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Euro de handball : «Certains peuvent te mettre tout en haut un jour et le lendemain…», regrette Dika Mem

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ENTRETIEN - L’arrière des Bleus s’est confié au Figaro avant le début de la compétition continentale, dont la France est tenante du titre.

Quel bilan faites-vous de votre préparation sur le plan personnel ? Celle-ci a été quelque peu agitée avec l’annonce de votre futur transfert en 2027 à Berlin…
Dika Mem : A dire vrai, je m’y étais préparé et je savais que cela risquait de sortir. Mais c’est certain que cela a été une préparation un peu spéciale pour moi, comparativement à d’habitude. En général, quand tu es en équipe de France, tu manges, respires, penses seulement équipe de France. Là, il y a eu cette annonce, qui a beaucoup fait réagir. J’ai reçu beaucoup de messages mais il fallait que je reste focus sur l’équipe de France, parce que je ne suis pas en club. Mais cela fait partie aussi du jeu et, et je m’y étais préparé. Et tant mieux que cela soit sorti avant l’Euro. Désormais, tout est clair et je peux maintenant continuer à aller de l’avant.

Comprenez-vous les regrets, importants, de nombreux supporters de l’équipe de France de ne pas vous voir signer au Paris SG ? 
Bien sûr que je comprends. Cela s’est joué à très peu de choses pour que je rejoigne Paris. J’en ai beaucoup discuté avec ma famille, avec mes proches et jusqu’au bout, j’ai hésité. Mais le fait de jouer en Allemagne est quelque chose que j’avais en moi depuis de nombreuses années. Je sentais qu’un jour, je devais le faire. Et là, en 2027, j’aurais 30 ans, j’avais la conviction que cela devait se faire maintenant, et pas après. C’est vraiment ça qui a fait la différence.

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Sur cet Euro, l’équipe de France est tenante du titre. Prenez-vous mal le fait que le Danemark soit présenté comme favori, plus que vous ?
Non, parce que c’est une équipe qui vient de gagner les Jeux olympiques et le Mondial à la suite, ce qui en dit long sur le niveau de cette équipe. Ils possèdent notamment le meilleur joueur du monde (Mathias Gidsel), et le meilleur gardien du monde (Emil Nielsen). Maintenant, cela ne nous empêche pas d’être confiant car on sait ce qu’on a aussi dans notre effectif. Et puis j’ai envie de vous dire que ce sont les favoris, et tant mieux si cela peut éviter à certains d’entre nous de se mettre trop de pression par rapport à ce statut de tenants du titre.

C’est un rêve pour moi de pouvoir au moins une fois être nommé au titre de meilleur joueur du monde.

Dika Mem

Ce statut de meilleur joueur du monde, vous pourriez également le revendiquer. Que vous manque-t-il pour l’avoir ?
Qu’est-ce qui me manque ? D’être nominé déjà (sourire). Ces quatre ou cinq dernières années, je pense avoir évolué à un très haut niveau. J’ai gagné en club, en sélection, mais au final, mon nom n’apparaît jamais dans les nominés. Beaucoup de personnes me demandent pourquoi et honnêtement, je ne sais pas. Je continue à travailler pour obtenir ce titre parce que c’est un de mes objectifs personnels. C’est un rêve pour moi de pouvoir au moins une fois être nommé au titre de meilleur joueur du monde. Après, ce n’est pas moi qui prends les décisions. Moi, je fais mon travail sur le terrain. Le reste, je ne peux pas le contrôler.

Dika Mem Baptiste Fernandez / Icon Sport

Pensez-vous payer le fait d’évoluer au sein d’une équipe de France où le collectif est mis en avant plus que les individualités ?
C’est vrai qu’on dispose d’un effectif très fourni, ce qui fait la différence entre l’équipe de France d’aujourd’hui et celle qu’il y avait auparavant. Sur cet Euro, offensivement, on sait qu’on a onze ou douze joueurs qui peuvent faire la différence sur n’importe quel match. On n’a pas un joueur qui se démarque tout le temps, et le danger vient de partout. Maintenant, je ne pense pas que cela soit ça qui me dessert tant que ça. Ce qui me handicape, c’est le fait d’évoluer à Barcelone, dans un championnat espagnol qui est très négligé et sous-évalué. Encore aujourd’hui, il arrive en interviews qu’on me demande si je joue contre des semi-professionnels. Donc pour moi, cela vient de là. Mais peut-être que je me trompe… Si c’est le cas, je veux bien qu’on m’explique alors car en Ligue des Champions, j’y suis et je l’ai déjà gagné trois fois (2021, 2022 et 2024). En équipe de France, j’ai tout gagné. Et même si je ne marque pas 70 buts par compétition, si on regarde les dernières que j’ai disputées, j’ai été soit le premier, soit le deuxième meilleur buteur de l’équipe. Mais bon, comme je le disais, je fais mon travail et le reste ne m’appartient pas…

