La Science sait depuis plusieurs années que les microplastiques jouent un rôle dans le réchauffement de la planète. Cependant, une récente étude menée par des chercheurs chinois et étasuniens démontre que ce rôle est beaucoup plus significatif que ce que les précédentes études affirmaient. Selon les chercheurs, leurs résultats pourraient justifier pleinement une décision radicale concernant la production de plastique.
Une contribution à hauteur de 16,2% de celle du carbone noir
En 2021, une étude de l’Université de Canterbury (Nouvelle-Zélande) démontrait déjà que les microplastiques (et nanoplastiques) présents dans l’air étaient capables d’absorber le rayonnement infrarouge de la Terre. Cependant, ces mêmes travaux ont aussi démontré que ces particules réfléchissaient surtout la lumière du soleil vers l’espace, ce qui provoquait un léger effet de refroidissement. Autrement dit, les deux effets s’annulaient presque, rendant l’impact global des microplastiques négligeable en ce qui concerne le réchauffement planétaire.
En mai 2026, une nouvelle étude a fait l’objet d’une parution dans la revue Nature Climate Change. Celle-ci, pilotée par les universités de Duke (Etats-Unis) et de Fudan (Chine), change complétement la donne. Contrairement à l’étude de 2021 ayant seulement pris en compte les plastiques transparents, ces nouveaux travaux démontrent que les microplastiques colorés en suspension dans l’air gardent la chaleur en absorbant la lumière (75 fois plus). Ainsi, ces microplastiques peuvent se ranger dans la catégorie des autres aérosols capables de participer au réchauffement climatique.
Selon les résultats de ces travaux, les microplastiques en suspension dans l’air présenterait une contribution au réchauffement climatique à hauteur de 16,2% de celle du carbone noir, c’est à dire la suie demeurant dans l’atmosphère après la combustion du charbon. Autrement dit, les microplastiques dans l’air présentent des effets équivalents à ceux de 200 centrales à charbon chaque année.
Un nouvel argument imparable pour l’abandon du plastique ?
Selon les auteurs de l’étude, les valeurs observées au-dessus des zones d’accumulation de déchets océaniques sont encore plus élevées. Or, l’océan Pacifique nord serait le plus concerné, puisque l’on y trouve le gyre subtropical. Malheureusement, cette zone n’est autre que celle concentrant le plus de microplastiques au monde – en N°1 sur la carte ci-après. Ces particules se détachent au gré du courant et des vagues, avant de se maintenir en suspension dans l’air et commencer leur travail de réchauffement.
Crédit : The Ocean CleanupIl est possible que l’étude en question ait un certain poids dans un avenir proche, même chose pour celles qui suivront, dont l’objectif sera de déterminer à quel point les microplastiques sont déjà présents dans l’atmosphère. Pour les chercheurs, il s’agit d’apporter un nouvel argument imparable qui pourrait conduire à l’abandon total de la production de plastique, un sujet débattu depuis un certain temps déjà. Il faut dire que la situation actuelle est peu glorieuse. Selon les estimations, la quantité de déchets plastiques devrait encore augmenter de 50% par rapport à celle de 2020, pour atteindre les 40 millions de tonnes d’ici 2040.
Rappelons également qu’en 2022, l’ONU a instigué un traité international contre la pollution plastique. Seulement voila, les négociations sont encore au point mort en 2026, pour différentes raisons. Si plus de 130 pays – dont l’Union européenne, le Canada et le Chili – exigent des mesures contraignantes pour réduire la production globale de plastique dès sa source, les grands pays producteurs de pétrole et l’industrie du plastique refusent toute limitation de production. Ces derniers insistent pour que le traité se concentre uniquement sur la gestion et le recyclage des déchets.


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