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Le Canada participe à la première conférence internationale pour la transition hors des énergies fossiles, une avenue reconnue par la science comme étant essentielle pour limiter les dérèglements du climat. S’il salue la tenue d’un tel «débat», le gouvernement fédéral refuse toutefois de préciser comment il pourrait lui-même sortir un jour de ces énergies qui menacent aujourd’hui l’avenir de l’humanité.
Au moment où le gouvernement Carney confirmait mardi son intention d’investir des milliards de dollars de fonds publics pour financer notamment des projets pétroliers et gaziers, la négociatrice en chef du Canada pour le climat, Jeanne Marie Huddleston, participait à la conférence des délégués gouvernementaux de la première «Conférence pour une transition hors des énergies fossiles».
Cet événement, qui se termine mercredi à Santa Marta, en Colombie, accueille plus de 50 pays dans un forum qui se veut une réponse aux échecs des récentes conférences climatiques de l’ONU (COP). Il faut dire dans le cadre onusien, la règle du consensus signifie que des pays producteurs d’énergies fossiles bloquent systématiquement les décisions qui permettraient à s’attaquer à notre dépendance aux énergies fossiles, responsables de 75% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
À Santa Marta, dans le cadre de cet événement organisé par la Colombie et les Pays-Bas, des pays, des scientifiques et des écologistes veulent donc envoyer un message en faveur de la «transition», en plus de proposer des solutions concrètes pour sortir de ces énergies. Une de celles-ci souligne d’ailleurs une réalité répétée depuis des années par les experts du climat: l’arrêt de tout nouveau projet d’exploitation et de transport de pétrole ou de gaz.
Plusieurs ont aussi profité de la conférence pour rappeler que le financement public des énergies qui menacent de rendre le monde «méconnaissable», invivable pour une bonne partie de l’humanité et en proie à des conflits perpétuels est nettement plus élevé que celui consacré aux énergies propres. Les États dépensent cinq fois plus pour les énergies fossiles que les renouvelables, selon une analyse publiée lundi par l’International Institute for Sustainable Development.
Ottawa salue le «débat»
Le Canada, qui mise pour sa part sur une croissance de la production pétrolière et gazière, mais aussi sur la construction d’infrastructures qui permettront le transport et l’exportation de ces énergies pendant plusieurs décennies, est-il favorable à la sortie des énergies fossiles?
En réponse à cette question du Devoir, le cabinet de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Julie Dabrusin, a fourni une longue déclaration: «le Canada salue les efforts déployés par la Colombie et les Pays-Bas pour faire avancer ce débat dans le cadre de cette conférence et a une perspective précieuse à partager en tant que grand producteur de combustibles fossiles qui s’est engagé et continuera de s’engager à respecter ses obligations au titre de l’Accord de Paris, à la décarbonisation et à l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050.»
Les plus récentes données du gouvernement fédéral indiquent que le Canada est en voie de rater ses cibles climatiques pour 2030 et 2035, ce qui menace aussi l’engagement à l’horizon 2050, selon les experts et l’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault. Le secteur pétrolier et gazier est en partie responsable de cet échec prévisible.
Le gouvernement Carney rappelle pour sa part qu’il a «toujours plaidé en faveur de discussions concrètes» liées à la transition énergétique. «La transition énergétique prendra une forme différente pour chaque pays, avec des défis et des opportunités variés en fonction de divers facteurs», fait cependant valoir le cabinet de la ministre.
Ottawa admet que l’utilisation du pétrole, du gaz et du charbon est directement responsable de la crise climatique, mais le fédéral prend soin de préciser qu’il parle des énergies dont les émissions ne seraient pas captées. «Le Canada reconnaît le rôle central que jouent les combustibles fossiles sans dispositifs de captage de carbone dans les trajectoires mondiales d’émissions de gaz à effet de serre.»
En réaction à la déclaration du cabinet de Julie Dabrusion, Louis Couillard, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace Canada, insiste sur l’urgence d’un changement de cap. «Mark Carney dit vouloir assurer la prospérité des familles canadiennes, mais continuer à injecter des milliards dans le pétrole et le gaz, c’est ignorer des énergies renouvelables moins chères qui protégeraient les ménages de la volatilité des marchés pétroliers.»
«La transition juste vers les renouvelables, c’est plus de sécurité, de souveraineté, et surtout plus de paix, exactement le contraire de ce que nous impose notre dépendance aux fossiles. Santa Marta doit déboucher sur des engagements concrets du Canada en matière de sortie du pétrole et du gaz, pas sur de nouvelles entourloupettes qui visent à éviter l’ambition», ajoute-t-il.


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