Quelles sont les forces, aujourd’hui, de cette équipe de France, ainsi que ses faiblesses ?
Les forces ? Le collectif. Les faiblesses ? Le collectif. C’est une force d’avoir autant de joueurs polyvalents et talentueux parce que tu peux te permettre de changer, de faire jouer un gars à droite, à gauche, où tu veux, et c’est top. Tu disposes de plein d’options en défense et en attaque. Mais en même temps, quand tu as trop de solutions, tu peux te perdre, comme cela nous est déjà arrivé. Avec le coach, on s’efforce donc d’avoir une ligne de conduite claire. Sinon, on ouvre tout avec des joueurs faits pour jouer à n’importe quel moment, à n’importe quel poste. Mais quand tu ouvres trop, tu peux vite partir dans tous les sens. C’est pour ça qu’à mes yeux, notre plus gros danger, c’est nous-mêmes. Si on arrive à bien gérer cette profusion de biens, ça va prendre.

C’est la force de cette équipe, on n’a pas besoin d’avoir un même joueur qui met 10 buts à chaque match pour gagner.

Dika Mem

Comment faites-vous pour gérer les ego des uns et des autres ? 
En ce qui me concerne, je n’ai aucun problème avec ça. Je suis même généralement le premier à le dire : s’il y a quelqu’un qui est bien dans le match et qui doit mettre 20 buts, alors il mettra 20 buts et le prochain match, ce sera un autre. C’est la force de cette équipe, on n’a pas besoin d’avoir un même joueur qui met 10 buts à chaque match pour gagner. On veut tous être bons, on veut tous marquer des buts et c’est normal, c’est notre esprit compétiteur. Mais on sait qu’on est au service de l’équipe de France et que celle-ci est au-dessus de toute individualité.

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Beaucoup critiquent la qualité des gardiens en équipe de France. Estimez-vous cela injuste de les comparer à Thierry Omeyer par exemple ?
J’ai toujours dit que les gens étaient très durs avec eux, que ce soit maintenant ou même quand il y avait Vincent (Gérard). On ne peut pas comparer les joueurs. Thierry Omeyer a fait une carrière incroyable. Il est sûrement l’un des meilleurs gardiens de l’histoire du handball. C’est la même chose avec Niko (Karabatic). On a déjà une chance extraordinaire d’en avoir eu un en équipe de France, mais il n’y en aura pas deux. À nous, en tant qu’équipe, de faire en sorte que la page Niko se tourne, pas forcément avec un joueur mais peut-être avec plusieurs. Parfois, il y a des joueurs comme ça que tu ne peux pas remplacer. Malheureusement, trop souvent, les gens n’arrivent pas à le comprendre.

Dika Mem Baptiste Fernandez / Icon Sport

Si vous n’avez pas signé pour le Paris SG, est-ce en raison, aussi, des critiques trop nombreuses en France ?
Non, parce que je sais que c’est partout pareil. En Espagne aussi on me critique. En Allemagne, on me critiquera encore plus je pense. Donc je n’ai aucun problème avec ça. C’est la partie un peu ingrate de notre sport...

Que vous avez connu après votre ballon perdu contre l’Allemagne en quarts de finale des Jeux de Paris…
Oui, et quelle a été ma réponse après les Jeux ? Que je savais que cela allait être comme ça, mais que ce n’était pas grave. Derrière, j’ai joué le Mondial, lors duquel j’estime avoir répondu présent même si nous n’avons pris que la médaille de bronze. Donc c’est le sport, c’est comme ça, je m’y suis préparé. Je sais qu’un jour certains peuvent te mettre tout en haut et le lendemain, les mêmes personnes vont te mettre plus bas que terre. C’est triste, mais c’est comme ça dans le sport et dans la vie en général. Regardez, vous, demain votre chef vous dira que vous avez écrit un super article et une semaine après, sur un autre sujet, il vous dira que vous avez fait de la merde. Cela fait partie de la vie.

Concernant l’Euro, vous avez hérité d’un tirage au sort particulièrement ardu. Comment faites-vous pour ne pas vous projeter dès à présent sur un éventuel tour principal où vous pourriez croiser le Danemark, l’Allemagne et l’Espagne notamment ?
Inconsciemment, tu te projettes quand même. Mais on a conscience de l’importance des trois premiers matches du tour préliminaire, qu’il faudra tous gagner absolument. On sait que dans un Championnat d’Europe, il n’y a que de très peu de matches faciles. Cela sera encore plus vrai pour nous cette année puisque hormis peut-être l’Ukraine, rien ne sera simple pour nous. Mais on est là pour ça. On veut jouer ce genre de matchs et se confronter aux meilleurs. Si on veut marquer notre époque, cela passe par là.

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