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Alors que le détroit d’Ormuz est bloqué depuis les débuts de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la Colombie-Britannique pourrait-elle voir son rôle prendre de l’ampleur dans l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL)?
Dans ce contexte, la Colombie-Britannique, qui compte la seule installation en mesure d’exporter du GNL au pays, pourrait avoir une position privilégiée, croit Heather Exner-Pirot, directrice de l'énergie, des ressources naturelles et de l'environnement à l’Institut MacDonald-Laurier, à Ottawa, en Ontario.
Notre débouché sur le Pacifique facilite grandement l'approvisionnement de cette zone. C'est beaucoup plus économique puisque nous sommes en liaison directe [avec l'Asie], dit-elle.
Depuis le début de ses opérations, le port d’exportation de GNL à Kitimat, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, fournit plusieurs pays d’Asie.
D’autres projets, comme celui de Woodfibre LNG, près de Squamish, et Ksi Lisims, près de Prince Rupert, doivent entrer en activité dans les prochaines années.

Le projet Woodfibre LNG traitera et liquéfiera le gaz naturel expédié par pipeline du nord de la Colombie-Britannique pour l'exportation vers les marchés asiatiques.
Photo : Woodfibre LNG
Pour rappel, l'Iran bloque la quasi-totalité du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, un étroit passage maritime par lequel transitent environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en GNL.
Une frappe de missile iranien a endommagé le plus grand site de production de GNL du monde, Ras Laffan, au Qatar. Sa capacité d’exportation est ainsi réduite de 17 %, selon le pays, pour les trois à cinq prochaines années.

Le terminal d'exportation de GNL, détenu par LNG Canada, est à Kitimat et exporte depuis juin 2025.
Photo : Radio-Canada
Si le trafic maritime des navires-citernes depuis le port de Kitimat a augmenté depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les deux phénomènes ne sont pas liés, comme l'explique JP Lacouture, du cabinet d'analyse du trafic maritime Kpler.
Depuis son lancement officiel à la fin de juin 2025, l'usine de LNG Canada a subi plusieurs problèmes de démarrage, notamment une panne de courant en décembre qui a mis les installations hors service pendant un certain temps, rappelle-t-il.
Ce n'est qu'au cours de ce mois-ci que LNG Canada a commencé à se rapprocher de sa capacité maximale, dit-il.
À long terme, la phase 1 de LNG Canada pourra exporter jusqu’à 14 millions de tonnes annuellement.
Entre les navires en attente au large de la Colombie-Britannique et ceux déjà chargés en route vers l'Asie de l'Est, on atteint environ 100 % de la capacité, dit JP Lacouture.
Ainsi, il serait difficile d’augmenter la production pour venir combler le manque à gagner du Qatar, croient JP Lacouture et Philippe Le Billon, professeur de géographie à l'Université de la Colombie-Britannique et spécialiste des ressources naturelles.
On peut accélérer la cadence, on peut accélérer le rythme de chargement des bateaux, mais on ne peut pas créer de nouveaux pipelines ou [de nouvelles usines] instantanément, rappelle l'expert.
Des clients du Qatar en Asie
Le 20 mars, 61 navires-citernes destinés à transporter une cargaison de GNL avaient quitté le port de Kitimat vers les marchés mondiaux, selon un porte-parole de l’entreprise LNG Canada.
Ces navires se destinent à des pays asiatiques, comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et les Philippines.
Le ministre de l’Énergie et des Solutions climatiques de la Colombie-Britannique, Adrian Dix, affirme que le téléphone a sonné depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
On a eu des appels de l’Inde et d’autres pays qui dépendent du Qatar. [...] Il y a beaucoup d’intérêt pour notre gaz naturel et il y a beaucoup d'occasions pour nous, dit-il.
Le Qatar, les États-Unis et l’Australie sont les grands producteurs de GNL du monde, mais la production décline en Australie, et les États-Unis doivent passer par le golfe du Mexique.
« Cela renforce notre attractivité relative ou améliore la perception de notre offre sur le marché », avance Mme Exner-Pirot.
Ce qui met réellement des bâtons dans les roues de l’expansion du secteur du GNL, selon Heather Exner-Pirot, ce sont les politiques gouvernementales, comme l'incertitude entourant la tarification fédérale du carbone industriel.
« Avec de telles politiques, nous empêchons de rallier les investisseurs à notre cause », dans le cas de projets de plusieurs milliards de dollars, croit-elle.
LNG Canada est d’ailleurs le plus grand investissement privé de l’histoire du Canada, rappelle Ottawa, pour une somme de 40 milliards de dollars.
Tim Hodgson, le ministre canadien de l'Énergie, a d’ailleurs affirmé que le Canada est prêt à devenir l'un des plus grands fournisseurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, avec des exportations pouvant atteindre 100 millions de tonnes par an.

Le site de production de GNL de Ras Laffan, au Qatar, a été détruit en partie par une frappe iranienne. (Photo d'archives)
Photo : Reuters
Or, vu la variation des prix et l’incertitude grandissante autour du marché du GNL, Ian Sanderson, analyste principal de l’Institut Pembina, rappelle que les projets d’usines d’exploitation de ressources naturelles sont des investissements à très long terme qui ne devraient pas être décidés en réaction à un choc d'approvisionnement géopolitique à court terme.
Cela pourrait redéfinir les marchés du GNL pendant les prochaines années, estime-t-il, mais il est difficile de prévoir au-delà, puisque [juste l’an dernier], on prévoyait une saturation importante du marché qui allait nuire à la compétitivité des nouveaux terminaux d GNL canadiens.
M. Dix estime lui aussi qu’il faut une politique de développement des usines de GNL à moyen et à long terme.
L’environnement dans tout ça?
À l'échelle mondiale, il est possible que des pays décident de se retourner vers des sources d’énergie, comme le charbon. Ce retournement de situation pourrait désavantager l’exportation de gaz naturel liquéfié, selon Philippe Le Billon.
Si les infrastructures comme les usines de production électrique à base de charbon n'ont pas été démontées, on va les réactiver. C'est ce que l'Allemagne a fait brièvement, mais c'est ce qu'elle a fait après l'invasion russe, rappelle-t-il.
Sur un autre plan, M. Sanderson craint que les occasions d’affaires pour le Canada en matière de GNL soient utilisées pour accélérer de nouveaux projets en réduisant les réglementations environnementales ou les processus de consultation des populations autochtones.
Si les usines de GNL en Colombie-Britannique sont alimentées par l’électricité plutôt que par le charbon, leur production en amont entraîne des émissions de gaz à effet de serre, dont le méthane, un des gaz à l'origine du réchauffement climatique.


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