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Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement ont profité des images en provenance de France pour appuyer des rhétoriques xénophobes, anti-immigration ou ultrasécuritaires.
Publié le 23/10/2026 06:00
Temps de lecture : 6min
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président américain, Donald Trump, le 7 avril 2025 à Washington (Etats-Unis). (SAUL LOEB / AFP)
"Des commentaires inacceptables autant que stupides." Emmanuel Macron a vivement critiqué, mercredi 21 octobre depuis Doha (Qatar), plusieurs des discours qui ont suivi la mobilisation et les violences du 17 octobre. "Il y a des gens qui font campagne sur le dos de la France, des dirigeants qui sont dans des situations de campagne dans la région ou de l'autre côté de l'Atlantique", a dénoncé le chef de l'Etat, évoquant "une manipulation étrangère de l'information".
"Des gens ont expliqué qu'on avait été envahis par des hordes de migrants et d'islamistes, ce qui est totalement faux", s'est encore indigné le président de la République. Aux Etats-Unis, en Russie ou en Israël, nombre de responsables étrangers ont soufflé sur les braises des événements du 17 octobre en France, avec souvent une rhétorique xénophobe et anti-immigration. "La France sert de paratonnerre", résume auprès de franceinfo Catherine Fieschi, chercheuse associée au cercle de réflexion Carnegie Europe.
Aux Etats-Unis, l'administration Trump fait de la récupération à l'approche des midterms
Outre-Atlantique, l'administration Trump s'est servie des images françaises pour appuyer son discours anti-immigration, comme l'avait déjà fait le président américain au début de la mobilisation lycéenne. Donald Trump avait présenté, sans aucun fondement, "l'islam" et "une immigration de masse hors de contrôle" comme vecteurs du mouvement.
Son vice-président, J.D. Vance, s'est lui aussi saisi du sujet samedi pour faire de la récupération politique. "Les progressistes occidentaux ont importé le tiers-monde en France et dans d'autres pays, au nom de la diversité et de la compassion", a avancé le républicain. "Voici l'avenir que les démocrates du Congrès veulent pour notre pays", a-t-il scandé, à l'approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, republiant au passage des images de la mairie de Limoges en flammes. "Ne francisez pas notre Amérique", a lancé dans la foulée Donald Trump Jr., aîné du dirigeant populiste.
Des réactions opportunes, à l'heure où les républicains semblent en difficulté pour maintenir leur courte majorité à la Chambre des représentants lors des élections du 3 novembre. "J.D. Vance reprend le discours de Donald Trump, en se focalisant sur l'immigration et un effondrement de la civilisation. Il fait porter cela sur les démocrates", observe Catherine Fieschi, spécialiste du populisme et des droites radicales. Le vice-président américain, avec ce "regard critique mais moins inflammatoire que Donald Trump", "se positionne pour commencer à faire campagne [pour la présidentielle 2028], au lendemain des midterms".
Sur Truth Social ou en meeting, le président américain n'a pas tardé à commenter les manifestations, puis les violences et pillages qui ont suivi. "La France brûle !", a lancé Donald Trump dimanche sur son réseau social, présentant à nouveau sa vision xénophobe en réponse. "L'immigration de personnes issues d'un monde totalement différent, des individus qui ont de la haine dans leur cœur, a brisé ce pays autrefois grand. Fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu'il ne soit trop tard !"
Le président américain a également republié lundi un sujet de Fox News intitulé "Le chaos en Europe", avant de renchérir. "Quand vous voyez des clochers en flammes et des brasiers faisant rage en France, souvenez-vous que c'est précisément ce que les démocrates radicaux veulent faire subir à l'Amérique."
"C'est sur l'immigration que Donald Trump a tapé le plus fortement aux Etats-Unis. Prendre la France comme exemple, c'est ce qu'il a besoin de faire avant les midterms."
Catherine Fieschi, chercheuse associée à Carnegie Europe
à franceinfo
Catherine Fieschi, qui a conseillé des responsables politiques, relève l'évocation par Donald Trump de cette France "autrefois" grande, référence à son fameux slogan "Rendre sa grandeur à l'Amérique". "Il y a cette idée de déclinisme, d'effondrement si on ne se reprend pas. Le déclin de l'Occident et de la civilisation est au cœur de ce discours, qui n'est pas seulement d'extrême droite mais aussi fascisant."
