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Magali Martin, ancienne sous-préfète de Moselle, aurait été photographiée à son insu en 2018 par Christian Nègre, ex-haut fonctionnaire accusé d’avoir drogué près de 300 femmes. Elle a porté plainte et c’est grâce à elle que cette affaire de soumission chimique hors-norme a éclatée. En exclusivité pour le groupe EBRA, dont fait partie notre journal, Magali Martin appelle « à ne rien laisser passer et à oser parler ».
Alexandra Simard - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
C’est grâce à elle que l’affaire Christian Nègre a éclatée. Magali Martin était sous-préfète de Moselle lorsqu’elle a déposé plainte contre l’ancien DRH du ministère de la Culture, accusé d’avoir drogué près de 300 femmes pendant 10 ans à Paris et à Strasbourg. Elle a accepté de témoigner pour la toute première fois auprès du groupe EBRA, dont fait partie notre journal.
Christian Nègre a été surpris par un témoin en train de photographier les jambes de Magali Martin lors d’une réunion collective à la préfecture de Moselle le 15 juin 2018. « Je ne me suis rendu compte de rien », raconte, huit ans plus tard, Magali Martin. C’était la première fois qu’elle le rencontrait. Christian Nègre occupait alors les fonctions de directeur à la DRAC Grand Est basée à Strasbourg. Magali Martin se souvient d’un homme « allant, plutôt souriant, à l’aise dans l’échange et restant très professionnel dans l’attitude ». « Il n’y a rien qui pouvait laisser paraître qu’il était capable de tels agissements », précise-t-elle. Après une heure et demie de réunion, un témoin de la scène décide d’alerter le préfet de l’époque Didier Martin, qui en avertira la sous-préfète quelques jours plus tard.
« Je n’ai rien fait d’héroïque. C’est vraiment grâce à un témoin courageux qui a signalé la scène que j’ai ensuite porté plainte et que les enquêteurs ont pu faire leur travail. J’ai été très accompagnée par le préfet. Il a été bienveillant et a tout de suite réagi », tient à préciser celle qui a été sous-préfète de Moselle entre août 2017 et juin 2019. La plainte de Magali Martin aboutira à une découverte édifiante : un fichier Excel, que tenait depuis plusieurs années Christian Nègre. À l’intérieur, le nom de 180 victimes présumées, avec des photos et des commentaires. Ces femmes se seraient vues administrer à leur insu un diurétique, les contraignant d’uriner malgré elles devant l’ex-haut fonctionnaire.
« Je continuerai à mettre des robes »
« Les victimes ont subi des soumissions chimiques, des situations humiliantes. Donc, vraiment, je ne me mets pas au même niveau », précise Magali Martin. « C’était intrusif, mais une des premières choses que je me suis dit, c’est que j’allais continuer à porter des robes. Il ne faut pas accepter de modifier nos comportements parce qu’une personne a eu cette attitude, ce serait lui donner quelque part raison », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, Magali Martin veut que la parole se libère : « Ne laissons rien passer ! Signalons parce qu’on a affaire à des personnes qui savent très bien cacher ce qu’elles sont ! C’est notre responsabilité collective. »
L’État a-t-il failli dans l’affaire Nègre ? « Moi qui suis fonctionnaire depuis déjà de nombreuses années, je trouve qu’aujourd’hui, l’État est quand même extrêmement engagé dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Il y a des cellules d’écoute. On responsabilise les encadrants, on accompagne les victimes. Il y a une vraie prise de conscience depuis déjà quelque temps et une tolérance zéro contre ce type de phénomène », estime Magali Martin, actuellement directrice ruralité et montagne à l’Agence nationale de la cohésion des territoires, qui dépend du ministère de l’Intérieur. « Cette affaire me scandalise totalement. J’ai beaucoup de mal pour chacune des victimes. Ma seule satisfaction, c’est que ce qui m’est arrivé à moi, et qui, encore une fois, est loin de ce qu’ont vécu toutes ces victimes, a permis d’arrêter Christian Nègre. »
« J’ai été troublée de découvrir qu’il a pu se repositionner en coach RH »
Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, Christian Nègre a exercé ces dernières années sous une fausse identité comme consultant RH à Paris, comme l’a révélé le groupe EBRA jeudi. Magali Martin s’en dit « troublée » : « Je ne conteste pas le droit de toute personne à exercer une activité professionnelle. J’ai quand même été troublée de découvrir qu’il avait pu se repositionner dans des fonctions, notamment de ressources humaines, d’accompagnement des personnes, c’est-à-dire des fonctions qui reposent sur des mécanismes de confiance qui peuvent placer des personnes en situation de vulnérabilité professionnelle. C’est quand même assez choquant… »
3919 - Violences femmes info
Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violences. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.


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