• Accueil
  • Société
  • 11-Septembre : 25 ans après, comment les attentats ont changé l’Amérique et le monde

Vingt-cinq ans après les attentats et la « guerre contre le terrorisme » menée par Washington, le monde n’est plus le même. Le 11-Septembre a bouleversé la société américaine et remodelé la sécurité intérieure et la politique étrangère des États-Unis.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Le 11 septembre 2001, le monde est saisi d’effroi. Deux avions détournés par des pirates de l’air percutent les tours jumelles du World Trade Center à New York qui s’effondrent. Un troisième s’écrase contre le Pentagone tandis qu’un quatrième qui visait la Maison Blanche ou le Capitole se crashe en Pennsylvanie. L’Amérique et les symboles de la puissance américaine sont frappés en plein cœur par la pire attaque terroriste de tous les temps. Le bilan est très lourd : près de 3 000 morts. Vingt-cinq ans plus tard, le 11-Septembre reste ancré dans la mémoire collective, même si près de 100 millions d’Américains n’en ont aucun souvenir puisqu’ils n’étaient pas nés. Pour les Français, le 11-Septembre est l’événement international le plus important du XXIe siècle juste après la pandémie de Covid-19, selon un sondage Ifop.

La politique étrangère américaine a été profondément remodelée. Les États-Unis ont déclaré une « guerre au terrorisme » qui a fait plus de 900 000 morts, principalement en Afghanistan et en Irak. Le coût des guerres menées après le 11-Septembre est estimé à 8 000 milliards de dollars (6 870 milliards d’euros) par des chercheurs de l’université Brown du Rhode Island. Donald Trump, qui s’était engagé à ne plus entraîner les États-Unis dans des guerres interminables, n’a pas tenu sa promesse. « À certains égards - et je pense à la guerre actuelle contre l’Iran -, nous n’avons pas tiré les leçons du 11-Septembre quant aux limites de la puissance militaire », commente Nathan Citino, professeur d’histoire à l’université Rice de Houston (Texas).

  • Le jour des attaques du 11-Septembre, 2 977 personnes sont décédées aux États-Unis, principalement à New York, théâtre de la chute des tours du World Trade Center, au sud de Manhattan. Photo Sipa/JT Vintage

    Le jour des attaques du 11-Septembre, 2 977 personnes sont décédées aux États-Unis, principalement à New York, théâtre de la chute des tours du World Trade Center, au sud de Manhattan. Photo Sipa/JT Vintage

  • Publicité
  • Pour les Français, le 11-Septembre est l’événement international le plus important du XXIe siècle juste après la pandémie de Covid-19.  Photo d'archives Sipa /JT Vintage

    Pour les Français, le 11-Septembre est l’événement international le plus important du XXIe siècle juste après la pandémie de Covid-19.  Photo d'archives Sipa /JT Vintage

  • Les poussières toxiques ont entraîné des cancers dont souffrent encore aujourd’hui des milliers de New-Yorkais. Photo d’archives Sipa/Chao Soi Cheong

    Les poussières toxiques ont entraîné des cancers dont souffrent encore aujourd’hui des milliers de New-Yorkais. Photo d’archives Sipa/Chao Soi Cheong

Arsenal sécuritaire

Le 11-Septembre n’a pas seulement changé les habitudes des passagers aériens soumis à des règles plus strictes dans les aéroports et les avions. Les États-Unis se sont dotés d’un arsenal sécuritaire impressionnant. Les Américains ont sacrifié une partie de leurs libertés individuelles en échange d’un plus grand sentiment de sécurité. Les attentats ont conduit notamment à la création de l’ICE, l’unité de contrôle de l’immigration au cœur d’une polémique en raison de ses méthodes violentes, qui ont causé la mort de deux Américains et de plusieurs immigrés en 2026. Un nouveau département de la Sécurité intérieure a été créé après le 11-Septembre et le « Patriot Act » a considérablement augmenté les pouvoirs de surveillance et d’enquête de l’administration.

Les attentats ont aussi entraîné une montée de l’islamophobie et du sentiment que les musulmans représentent une menace pour la sécurité des Américains. Plusieurs candidats républicains aux élections de mi-mandat du 3 novembre instrumentalisent le 11-Septembre pour dépeindre les démocrates de l’aile gauche comme antiaméricains et complaisants envers les terroristes.

« Le 11-Septembre a favorisé l’élection de Trump »

Pour Nathan Citino, le 11-Septembre a été un facteur clef de l’antagonisme croissant qui caractérise la vie politique américaine. « Les gens ne sont plus seulement des adversaires aux idées divergentes, ils sont devenus des ennemis », affirme le professeur. Pour l’historien, les guerres post-11-Septembre ont contribué à augmenter la défiance vis-à-vis des institutions, ce qui a favorisé l’élection de Donald Trump. « Sans ces guerres sans fin, [le milliardaire républicain] n’aurait pas connu le succès politique qui a été le sien », affirme-t-il.