En Russie, le narratif de Donald Trump repris à l'unisson
En Russie, médias et blogosphère proches du Kremlin ont amplifié un prétendu "chaos" en Europe après la journée de samedi, rapporte Le Monde. Kirill Dmitriev, émissaire de Moscou pour des pourparlers avec les Etats-Unis, a republié le message de J.D. Vance et repris le discours de Donald Trump, évoquant un "suicide de la civilisation occidentale provoqué par le chaos migratoire".
"L'Occident s'effondre à cause de son incapacité à discuter et à corriger ses erreurs coûteuses en matière de migration, d'énergie et de guerre", a ajouté le conseiller du Kremlin pour la coopération économique à l'international. Des paroles visant à discréditer les sanctions européennes à l'encontre de la Russie, notamment en matière d'énergie.
A ce stade, Vladimir Poutine n'a pas directement commenté les manifestations et violences du 17 octobre. Le Kremlin "laisse les autres faire le travail pour lui", estime la chercheuse Catherine Fieschi. "Il y a eu une hausse très significative de la part des voix prorusses et d'extrême droite à travers l'Europe, du 16 au 19 octobre", relève la spécialiste. Sur les réseaux sociaux, "on retrouve vraiment les expressions du Kremlin sur la décomposition de la France, l'effondrement de la démocratie libérale avec des images de violences".
En Israël, des violences reprises par Benyamin Nétanyahou en vue des législatives
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, n'a pas tardé à ajouter ses commentaires islamophobes au sujet des événements en France. "Ils ne se sont pas préparés à temps. Ils ont simplement renoncé, ils ont cédé à l'invasion de l'islam extrémiste", a estimé le dirigeant de l'Etat hébreu, mardi, lors d'un entretien sur i24News.
"Bibi", à la tête d'une coalition de droite et d'extrême droite, est lui aussi au cœur d'une campagne électorale puisque des législatives capitales se tiennent mardi en Israël. "Si nous n'arrêtons pas le Hamas, vous les verrez dans les rues de Paris, et c'est exactement ce qui se passe en ce moment", a-t-il renchéri auprès du média nationaliste Channel 14, relate Le Monde. A nouveau, une affirmation sans fondement. "Il y a ce contexte des élections législatives. Parler de la situation en France, cela ne fait qu'apporter de l'eau à son moulin", expose Catherine Fieschi.
"Cela doit convenir à Benyamin Nétanyahou de souligner les tourments d'Emmanuel Macron en fin de règne."
Catherine Fieschi, chercheuse associée à Carnegie Europe
à franceinfo
A l'approche de l'élection présidentielle française, la chercheuse estime que le chef du gouvernement israélien, allié de l'extrême droite, "se réjouirait d'une présidence Rassemblement national". "Elle serait infiniment plus frileuse vis-à-vis de la Palestine", pointe Catherine Fieschi, en référence à la reconnaissance de l'Etat de Palestine par la France, en septembre 2025.
En Iran, une critique directe adressée à Emmanuel Macron
La mobilisation sociale et les violences en France ont aussi été instrumentalisées par le régime iranien. "Le peuple français réclame un changement radical, notamment la garantie de la liberté de réunion et de manifestation. Ecoutez ce que vous dit l'avenir de la France, monsieur le président !", a clamé sur X Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères de la République islamique. Un déclaration directement adressée à Emmanuel Macron, qui, à ses yeux, "a lui-même créé cette situation [la mobilisation sociale, la hausse des prix des carburants] en assurant au président américain qu'il accueillerait favorablement les atrocités commises contre les Iraniens".
Le chef de la diplomatie iranienne fait ici référence à un message diffusé par Donald Trump avant l'offensive israélo-américaine, assurant que le président de la République proposait de "faire de grandes choses concernant l'Iran". La France n'a toutefois pas participé au conflit enclenché par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran, le 28 février. Dans son message, Abbas Araghchi évacue aussi la très violente répression des manifestations iraniennes en janvier, qui a fait des milliers de morts, comme le souligne Le Monde. Emmanuel Macron avait alors fustigé "la violence d'Etat qui frappe aveuglément" les manifestants.
Au Salvador, la politique ultrasécuritaire mise en avant
Même le président du Salvador, Nayib Bukele, s'est servi des images françaises pour appuyer sa politique ultrasécuritaire, fustigée par les défenseurs des droits humains. "Nous avons surmonté en un an un problème 100 fois plus grave, sans avoir les moyens de la France. La France pourrait y arriver en une semaine", a déclaré sur X ce "dictateur cool", selon ses propres termes. Sur fond d'état d'exception, 93 000 personnes ont été incarcérées au Salvador dans la guerre contre les gangs. Près de 90% sont en attente de jugement, selon le parquet.
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