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Face aux menaces, l’Irlande s’interroge sur sa politique de défense

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Armée sous-financée, équipements vieillissants : les capacités militaires de l’Irlande, mais aussi sa politique historique de neutralité, reviennent au cœur du débat dans le contexte actuel de menaces en Europe, à l’approche de la présidence tournante de l’UE en juillet.

Début décembre, la détection de drones près de Dublin sur l’itinéraire de vol du président ukrainien Volodymyr Zelensky, en visite dans le pays, a illustré de manière spectaculaire les faiblesses de l’armée irlandaise.

Dublin a attribué ces drones non identifiés à des acteurs prorusses, Moscou démentant toute implication.

« L’Irlande est le seul pays de l’UE à ne pas disposer de système de radar primaire et nous n’avons ni sonar, ni équipement de détection antidrones, sans parler de la capacité à neutraliser les drones », déplore auprès de l’AFP l’ancien membre des forces spéciales irlandaises Cathal Berry.

Militairement neutre, l’Irlande n’est pas membre de l’OTAN.

Principalement tournée vers les missions de maintien de la paix de l’ONU, son armée ne compte que quelques milliers de soldats et ne dispose d’aucune force aérienne de combat, ni de capacités navales.

Ses dépenses annuelles de défense sont les plus faibles d’Europe : 0,2 % du PIB, contre 1,3 % en moyenne dans l’UE.

« Vulnérabilité »

Face à la guerre en Ukraine et à l’intensification des attaques hybrides en Europe, les appels à accroître d’urgence l’effort militaire se multiplient dans le pays.

« La neutralité est en soi une excellente politique. Si on veut l’adopter, il faut la défendre », pointe ainsi le colonel à la retraite Dorcha Lee, qui regrette « une situation où l’on confond neutralité et absence de dépenses de défense ».

Or, si la géographie de l’Irlande l’a protégée des pires répercussions des conflits passés, des menaces comme la cyberguerre et les drones sont quant à elles bien réelles.

« La vulnérabilité de l’Irlande tient à son importance pour les communications et les systèmes économiques mondiaux, ce qui en fait une cible » mais aussi un « moyen de viser d’autres acteurs », explique Cian Fitzgerald, expert de défense à l’Institut des affaires internationales et européennes de Dublin.

Près des trois quarts des câbles sous-marins transatlantiques traversent les eaux territoriales irlandaises ou passent à proximité.

Des géants technologiques américains comme Google, Apple ou Meta ont leur siège européen dans le pays, qui accueille aussi d’immenses centres de données, notamment d’Amazon.

En visite à Dublin peu après le déplacement de Volodymyr Zelensky, le président du Conseil européen, Antonio Costa, s’est dit « confiant » dans la capacité de l’Irlande à sécuriser les sommets de l’UE durant sa présidence.

« Vraies priorités »

La ministre de la Défense, Helen McEntee, a promis que de nouvelles technologies de lutte antidrones seraient en place d’ici là.

S’exprimant la semaine dernière devant une rangée de véhicules militaires vieillissants sur la base de Curragh, elle a annoncé une hausse des dépenses militaires dans les prochaines années.

Dublin négocie par exemple avec la France l’achat d’un système de radar militaire et veut assouplir le mécanisme légal permettant le déploiement de troupes irlandaises à l’étranger.

Mais Paul Murphy, député d’opposition de gauche, dénonce « l’alarmisme » du gouvernement et craint une remise en cause de la politique de neutralité en cas d’augmentation de l’effort de défense.

Pas question pour lui de suivre la voie de la Finlande et de la Suède qui ont rejoint l’OTAN, après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.

« Il est plus important que jamais que nous soyons réellement neutres dans un monde de plus en plus dangereux », défend-il auprès de l’AFP.

« Se lancer dans une course aux armements dans laquelle l’Irlande ne peut pas rivaliser gaspillerait des moyens qui devraient être consacrés à de vraies priorités comme le changement climatique », ajoute-t-il.

Près des deux tiers des Irlandais (63 %) soutiennent la neutralité, selon un sondage Ipsos pour le Irish Times.

Et la nouvelle présidente du pays Catherine Connolly, largement élue en octobre, a promis d’être « une voix pour la paix, une voix qui s’appuie sur notre politique de neutralité ».

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