Peter Bergen, un des rares journalistes américains à avoir interviewé Oussama ben Laden, fait la même analyse. « En route vers la Maison Blanche en 2016, Donald Trump a joué sur les craintes des électeurs face au terrorisme, une préoccupation qui arrivait juste après l’économie », explique-t-il dans une tribune du New York Times. « Son tristement célèbre “Muslim ban”, un décret interdisant l’entrée aux ressortissants de certains pays musulmans, constituait une réponse opportuniste aux menaces terroristes de Daech, né de la guerre menée par les États-Unis en Irak après le 11-Septembre », ajoute-t-il.

La fin de la domination mondiale ?

Peter Bergen reconnaît que les États-Unis sont plus en sécurité mais il pense que le prix à payer est trop élevé. « Lorsque les historiens se pencheront sur notre époque, diront-ils que le 11-Septembre a déclenché une série d‘événements ayant mis fin à la domination mondiale des États-Unis ? », se demande-t-il sur le site New America, en critiquant « l’incompétence entourant la guerre en Irak, le retrait chaotique d’Afghanistan en 2021 et l’impasse du conflit avec l’Iran ». Ben Laden et Al-Qaïda semblent donc avoir atteint leur objectif qui était de remettre en cause la toute-puissance des États-Unis.

Vingt-cinq ans après, les familles des victimes attendent toujours un procès. Elles devront aussi digérer l’absence de Donald Trump aux commémorations au Mémorial du 11-Septembre à New York. Le président, qui n’a pas supporté de ne pas pouvoir y faire un discours, se rendra à la cérémonie au Pentagone. Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats, devrait être jugé avec trois autres accusés à partir de juin 2028 sur la base américaine de Guantanamo, où il est détenu depuis 20 ans. Le procès risque toutefois de ne jamais se tenir car des aveux ont été obtenus sous la torture. L’ancien lieutenant de Ben Laden a été soumis à 183 simulations de noyade dans les prisons secrètes de la CIA en Pologne. Un autre héritage très sombre du 11-Septembre.

Marc Hecker. Photo DR

« Aujourd’hui, des terroristes pourraient utiliser des essaims de drones pilotés par IA »

Pour Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri), chercheur spécialiste du terrorisme, un nouveau 11-Septembre semble improbable mais il n’exclut pas une nouvelle surprise stratégique qui prendrait une autre forme que le détournement d’avions de ligne. L’auteur de Daech au pays des merveilles (Spinelle) estime que la menace terroriste en France reste élevée même si elle a changé de visage.

Une attaque terroriste comme celle du 11-Septembre est-elle encore possible ?

« La probabilité d’une telle attaque est aujourd’hui très faible. Les dispositifs de surveillance sont tels qu’il est difficile d’imaginer qu’un scénario identique se reproduise. Mais une des leçons du 11-Septembre est, justement, que ce qui paraît impossible peut en réalité arriver. Si une nouvelle surprise stratégique devait avoir lieu, elle prendrait sans doute une autre forme que le détournement d’avions de ligne. Imaginez, par exemple, comment des terroristes pourraient utiliser des essaims de drones pilotés par l’intelligence artificielle (IA). »

Que sont devenus Al-Qaïda et le terrorisme djihadiste 15 ans après la mort de Ben Laden ?

« Al-Qaïda est une organisation remarquablement résiliente qui avait largement entamé sa mue avant la mort de Ben Laden. Elle a opté pour une stratégie de décentralisation à la fois régionale et sur internet. Ses groupes affiliés les plus puissants se trouvent en Afrique, en particulier au Sahel et en Somalie. Mais il ne faut pas oublier la péninsule arabique, ni l’Afghanistan. Par ailleurs, Al-Qaïda est, depuis une douzaine d’années, en compétition avec un autre acteur de la mouvance djihadiste internationale : Daech. Cette compétition a pris la forme d’une guerre ouverte sur plusieurs théâtres. »

« La menace reste élevée, mais elle a évolué depuis une dizaine d’années »  

Pourquoi la France, plutôt épargnée au début des années 2000, a été visée ensuite par les djihadistes ?

« À la différence de Madrid en 2004 ou de Londres en 2005, il n’y a pas eu d’attaque meurtrière sur le sol français à cette époque. Certains l’expliquent par le refus de la France de participer à la guerre en Irak. Mais c’est une explication partielle car il y a eu des attentats déjoués dans l’Hexagone dans la première décennie des années 2000. La guerre en Syrie a constitué un tournant : 1 500 Français ont rejoint un groupe djihadiste en zone syro-irakienne. Dans sa propagande, Daech a accusé la France d’être en guerre contre l’islam et a appelé ses sympathisants à conduire des attaques dans notre pays. »

Quel est aujourd’hui l’état de la menace en France ?

« La menace reste élevée, mais elle a évolué depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, l’hypothèse d’une attaque projetée de grande ampleur - à l’instar des attentats du 13 novembre 2015 - paraît peu probable. En revanche, il y a fréquemment des attentats déjoués qui relèvent davantage du “terrorisme d’inspiration” : les personnes arrêtées ne sont pas membres d’une organisation terroriste à proprement parler, mais elles sont inspirées par sa propagande. Par ailleurs, la menace terroriste s’est diversifiée : une quinzaine de projets terroristes émanant de l’ultradroite ont été déjoués au cours de la dernière décennie et il y a eu un procès terroriste lié à l’ultragauche. »

Articles les plus lusSociété