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La réglementation relative aux compléments alimentaires est « déséquilibrée », souligne la CLCV dans une étude que nous vous dévoilons en exclusivité. Promesses floues voire exagérées, risque de surdosage… le consommateur pâtit de cette « zone grise ». Explications.
Léa Guyot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Dans les pharmacies, en ligne et même dans les supermarchés : les compléments alimentaires sont partout. « L’offre se développe beaucoup. C’est un marché qui est en forte croissance », observe Selma Amimi, chargée des questions d’alimentation à l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV). Rien qu’en France, on ne compterait pas moins de 30 000 références.
Parmi ces produits, ceux censés avoir des bienfaits sur la santé mentale, l’immunité, le métabolisme ou encore la santé féminine ont la cote. Mais selon une étude de la CLCV que nous dévoilons ce mardi, certains de ces produits sont insuffisamment encadrés, faisant courir « des risques sanitaires et de tromperie » aux consommateurs.
L’association s’est tout particulièrement penchée sur les compléments à base de plantes (rhodiola, millepertuis, safran, griffonia…). Certaines favoriseraient « le bien-être émotionnel », d’autres « un état d’esprit positif » – des promesses vagues, qui pourraient être exagérées. Car ce que le consommateur lambda ignore, c’est que ces allégations botaniques n’ont pas été évaluées scientifiquement à l’échelon européen. Pour être exact, elles sont “en attente” de l’être… depuis « plus de dix ans », désespère Selma Amimi. Ce n’est pas le cas des compléments à base de vitamines et de minéraux, « très encadrés », précise-t-elle.
Des airs de médicaments
Cette réglementation « déséquilibrée » favorise une « zone grise », avance Selma Amimi. Elle pointe notamment du doigt les formulations à connotation thérapeutique (« réduit la nervosité », « soulage et prévient le stress », etc.). En Europe, il est pourtant interdit d’attribuer les vertus d’un médicament à un complément alimentaire. Selon la CLCV, ces allégations « peuvent être considérées comme trompeuses ».
Ces produits sont juridiquement considérés comme des denrées alimentaires, mais on les retrouve sous forme de gélules, de comprimés, de poudres, ou encore d’ampoules. Photo Sipa /Mourad Allili
À ce « Far West réglementaire » s’ajoutent des « pratiques marketing critiquables », qui jouent avec les codes de l’univers médical, soutient l’association. Noms qui sèment le doute, représentations visuelles d’organes, utilisations de termes connotés (« flash », « sans accoutumance »)… « Si on regarde l’ensemble du packaging, ça peut prêter à confusion » relève Selma Amimi. Et en ligne, certains laboratoires prendraient encore plus de liberté que sur les emballages.
Les consommateurs dans le flou
La « banalisation de la consommation des compléments alimentaires n’est pas sans risques », insiste pourtant la chargée de mission. Elle redoute que des consommateurs se détournent de traitements médicaux adaptés. Et craint des surdosages, car aucun seuil maximal n’est fixé au niveau européen pour encadrer les quantités consommées de compléments à base de plantes. Ces seuils existent pour les vitamines et les minéraux, mais devraient être mis à jour, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). Sauf que sur ce point, la France et l’UE « se renvoient la balle », déplore Selma Amimi.
De manière générale, son organisation réclame une harmonisation de la réglementation, ainsi qu’un renforcement des contrôles et sanctions. « Le système est réactif au lieu d’être préventif, regrette Selma Amimi. On attend que les consommateurs déclarent des effets indésirables pour ensuite revenir en arrière. » Raison pour laquelle il faudrait, selon elle, obliger les fabricants à apposer sur les emballages les messages de vigilance recommandés par les autorités scientifiques. D’autant plus quand ils concernent les femmes enceintes ou les enfants… ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui.
Elle plaide aussi pour que les consommateurs soient mis en garde contre le risque d’exposition à de multiples substances (prise simultanée de compléments, de médicaments, d’aliments enrichis), pouvant entraîner un “effet cocktail”. « L’origine naturelle d’un ingrédient ne garantit ni son innocuité, ni son absence d’effets indésirables », rappelle la CLCV. Elle conseille de toujours demander l’avis d’un professionnel de santé avant de prendre un complément alimentaire, voire de consulter la plateforme Compl’Alim en cas de doute sur un ingrédient.


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