs fonctionnent normalement en équipes de deux. Certains travaux sont laissés de côté, comme la taille de la camerise et la coupe des stolons de fraises. La récolte va moins bien, il y a plein de travaux à faire aux champs qu’on néglige parce qu’il nous en manque un [employé], explique la copropriétaire.

Vue d'un champ agricole avec des rangées de fraises.

Un champ de fraises à La Ferme Manicouagan.

Photo : Laurana Genest

Remplacer ces travailleurs par des Québécois n’est pas simple, ajoute-t-elle. La saison agricole s’étend de mai à novembre, alors que les étudiants arrivent à la mi-juin et repartent à la mi-août.

La ferme a vécu la même chose en cuisine. Une employée originaire des Philippines a dû retourner dans son pays pour refaire ses démarches. Le temps qu’ils sont bons, ça prend un certain temps, puis une fois qu’ils sont bons, il faut les renouveler puis on est incertains de les revoir, déplore Mme Bérubé.

Ces difficultés se retrouvent partout au Québec, selon Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration.

Selon lui, les mesures actuelles ne tiennent pas compte des besoins des employeurs de la Côte-Nord. J’en doute fortement. On ne le sent pas, avance-t-il.

Yves Martineau décrit un sentiment de découragement chez les employeurs qu’il représente. S’ils n’ont pas leurs travailleurs, ils sont très mal pris.

Selon M. Martineau, depuis 2024, Ottawa souhaite réduire la proportion de travailleurs et de résidents temporaires à 5 %.

À La Crêperie de la Reine, la situation est similaire. La propriétaire, Pascale Desbiens, avait recruté trois travailleurs cubains il y a deux ans, faute de candidatures locales.

Portrait d'une personne dans une cuisine de crêperie

Pascale Desbiens, propriétaire de La Crêperie de la Reine

Photo : Laurana Genest

Il n’y a pas de CV de Canadiens, il n’y a pas de CV de Québécois.

La réglementation ne lui permettait d’en garder qu’un seul sur trois. Sa demande pour le cuisinier a été rejetée.

Selon elle, il aurait fallu démontrer qu’elle avait d’abord tenté de recruter des candidats déjà établis au Canada. Le refus aurait fait fuir sa cuisinière en chef, qui a démissionné en anticipant la surcharge.

Ce genre de situation engendre des coûts supplémentaires aux entreprises, comme c'est le cas des frais de retour des employés dans leur pays. Pour les vols vers Cuba, le prix des billets est passé de 500 $ à 1100 $, estime Mme Desbiens.

S’ajoutent à cela les dépenses liées à la formation donnée : Il y en a plusieurs qui pensent, parce qu’on a des immigrants, qu’ils sont payés par le gouvernement. Ce n’est aucunement ça.

La propriétaire, qui travaille déjà sept jours sur sept, réfléchit maintenant à fermer les lundis et mardis. Je me donne jusqu’à la fin du mois, puis on verra, concède-t-elle. Elle garde espoir de recevoir une candidature d’ici là.

La Ferme Manicouagan, quant à elle, espère toujours revoir son employé d’ici la fin de la saison.

Avec les informations de Laurana Genest

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